mardi 15 juillet 2008

Le Bon Dieu est-il sourd ?( La Wallonie vendredi 23 août 1996)



Le Bon Dieu est-il sourd ? Où sont allées les prières ?

« La Wallonie » du vendredi 23 août 1996 page 11

Dans son homélie d'accueil à la Basilique Saint-Martin, l'abbé Gaston Schoonbroodt, prêtre-ouvrier et ami des familles Russo et Lejeune, s'est exclamé: "Je vais essayer de surmonter notre émotion à toutes et à tous; en face, il y a le courage à toute épreuve de deux familles qui ont enduré 14 mois de tourments et de douleur, 14 mois qui sont comme les 14 -stations d'un insoutenable calvaire. Et pour aboutir à quoi?

Le Bon Dieu est-il sourd? Où sont allées les prières? A quoi ont servi les pèlerinages?
Mais non, ce n'est pas blasphémer que de parler ainsi et laisser exploser notre révolte, notre douleur et notre sincérité! Il ne faut pas que la célébration religieuse de ce jour soit l'occasion de remuer le fer dans la plaie mais elle doit réserver à Julie et Métissa la première place, celle qui leur revient, à nos deux petites et à tous les enfants du monde entier".

La liturgie de funérailles s'est ensuite déroulée lentement, alternant les lectures
d'extraits de l'Evangile et d'oeuvres littéraires, des chants, des psaumes et des interprétations musicales, avec les témoignages les plus divers, dont celui de l'avocat de la famille Victor Hissel et de la maman d'Elisabeth Brichet, disparue en 1989.
La chanson "Pour les enfants du monde entier" d'Yves Duteil a été interprétée par le petit François, un Namurois de 8 ans, le même âge qu'avaient Julie et Métissa au moment de leur enlèvement.

Ruban noir
Durant toute la cérémonie, un détachement de la marine nationale, des pompiers du service intercommunal de la région liégeoise et des policiers côtoyait à l'extérieur des groupes de métallos de Cockerill-Sambre et de Ferblatil, en bleu de travail, un ruban noir noué à l'avant-bras. Des équipes de la Croix-Rouge et de la Protection Civile, ainsi que des véhicules d'intervention médicale sont également présents, prêts à intervenir.

Le cortège funèbre était arrivé à Saint-Martin avec une demie heure de retard sur l'horaire prévu. Escorté par des motards de la police liégeoise, il était composé de deux lourds véhicules du service d'incendie, couverts de fleurs, suivis d'une quinzaine de voitures disparaissant également sous des monceaux de bouquets et de couronnes et, enfin, des deux corbillards contenant les cercueils blancs de Julie et Mélissa.

Jusqu'au dernier moment, des mains anonymes sont venues déposer sur le parvis de Saint-Martin des ours en peluche, ou un ultime bouquet de roses blanches.
Le service religieux s'est terminé après 13 heures avec l'offrande proposée aux personnes présentes dans l'église et après que les parents Lejeune et Russo aient longuement embrassé les deux petits cercueils.
Vers 13h30 et les deux petits cercueils ont été sortis de la basilique pour prendre place une dernière fois dans les corbillards.
On estime à près de 40.000 le nombre de couronnes, de bouquets ou de simples roses déposés depuis samedi soir au domicile des parents et au funérarium.

Voiture blanche
Le cortège funèbre s'est reformé et a démarré lentement peu après en direction du carrefour du Cadran à Liège, d'où il devait se diriger vers Flémalle par l'autoroute de Wallonie.
Julie et Mélissa ont été inhumées côte à côte au cimetière de la rue du Pré Malieppe à Mons, non loin de la maison de leurs parents. Ceux-ci ont pris place dans une voiture de couleur blanche pour suivre le convoi.

A la sortie de l'église, la foule a, une nouvelle fois, éclaté en applaudissements, alors que l'émotion était à son comble et provoquait dans le public des scènes particulièrement émouvantes

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L’intimité à Grâce-Hollogne

« La Wallonie » du vendredi 23 août 1996 page 11

Les cérémonies d'adieu à Julie Lejeune et Mélissa Russo ont débuté jeudi vers 9h30 au funérarium de Grâce-Hollogne où les deux enfants reposaient depuis lundi.

La levée des corps s'est faite dans la plus stricte intimité à la demande des familles qui ont accompagné les deux petits cercueils blancs jusqu'à la chapelle St Léonard, près du domicile des parents.
De la, et après un moment de recueillement, le convoi funèbre devait revenir vers le funérarium Mestré pour prendre ensuite le chemin vers la basilique Saint Martin. A son arrivée toutes les cloches du diocèse de Liège sonnaient.
Vers 10h, une foule nombreuse se pressait déjà devant la Basilique où régnait un sentiment de douleur et de compassion.

Le cortège funèbre est arrivé à 11 H25 à la Basilique Sain-Martin où une foule nombreuse et disciplinée se pressait derrière les barrières nadar. Jeunes, adultes, personnes âgées, venues des 4 coins du pays, se sont rassemblés comme une grande famille autour du lieu choisi par les parents Lejeune et Russo pour l'adieu à Julie et Mélissa. Des applaudissements ont accueilli le cortège.

Un adieu que les parents avaient manifestement organisé selon leur volonté, sans préséance de rang dans la Basilique, le public étant invité a y pénétrer.

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Des frissons dans la foule

« La Wallonie » du vendredi 23 août 1996 page 11

«Monsieur l'agent ! S'il vous plait.. » Derrière les barrières Nadar, une dame tend des fleurs à un policier.
L'agent prend le bouquet et va le disposer sur une incroyable masse de Cellophane, de rubans, de messages, d'ours en peluche, de couronnes et de montages floraux, simples ou somptueux.

Le public, canalisé de part et d'autre de la rue, donne et reçoit tout par-dessus ces fameuses barrières.
Il donne les fleurs et les cartes de condoléances, il reçoit les berlingots d'eau des services de secours, les photos des fillettes distribuées par le comité de soutien et les messages anonymes.
Mais néanmoins éloquents
«Belges, réjouissons-nous Pendant 20 ou 30 ans, on va nourrir Dutroux ! »

« C'est là qu'il faut frapper ! »


On est encore loin de la cérémonie religieuse. Les commentaires permettent de tromper l'attente. Chacun a sa vérité sur les pédophiles, sur les enquêteurs, sur la Justice et sur les solutions à apporter pour en finir. «En Belgique, on n'a pas d'affaires sophistiquées pour les enquêtes mais on a bien 450.000FB pour que Dehaene aille à un match ! C'est là, madame, qu'il faut frapper... »
Une dame explique bien fort qu'elle a rabattu son caquet à une connaissance : «Et je lui ai dit : "Alors quoi ? Tes dans le camp des pédophiles ?" Et il n'a plus osé dire un mot». Elle poursuit vivement sur les faits et gestes de Dutroux, affirmant ce qui est. Plus une série de détails de sa propre cuvée pour emballer le tout. «Mais c'est pas vrai Qu'est-ce que vous racontez ?», ose une jeune femme à deux pas. La dame hoche la tête en regardant sa voisine d'un air entendu.

Micro, photo
Un journaliste d'Euronews arrive tout essoufflé devant l'entrée de la chapelle. Col de chemise remonté, il enfile à toute allure une cravate devant la caméra. Il se peigne hâtivement sous le regard curieux des personnes qui attendent, accoudées aux barrières.
Y a-t-il quelqu'un qui parle anglais ? Une jeune fille signale à tout hasard qu'elle se débrouille correctement. Et c'est parti. Micro, interview. Elle remet ça quelques minutes plus tard avec un autre journaliste anglophone. Ses voisins commencent à la regarder d'un autre oeil.
Trois religieuses descendent la rue à pas pressés, passent devant la chapelle et poursuivent leur chemin, en jetant pardessus leur épaule des regards de moineau furtif au photographe qui les poursuit à petites foulées.

Quinze corbillards
L'attente devient fébrile. On se marche sur les pieds. On peut presque sentir la foule frissonner, nerveuse. Impatiente ?
Même si la discipline reste de rigueur. L'arrivée des parents d'Ann Marchal déclenche une salve d'applaudissements.
La famille s'arrête, un peu surprise par l'accueil et poursuit vers l'entrée de la chapelle. La soeur d'Ann est secouée de sanglots.
Les personnalités se succèdent presque sans interruption. Jusqu'à l'arrivée des deux camions de pompiers, qui disparaissent sous les fleurs. Et les quinze corbillards, applaudis eux aussi.

Le vrai partage
Suivent les deux autres véhicules. Le public ne bat plus des mains. On extrait des corbillards les cercueils blancs.
Si courts... Les parents et les frères de Julie et de Mélissa arrivent à pied. Devant le spectacle des deux familles silencieuses mais aussi devant tout ce qui symbolise la mort terrible de deux enfants, on pourrait presque toucher ce chagrin dense, compact. Vraiment partagé par tous à ce moment précis. Suspendu.
Cette communauté de sentiments, on la ressentira aussi un peu plus tard. Quand, dans la basilique, s'élèvera la voix opaline d'un petit garçon qui chante à pleins poumons pour des milliers de personnes.
La foule se resserre. On oublie pour quelques secondes les phrases acides, les formules simplistes, les bousculades énervées autour de quelques ministres.

P. S.

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Personnalités :De Clerck,Thily et les autres

« La Wallonie » du vendredi 23 août 1996 page 11

De nombreuses personnalités ont assisté aux funérailles de Julie et Mélissa. Parmi eux, le ministre de la Justice Stefaan De Clerck et le procureur général de Liège Anne Thily.

C'est à 11h25 que le cortège funèbre est arrivé à la Basilique Saint-Martin. Où enfants, jeunes, adultes et personnes âgées, venues des quatre coins du pays, étaient rassemblés comme une grande famille autour du lieu choisi par les parents Lejeune et Russo pour l'adieu à Julie et Métissa.
Cet adieu, les parents l'avaient organisé selon leur volonté, sans préséance de rang dans la Basilique, une partie du public (600 places disponibles) étant invitée à y pénétrer. Tandis que dehors, la foule suivait tout le déroulement de la cérémonie religieuse dans un lourd silence, parfois entrecoupé d'applaudissements.

Plusieurs personnalités avaient tenu à rallier la Basilique, en hommage à Julie et Mélissa.
Il y avait là le ministre de Justice Stefaan De Clerck, le ministre de la Fonction publique André Flahaut, le ministre wallon des Travaux publics Michel Lebrun, le président d u VLD Herman De Croo, les sénateurs Roger Lallemand et Jean-Marie Happart et la bourgmestre de Huy Anne-Marie Lizin.
Pour représenter la Ville de Liège lors de cette cérémonie religieuse, le collège des bourgmestre et échevins avaient désigné Alain Tison, l'échevin des Sports, et Michel Firket, l'échevin de l'Environnement.
Alors qu'on relevait la présence, pour la Province, du gouverneur Paul Bolland, des députés permanents Georges Pire, Henri Fléron, Joseph Moxhet ainsi que du président du comité provincial Gérard Georges.

Interdit de les filmer...
Etaient là, également, Anne Thily, le procureur général de Liège, l'ancien bourgmestre d e Liège
Edouard Close, Marie France Botte, bien connue pour son combat en faveur de l'enfance victime de mauvais traitements et de prostitution, Claude Lelièvre, délégué général au droit de l'enfant, Michel
Bouffioux, co-auteur du livre « Appelez-moi Elvira » sur la traite des blanches et la maman d'Elisabeth Brichet, disparue il y a sept ans déjà.
Alain Van der Biest, Jacky Morael et Guy Lukowski faisaient, eux, partie de la foule.

Sachez enfin qu'à la demande expresse des familles Russo et Lejeune, les personnalités politiques et judiciaires présentes à l'intérieur de la Basilique Saint Martin n'ont pas été filmées par les caméras de la télévision...

D.S.

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Blanc et noir….

« La Wallonie » du vendredi 23 août 1996 page 11

Blanc. Blancheur des fleurs, blancheur de deux petits cercueils,des véhicules emportant les parents, des silhouettes de deux mamans qui rappelaient que «toi ma douce, toi ma câline.,,,», Et pâleur des visages dans la foule aussi.

Qu'y a-t-il de pire que l'enterrement d'un enfant ? Peut-être la haine qui vient se greffer en bourgeon difforme sur la douleur des autres. Dans la basilique, devant les deux petites, les hommages n'étaient même pas terminés.

Mais dehors, les cris ont fusé : «A mort! » «Trou du c...» Une minorité hurlante, tout aussi anonyme que la majorité qui se tait. Et qui a fait sien le sang-froid des parents.

La haine tue la révolte. Tout comme ce calicot «Y a-t-il des pédophiles au gouvernement ?» tue le petit texte dédié à Julie et a Métissa :

«Nous n'avions que huit ans et beaucoup de rêves, on croyait que la vie serait belle... Vous les grands, préparez-nous un monde meilleur».

Noire, la haine. Ce n'est pas elle qui le fera, ce monde-là.

P.S.



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