mardi 15 juillet 2008

Enquête( La Meuse vendredi 23 août 1996)



Enquête à Sart la Buissière et à Charleroi : expert britannique et chiens allemands

« La Meuse » du vendredi 23 août 1996 page 13

John Bennet, le superintendant britannique a visité les maisons de Marc Dutroux.
Ses vérifications devraient commencer la semaine prochaine. Il devrait consacrer une semaine par habitation. Des chiens venus d'Allemagne, spécialisés dans la recherche de cadavres, suivaient le passage de l'homme de Gloucester.

Mr. Bennett, I presume ? Une question célèbre que nous aurions aimé poser à John Bennett, le superintendant britannique. Arrivé hier pour jouer les consultants dans l'enquête Dutroux, il aura été pisté par une bonne partie de la presse belge.

Parti en début d'après-midi de Neufchâteau avec le procureur du Roi Michel Bourlet, John Bennett a effectué une première visite des maisons de Dutroux. Marchienne Docherie et Sars-la-Buissière (en présence de Michel Lelièvre) ont en tout cas reçu sa visite.

Des experts du labo de police judiciaire sont également descendus à Marcinelle, mais nous n'avons pas pu vérifier si Bennett était avec eux.
En tout état de cause, il ne s'agit là que d'une prise de contacts. Car les recherches prendront énormément de temps.
On parle qu'il faut à John Bennett et à sa « machine » une journée pour sonder 20 m2. Les meilleurs délais signalent qu'il faudra au minimum consacrer une semaine a chaque maison. Celle de la Sars-la-Buissière, avec son hectare, demandant beaucoup plus de patience.
D'où un certain scepticisme de la part des enquêteurs. Et avoué implicitement par le rôle dévolu à
John Bennett : consultant afin de vérifier qu'il ne reste plus de cadavre caché dans les propriétés de
Dutroux.
Une mission déjà confiée hier à des chiens venus d'Allemagne. Trois membres de la Polizei ont en effet suivi le passage du Britannique.

Ces chiens sont spécialisés dans le repérage de personnes décédées. Auparavant, d'autres chiens, belges et dressés à retrouver des personnes vivantes, avaient effectué des recherches.
De taille moyenne, vêtu d'un costume gris et très « british », John Bennett est resté près de 2 heures à la Docherie avant de partir sur Sars-la-Buissière. A Sars-la-Buissière, parmi les journalistes étrangers, Peter Hillmore du journal The Observer. Il a, à l'époque, suivi l'affaire de Gloucester. Celle-là même ou John Bennett a acquis sa réputation. Il nous explique : « La machine utilisée par John Bennett est la même que celles qu'emploient les archéologues pour repérer des ossements. Surtout avant de creuser, pour ne pas les abîmer. Elle a la particularité de mettre en évidence aussi bien les vides et les os.
Mais cela prend énormément de temps. A Gloucester, c'était tout petit, et il a fallu plusieurs jours. Et puis, elle est d'autant plus efficace si on sait déjà approximativement dans quelle secteur on doit chercher.
Un exemple : on n'a jamais retrouvé une rotule d'une des victimes de Gloucester. C'est dire si les enquêteurs comptent sur la «coopération» des inculpés.


Pour retrouver les corps de Julie et Melissa, ils avaient déjà creusé à 2 mètres de profondeur sans succès. Il aura fallu que Marc Dutroux précise qu'il les avait enterrées à 4-5 mètres pour les trouver.

Il faudra donc du temps. Et donc d'argent.
Bennett et son matériel devraient entrer en action la semaine prochaine.

Yvan Scoys
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Lelièvre un enfant du juge

« La Meuse » du vendredi 23 août 1996 page 13

Il avait été confié à une famille d'accueil avant de retourner vivre avec sa mère et son beau-père, un ex-militaire alcoolique et émargeant au CPAS Contrairement à Marc Dutroux et à Michèle Martin,
Michel Le lièvre est issu d'un milieu très défavorisé.

Cet enfant naturel est né à Namur le 11 mai 1971. Dès l'âge de 10 mois, Michel et son petit frère ont été retirés à leur mère, Nadia Defoy, par la justice, et confiés à une famille d'accueil.
Jusqu'à l'âge de 17 ans, Michel Lelièvre a bénéficié d'une excellente éducation dans cette famille très honorable. Il a vécu dans une grande et claire villa entourée d'un jardin fleuri dans un petit village à la campagne.

En 1978, sa mère a épousé M. Lelièvre, un militaire de carrière qui a reconnu ses deux enfants. Michel Lelièvre ne porte donc ce nom que depuis l'âge de sept ans. Malgré le mariage de la mère, le placement des enfants en famille d'accueil a été maintenu. Cependant, Michel passait un week-end par mois chez sa maman.

L'ambiance n'y était pas vraiment rose : sa maman et son beau-père émargeaient tous les deux au CPAS de Tamines. Le beau-père avait en effet été exclu de l'armée après une condamnation du conseil de guerre pour vol. Il avait ensuite effectué divers petits boulots (manoeuvre, gérant de friterie, barman...). Autant d'emplois qu'il a perdus à cause de son alcoolisme. Le beau-père avait l'habitude de dépenser tout son salaire en boissons et en jeux électroniques. De plus, il était très violent quand il avait bu et frappait régulièrement la mère de Michel. Celle-ci finira par le quitter définitivement en 1987.

Un an plus tard, à l'âge de 17 ans, Michel refuse de continuer à se plier à l'autorité du couple qui l'a élevé et rompt définitivement avec sa famille d'accueil. Il s'installe dans un kot à Namur et entreprend des études de photographie à l'IATA. Il les abandonnera très rapidement. A partir de ce moment, il vit d'expédients et déménage très souvent : Namur, Sambreville, Ciney, Dinant, Hastière et, pour finir, Charleroi.
Il fait deux brefs séjours en prison, en détention préventive, pour faits de vol et détention de stupéfiants.

C'est en prison qu'il fait la connaissance du Hollandais Casper Flier, qui l'hébergera pendant quelques mois dans une caravane à Hastière.

Depuis quelques mois, il s'était installé dans une des maisons appartenant à Marc Dutroux au n° 17 de la rue Destrée, à Marchienne Docherie.

« Il n'a jamais prononcé le nom de Dutroux. Mais il m'avait dit qu'il avait trouvé une maison à Marchienne et qu'il était entrain de la retaper avec le propriétaire. Il était fiancé avec une Slovaque. Leur bébé est né en juin dernier. Il m'avait montré des photos. Ce petit garçon est tout le portrait de son père. Il était tout heureux d'être papa. Le 8 août dernier, il m'avait dit qu'il partait en Slovaquie pour retrouver sa fiancée et le bébé. Il voulait les ramener en Belgique en septembre. J'étais persuadée qu'il était en Slovaquie. Quand j'ai appris qu'il était en prison, je suis tombée des nues», explique sa grand-mère maternelle.

Malgré ses errances, Michel Lelièvre avait toujours maintenu le contact avec ses grands-parents maternels.
« Il venait régulièrement nous rendre visite. Nous n'avons jamais rien remarqué de spécial. C'était un gamin gentil et serviable. Chaque fois qu'on avait un pépin, il venait donner un coup de main à son grand-père.
Dernièrement, il a encore changé le pot d'échappement de notre voiture. C'était le chouchou de son grand-père. On ne comprend pas ce qui a pu se passer. Je n'arrive pas à me faire à l'idée qu'il ait pu faire des choses aussi abominables de son propre chef. Il a dû être entraîné par de mauvaises fréquentations. Si vraiment il a participé à ces enlèvements, qu'on les enterre tous, comme les deux petites filles », conclut la grand-mère les larmes aux yeux.

E. Mathieu

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Stockholm

« La Meuse » du vendredi 23 août 1996 page 13

Ce que la Belgique dira au congrès contre l'exploitation sexuelle des enfants La législation existe, encore faut-il la faire appliquer

Le premier congrès mondial contre l'exploitation sexuelle d'enfants à des fins commerciales se prépare à Stockholm à un moment où la Belgique est justement bouleversée par des faits proches de ce problème. Notre pays y sera représenté et, dans le contexte actuel, on se demande s'il y va pour s'exprimer ou plutôt pour y prendre des leçons.

La branche belge d'une organisation internationale fera partie de la délégation belge ; il s'agit
d'ECPA T (En Child Prostitution in Asian Tourism).

Cette association, à l'origine, avait été créée pour étudier l'étendue des phénomènes de prostitution enfantine dans le cadre du tourisme sexuel en Asie. C'était en 1990 mais le caractère mondial du problème a fait s'agrandir le rayon de recherche de l'organisation.

ECPAT Belgique a déjà travaillé à la confection d'un document proposant des amendements à la législation belge dans ce domaine. L'association tente aussi de mettre en place une action afin qu'Internet ferme ses portes à des annonces de type pornographique. Les différents groupes de l'association travaillent d'ailleurs sur différentes actions; que ce soit au niveau des agences de tourisme et des enseignants.

Trois représentants d'ECPAT Belgique seront à Stockholm, la semaine prochaine.
Ils font remarquer qu'au niveau international, ce n'est pas tellement le manque de législation qui fait défaut mais le fait qu'elle ne soit pas appliquée.
Un professeur de l'Université de Gand, qui sera conseiller de la délégation belge, déclare: « C'est bien d'adopter des plans d'action et de faire de belles déclarations. Il n'est d'ailleurs pas tellement nécessaire d'adopter de nouvelles règles; il faudrait commencer parfaire appliquer celles qui existent déjà.

Par ailleurs, les membres de l'organisation regrettent que, jusqu'ici, seul le ministre de la Justice, M. De Clerck, se soit exprimé.
Ils estiment en effet que cela dépasse la seule compétence du ministère de la Justice et regrettent qu'à l'occasion de l'affaire Julie et Mélissa, le Premier ministre n'ait pas pris la peine de donner signe de vie.

P.S.
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DERNIERE MINUTE

5ème arrestation un grec de Marchienne

« La Meuse » du vendredi 23 août 1996 page 13

Un proche de Nihoul et un certain Thirau ont également été interpellés
L'enquête avance toujours à vive allure à Neufchâteau. Hier soir, le procureur du Roi Michel Bourlet a annoncé une 5c arrestation: celle d'un ressortissant grec, Michel Diakostadrianos, qui avait déjà été arrêté le 16 août dernier mais relâché le 18, faute de preuves. Seulement, après avoir perquisitionné à son domicile du nu 19 de la rue des Hayettes à Mont-sur Marchienne (en fait un ensemble de 4 maisons, dans lesquelles les dernières perquisitions ont révélé de nombreux indices intéressants), le juge d'instruction Connerotte a pu, aujourd'hui, le remettre sous mandat d'arrêt du chef d'associations de malfaiteurs.

Mais, hier, il y a également eu 2 autres interpellations. D'abord celle d'un proche de Michel Nihoul (qui nie toujours les faits qui lui sont reprochés et qui fait appel de son mandat d'arrêt) soit son frère Daniel Nihoul, domicilié dans la région de Charleroi et transporteur routier de profession ; soit Joël
Nihoul, son neveu (et fils de Daniel), développeur de photos d'art. Tous deux ont été interrogés, puis remis en liberté.

La seconde interpellation concerne un certain Thirau, habitant la région de Charleroi et qui est une relation d'« affaires » de Marc Dutroux. Hier soir, il était toujours en interrogatoire.

Enfin, le procureur confirme que toutes les cassettes vidéo pornographiques saisies sont actuellement visionnées (on parle de plusieurs centaines). On y retrouve Marc Dutroux et d'autres pédophiles avec des enfants. Mais actuellement, il ne s'agirait pas des fillettes que l'on connaît...
Ce qui laisse présager d'autres affaires à ouvrir.

An et Eefje : pas d'éléments

A la question de savoir si l'espoir existe toujours de retrouver An et Eefje vivantes, le procureur Michel Bourlet a dit qu'il n'avait pas d'éléments nouveaux jusqu'à présent et qu'il se refusait à chiffrer en pourcentage l'espoir de les revoir vivantes.
A noter également qu'une nouvelle cache a été découverte à Ransart dans la région de Charleroi. On y a découvert de nombreuses voitures appartenant à Marc Dutroux.
Enfin, de nombreux chiens catastrophes vont être amenés sur les différentes propriétés de Marc Dutroux, afin de localiser une éventuelle présence humaine.

A.D., L.G. et Ph.C.

Témoins de Jéhovah:mise au point

La Congrégation chrétienne des Témoins de Jéhovah tient à préciser que Marc Dutroux et Michèle Martin ne font pas et n'ont jamais fait partie de leur organisation. Bien que Michèle Martin ait étudié, il y a 7 ans, la parole de Dieu, elle n'a jamais démontré son appartenance à la congrégation en se faisant baptiser, et n'a assisté que très rarement aux réunions.
La congrégation ajoute que «toute personne pratiquant les actions révélées par les enquêtes actuelles, concernant ce couple en particulier, ne sera jamais admise au sein de la congrégation chrétienne ».

Editeurs pornos paranos !

M. Tijssen, des éditions « Vaar » à Dordrecht, une des 3 plus grandes maison d'édition pornographiques des Pays-Bas, a déclaré que « ce qui se passe en Belgique est vraiment regrettable.
Ce genre d'affaires n'est pas bon pour notre secteur, et je suis certain que nos publications se vendront moins bien en Belgique dans l'avenir. »
Selon lui, les maisons d'édition officielles ne se hasardent pas dans la pornographie enfantine. Quand il est confronté à des annonces douteuses, que l'on tente de publier dans la rubrique contact de « Vaar », il avertit la police.

Anne Thîly nommée grand officier

Hier, le Moniteur belge publiait l'avis de promotion de Mme Anne Thily, procureur général près la cour d'appel de Liège, nommée grand officier de l'ordre de la Couronne.

La justice liégeoise se trouvait ainsi honorée à son plus haut niveau, le jour même de l'enterrement de Julie et Mélissa.





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