jeudi 17 juillet 2008

La guerre des polices a-t-elle fait deux victimes?('Meuse'samedi 24 août 1996 pg10)


La guerre des polices a-t-elle fait deux victimes?

Le ministre de la Justice devra tirer au clair les éventuels dysfonctionnements dans l'enquête

« La Meuse » du samedi 24 août 1996 page 10

DES erreurs dans l'enquête.., C’est le moins que l'on puisse écrire !
Jeudi, en commission de la Justice de la Chambre, M. De Clerck n'a pu qu'admettre que tout n'avait pas été parfait... Loin de là !

En ce qui concerne les fameux fax relatifs aux agissements « douteux » de Dutroux, M. De Clerck a donné quelques précisions sur les éléments dont disposaient les gendarmes et le parquet de Charleroi et qui n'auraient pas été transmis au parquet de Liège.
Il a ainsi confirmé qu'en octobre 1993, la gendarmerie de Charleroi a recueilli une information selon laquelle Dutroux effectuerait des travaux dans une de ses maisons pour y loger des enfants en attente d'être expédiés à l'étranger.
Des perquisitions sont organisées pour un vol et on en profite pour vérifier l'information.
La gendarmerie de Charleroi constate que Dutroux réalise effectivement d'importants travaux de terrassement. Des perquisitions sont aussi organisées dans les autres maisons de Dutroux et des devoirs d'enquête ultérieurs ne fournissent pas d'éléments neufs.

Liège pas informé
Le 7 juillet 1995, soit quelques jours après l'enlèvement de Julie et de Mélissa, la gendarmerie de
Grâce-Hollogne est informée par fax de ce renseignement et sollicite des renseignements complémentaires au Bureau central de renseignement de la gendarmerie qui transmet tardivement (le 24 août) une photo et de la documentation concernant Dutroux.
Le 28 juillet 1995, les gendarmes liégeois réclament à leurs collègues de la BSR de Charleroi une enquête sur les véhicules utilisés par Dutroux et sur tout élément en rapport avec une filière de trafic d'enfants.
Le 4 août 1995, la BSR de Charleroi fait alors savoir que le même informateur confirme ses propos d'octobre 1993 et ajoute que Dutroux offrait 150.000 F pour l'enlèvement d'une jeune fille.
Le 9 août, une réunion de coordination entre les BSR de Liège et de Charleroi confirme les informations obtenues sur Dutroux et le parquet de Charleroi en est informe verbalement le 15 août. Ces informations sont confirmées dans un rapport écrit confidentiel. Aucun procès-verbal n'est cependant établi et le parquet de Charleroi ne transmet évidemment rien à Liège.
Le 13 décembre, Dutroux est intercepté pour vols avec violence et placé sous mandat d'arrêt.
Lors de perquisitions effectuées en présence de la BSR de Seraing dans ses différentes habitations, on constate que des tra vaux ont été effectués. Mais, selon la gendarmerie, ils sont sans rapport avec la création de la cellule devant servir à l'enlèvement d'enfants. «D'ores et déjà, dit le ministre, on peut se poser beaucoup de questions sur le déroulement de ces faits et notamment pourquoi on n'a pas établi de procès-verbal et pourquoi le parquet de Liège n'a pas été informé. »

Guerre des polices ?
D'ailleurs, dans une note datée du 21 août 1996, adressée au procureur du Roi de Liège et lue par le Ministre, Mme Doutrewe écrit «Je ne vous cache pas ma stupéfaction. Je n'ai été informée que verbalement d'une partie infime de ces informations, en l'occurrence de l'existence d'un suspect en matière de mœurs dénommé Dutroux qui faisait l'objet d'une enquête par la gendarmerie de Charleroi. Je constate avoir été laissée dans l'ignorance de circonstances majeures que je ne pouvais imaginer... »
Mais, dans un rapport adressé ce 22 août au ministre de la Justice, la gendarmerie écrit que « les devoirs d'enquête concernant Dutroux étant effectués par leurs collègues de Charleroi, les gendarmes de Grâce-Hollogne ont informé Mme Doutrewe de l'évolution du dossier Dutroux lors des réunions régulièrement tenues dans le cadre du dossier Julie et Mélissa. »
Bref, les informations sont contradictoires. Il semblerait toutefois que la gendarmerie n'ait fourni au ministre aucun PV sur les agissements suspects de Dutroux. Les fax internes, eux, existent bel et bien.
Alors la gendarmerie a-t-elle voulu garder ses informations pour elle et les exploiter seule ? Mystère. En tout cas, le ministre a annoncé qu'il avait l'intention de soumettre le cas à l'appréciation du procureur général près la Cour de cassation dans le cadre d'une éventuelle information disciplinaire sur les manquements dans le ressort de la cour d'appel de Mons. A ce titre on signalera également que la gendarmerie a lancé le 24 aôut 1995, un avis de recherche à l'encontre de Dutroux. Sur cet avis, le major Decraene, patron de la cellule disparition, écrivait que les recherches n'étaient pas urgentes...
Un comble ! La Police Judiciaire de Liège et Mme Doutrewe, une fois de plus, n'auraient pas été avertis de cette démarche interne.

Bref, M. De Clerck a eu un contact avec le président du Comité P. Celui-ci pourrait décider ultérieurement d'une enquête sur certains éléments qui pourraient laisser supposer qu'il y aurait eu une «guerre des polices ».

Si tel était le cas, cette guerre aurait fait deux victimes: Julie et Mélissa.

Jean-Michel Crespin
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Des enfants criaient lors de la perquisition

« La Meuse » du samedi 24 août 1996 page 10

Comme nous l'écrivions dans nos précédentes éditions, le 19 décembre 1995, une perquisition a été entreprise au domicile de Dutroux.

Lors de ce devoir d'enquête, les gendarmes auraient entendu des gémissements d'enfants, mais n'y auraient prêté aucune attention.
Nous avions évoqué cette version des faits, expliquant qu'il était difficile d'imaginer que des enquêteurs qui se servent d'un vol comme prétexte à perquisition et qui se rendent chez Dutroux essentiellement pour rechercher des enfants kidnappés aient fait si peu de cas de ces gémissements.


En fait, le ministre de la Justice, Stefaan De clerck, a expliqué que lors de cette perquisition chez Dutroux les enquêteurs ont bien perçu des cris d'enfants. Selon les informations dont dispose le ministre, cette perquisition avait officiellement pour but de récupérer quelques objets ayant servi aux vols avec violence du 5 novembre 1995.

Lors de cette perquisition, durant laquelle les gendarmes effectuent encore une visite complète de l'habitation, deux enquêteurs entendent des voix d'enfants alors qu'ils se trouvent dans une des caves.

Les recherches faites à l'intérieur de la maison pour localiser ces voix ne donnent rien. A l'extérieur jouaient des enfants de voisins et les enquêteurs en ont conclu qu'il s'agissait des voix de ces enfants amplifiées par la disposition des lieux.

Hormis 1a déclaration de Dutroux rien ne permet dans l'état actuel de l'enquête d'affirmer que ces voix auraient pu être celles de Julie et de Mélissa.

J. M, .
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Nihoul « l’indic »

« La Meuse » du samedi 24 août 1996 page 10


Les gendarmes ne sont pas les seuls à avoir bénéficié des « informations » de Nihoul
Dutroux et ses complices ont-ils bénéficié de «protections»?,
C'est la question que se posent nombre de personnes choquées par les incroyables cafouillages de la justice dans cette dramatique affaire.
A la RTBf, Marie-France Botte, qui lutte depuis des années contre les pédophiles, a elle-même dit sa conviction. «Je ne peux absolument pas croire au vu des bavures qu'il y a eues dans l'histoire de Julie et Mélissa qu'il n'y ait pas eu protection pour que le système perdure comme il a perduré. »

Faut t’il y voir une simple coïncidence ? Hier toujours, l'avocat de Nihoul, Me Frédéric Clément de Cléty, a révélé que son client ainsi que Michel Lelièvre avaient été des « informateurs» de la gendarmerie, en particulier de la BSR de Dînant. Ils auraient aidé cette dernière à remonter toute une filière de voitures volées. « Lelièvre servait d'indicateur à Nihoul qui renseignait la gendarmerie.»
Des informations qui n'ont été démenties, ni à la BSR de Dinant, ni à l'état-major général de la gendarmerie (EMGD).
«Sans doute ont-ils aidé la gendarmerie, disait-on hier à l'EMGD. C'est fort probable. Ils ont peut-être donné des indices quelconques dans des affaires quelconques. Cela ne veut pas dire pour autant que nous leur ayons délivré un certificat de bonnes vies et moeurs. »

Il est vrai que les indicateurs de police sont rarement des gens « recommandables » : agissant pour de l'argent et /ou pour tenter de se « racheter une conduite », il dépend de leur « officier traitant » qu'ils ne soient pas « trop bien traités ».
Nous pouvons d'ailleurs révéler que les gendarmes ne sont pas les seuls à avoir bénéficié des «informations » de Nihoul.

A la PJ de Bruxelles, un officier au moins a reçu régulièrement Michel Nihoul qui, spontanément, venait lui donner des renseignements. Pas toujours très fiables d ailleurs. A la PJ de Liège également, dans le cadre d'un dossier (30183) ouvert au début des années '80 à charge d'Anne Bouty et de Jean-Marie G, chez le juge Régibeau, Nihoul est venu faire offre de services. « En ce qui concerne ce dernier (Guffens, NDLR), je suis disposé à être entendu par le tribunal et je m'engage à répondre à toute invitation a comparaître qui me serait adressée ultérieurement», disait-il sur P.V. rédigé le 19 septembre 1983.

Pis, tout le monde s'étonne du fait que Dutroux n'ait pas été remis en prison, après son arrestation pour vol de décembre 1995. En fait, toute libération anticipée est conditionnelle et peut être revoquée par le ministre lorsque le condamné récidive. Pourquoi dès lors n'a t-on pas révoqué la libération conditionnelle de Dutroux ?

«Simplement», parce qu'il semble que le ministère de la Justice n'ait pas été averti de cette nouvelle arrestation.

Un manquement du parquet de Charleroi qui a permis à Dutroux de rester en liberté. S'agit-il d'un silence involontaire ou... protecteur?

Philippe Crêteur
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Itinéraire de Nihoul,Dutroux et consorts

« La Meuse » du samedi 24 août 1996 page 10

Nihoul, Dutroux et consorts une unité de lieu dans le secteur de Dinant

On connaissait la planque de Hastière, pas très loin de Dinant, que les enquêteurs ont déjà bien visitée. Il semble que, dans cette région, on trouve d'autres traces du passage des personnages apparaissant dans le dossier.
Déjà, on savait que Nihoul avait été « utile » aux gendarmes de la BSR de Dînant, dans le cadre d'une enquête sur un trafic de voitures volées. C'est l'avocat de Nihoul luimême qui le dit...

Du côté de Gedinne aussi, on retrouve Nihoul. Plus précisément à Louette-Saint-Pierre, dans un hameau paisible où, depuis les horreurs et les publications, tout le monde a reconnu Michel Nihoul. C'est que l'homme venait, quasi tous les week-ends, dans une petite maison de campagne, louée à une amie de l'époque d'Anne Bouty.

C'était au début des années 80, du temps où le couple Nihoul-Bouty était encore uni. On y venait même en famille, avec les deux enfants (la petite, née en 80, marchait à peine). Près de la maison, il y avait une basse-cour, des lapins, des chèvres.

Le vétérinaire qui s'en occupait avait même demandé à ce qu'un abri soit construit pour les animaux. Ce qui fut fait, par un artisan du coin. Lequel, soit dit en passant, n'a jamais été payé pour ces travaux... Nihoul n'était pas particulièrement bien vu dans le petit village.
Il faut dire qu'il jouait les gens de la capitale se trouvant en pays conquis, arborant souvent un rutilant équipement de cavalier, alors qu'il n'y avait là qu'un poney à monter... Mais, apparemment, aucun fait troublant n'a été relevé là à l'époque.

La famille Nihoul n'y est pas venue très longtemps. Peut-être pendant un an, se souviennent les riverains. On n'a plus vu personne durant un moment. Puis Anne Bouty est revenue, sans Nihoul. Mais avec un autre homme.

Rapt d'enfants
Qui? Sans doute Jean-Marie G. Lequel est devenu l'ami d'Annie Bouty après la séparation avec Nihoul intervenue en 82.
A ce sujet, on retrouve la trace d'une étrange histoire. Nihoul a déclaré, en mars 83, qu'il était persuadé que G. et son ex épouse voulaient s'expatrier en Afrique, au Burundi, en emmenant les enfants.
Des enfants qui faisaient l'objet d'un différend entre les époux Nihoul séparés. Peu avant la déclaration de Nihoul dûment actée par des verbalisants , c'est Annie Bouty qui faisait intervenir les gendarmes chez la mère de Nihoul, pour récupérer ses enfants. Elle avait parlé de rapt...
Ainsi donc, Michel Nihoul Grainait que ses enfants ne soient enlevés vers l'Afrique. Bouty et G., disait-il, avaient tout prévu.
Même une Mercedes blanche équipée spécialement pour l'Afrique, payée cash (à qui.? ) serait intéressant de le savoir, dans cette affaire où l'on parle décidément beaucoup de transactions de véhicules...), environ 1 million.
Un véhicule immatriculé en France, en transit, au nom de Bouty... Si G. était pressé de partir, disait toujours Nihoul, c'est qu'il craignait la justice...

Jean-Marie G. n'était apparemment pas gêné aux entournures. On sait par exemple qu'il disposait d'une villa, plutôt pas mal installée, à Sainte-Maxime, dans le sud de la France.
S'il est parti en Afrique, il est revenu. Avec toujours des devises en poche. Puisqu'on retrouve une trace, en mars 84, où l'on parle d'un prêt, à Nihoul de nouveau, d'un montant coquet: 140.000 F suisses (cela ferait dans les alentours de 3 millions de FB). Relations d'affaires...

Dutroux chez le garagiste
Unité de lieu toujours. Mais autre époque et autre personnage. On sait que, le vendredi où Laetitia Delhez a été enlevée devant la piscine de Bertrix, on a vu Marc Dutroux à Gedinne. En fait, il conduisait la fameuse camionnette blanche. Laquelle est apparemment tombée en panne entre Bievre et Gedinne.
L'homme se présenta dans un garage, près de la gare de Gedinne. Il semblait très pressé que son véhicule soit réparé mais il dut patienter, le garagiste qui l'a apparemment formellement reconnu depuis ne voulant pas donner un privilège à ce chauffeur de passage.

C'était dans l'après-midi. Quelques heures plus tard, avec une camionnette en état de marche, Dutroux s'en allait commettre, à Bertrix, le rapt qui le ferait coincer par les enquêteurs de Neufchâteau...

A.D, et Ph.C.

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