mardi 15 juillet 2008

J’espère qu’An et Eefje ont croisé Julie et Mélissa


J’espère qu’An et Eefje ont croisé Julie et Mélissa

« La Wallonie » du vendredi 23 août 1996 page 13

Paul et Betty Marchal, les parents d'An, avaient tenu à être présents, hier, aux côtés des familles Lejeune et Russo.

II était 10h03 très précisément, hier, lorsque Paul et Betty Marchal, les parents d'An, ont fait leur apparition dans le périmètre de sécurité défini par la police de Liège aux abords de la Basilique Saint-Martin.

Venus en droite ligne de Hasselt et accompagnés de la soeur aînée d'An, visiblement très marquée, Paul et Betty Marchal ont immédiatement été applaudis a tout rompre par la foule, avant d'être assaillis par une meute de journalistes, belges et étrangers

« Nous sommes simplement venus réconforter !es parents de Julie et Mélissa dans ces moments particulièrement difficiles », a d'abord expliqué Paul Marchal. « Il était de notre devoir d'être présents ici...»

Sur la suite de l'enquête et les recherches effectuées afin retrouver An et Eefje, Paul Marchal a simplement tenu à signaler qu'il avait eu, le matin même, un nouveau contact téléphonique avec Michel Bourlet, le procureur du roi de Neufchâteau.
«Cela fait du bien d'être ainsi informé des suites de l'enquête. Depuis quelques jours, une relation directe s'est établie entre nous. C'est important sur le plan psychologique. M. Bourlet m'a confirmé qu'il avait un bon espoir d e retrouver An et Eefje vivantes. »
Beaucoup d'émotion, enfin, lorsque Betty Marchal, avec des sanglots dans la voix, a lâché :
« J'espère de tout coeur qu'An et Eefje ont, au cours de leur séquestration, rencontré Julie et Mélissa et qu'elles ont eu la possibilité de leur dire que leurs parents se battaient avec un courage admirable pour tenter de les retrouver... »

A la fin de la cérémonie, Paul et Betty Marchal sont littéralement tombés dans les bras de Jean-Denis Lejeune, le papa de Julie. Avant que les corbillards ne fendent la foule pour se rendre au petit cimetière de Mons lez Liège...

Les Marchal, eux, ont repris la route du Limbourg, les larmes aux yeux. An et Eefje ont été enlevées le 22 août 1995. Il y avait, hier, exactement un an de cela...

D.S.

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Mobilisation générale pour assurer la dignité

« La Wallonie » du vendredi 23 août 1996 page 13

Certains observateurs n'avaient pas hésité à estimer à 100.000 le nombre de personnes qui se rendraient hier aux alentours du Mont Saint -Martin pour assister, de près ou de loin, à la cérémonie religieuse donnée en la basilique pour les petites Julie et Métissa. L'estimation était grandement exagérée ou, du moins portait sur l'ensemble du trajet effectué par le cortège.
Forces de l'ordre, secouristes de la Croix-rouge, et médecins, rien n'a cependant été laissé au hasard pour encadrer près de 10.000 personnes qui avaient envahi les hauteurs pour rendre, dans la rue et sur la place, un ultime hommage aux deux petites défuntes.
Tôt le matin, des barrières nadar avaient été disposées de part et d'autre de l'artère principale qu'allait emprunter le cortège, soit les rues Saint-Laurent (au niveau du croisement avec la rue Bidaut) et Mont Saint Martin.
A chaque intersection de rue, des policiers de faction orientaient les personnes. Un parking pour les autocars a été installé dans une de ces voiries perpendiculaires, rue Eracle, à quelques centaines de m de la sortie d'autoroute.
Le parking de l'institut Saint Laurent a été mis à la disposition des familles et de la presse. Les premières voitures sont arrivées dès 9h30. Les premiers autocars ont déposé leurs occupants sur le coup de 10h.

Aucun débordement
Le climat de révolte qui avait suivi l'arrestation de Dutroux et les révélations de celui-ci a fait place au recueillement. «Tout s'est très bien passé. Les gens ont respecté l'imposition qui leur était faite de rester derrière les barrières nadar, explique le commissaire Lovinfosse. Ils ont écouté et respecté les conseils que nous leur avons donnés. J'ai été impressionné par le climat de dignité qui régnait dans la foule. »
Au total, c'est une centaine de policiers - issus de la police de la circulation, de la police communale, des auxiliaires, du 101 - qui avait été mobilisé pour assurer le bon déroulement des opérations. On pouvait aussi dénombrer une soixantaine de gendarmes. Aucun débordement n'a dû être déploré.
Du côté de la Croix-rouge, on peut également pousser un ouf de soulagement. Une petite dizaine d'interventions seulement a été nécessaire. Il s'agit essentiellement de gens qui ont eu un malaise provoqué par la chaleur ou le bain de foule. Seules deux évacuations par ambulance ont été réalisées.
La Croix-rouge avait mobilisé une soixantaine de volontaires sur place. Une quarantaine d'autres volontaires était appelable à domicile en cas de besoin. Un poste de commandement a été établi à proximité de la basilique. Cinq ambulances étaient présentes sur les lieux.

Pour les appuyer, les 3 équipes d'intervention urgente du Service mobile d'urgence, qui couvrent l'ensemble de la région, étaient présentes au Mont Saint-Martin. Une quatrième équipe a même été ajoutée en renfort.

Outre les petites interventions sans gravité, la Croix-rouge a essentiellement exercé une mission de prévention, notamment en distribuant des berlingots d'eau alimentaire à la foule.

Th.D.
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Elisabeth Brichet :Déjà sept ans d’attente

« La Wallonie » du vendredi 23 août 1996 page 13

Septs ans déjà. Sept ans déjà qu'a disparu, à Saint Servais, près de Namur, Elisabeth Brichet, alors âgée de 12 ans. C'était le 20 décembre 1989. Proche des familles Russo et Lejeune, Mme Bouzet, la maman d'Elisabeth, avait tenu, elle aussi, à être aux côtés des parents de Julie et Mélissa, hier.

« Je suis littéralement assommée par l'horreur de la situation », avait-elle confié avant les funérailles. «Cette histoire démontre, s'il le fallait encore, que l'on avait raison de redouter de telles atrocités. Elle me donne aussi de terribles rancœurs à l'égard de la justice...»

Meurtrie, la maman d'Elisabeth le clame haut et fort : il est plus qu'urgent, désormais, que les choses bougent. Pour que de tels drames ne se produisent plus. « Il faut vraiment que des policiers aient l'esprit ouvert et manifestent plus de rigueur, ce qui n'a pas toujours été le cas.
Ils devraient également songer à collaborer avec les parents, qui sont tout de même les premiers concernés. On manque souvent de considération à leur égard ».

Cela dit, Mme Bouzet garde logiquement un espoir de retrouver, un jour, sa fille Elisabeth.
« Si ma fille est passée entre les mains de ces gens-là, elle a dû vivre un terrible calvaire. Si elle est vivante, dans quel état doit-elle être ? Comme Laetitia et Sabine ont été retrouvées en vie, et comme il est fort probable qu'An et Eefje le soient aussi, on peut espérer... »

D.S.

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Tous ne parlaient que du roi

« La Wallonie » du vendredi 23 août 1996 page 13

Il avait été prévu, initialement, que le roi Albert II soit représenté,aux funérailles de Julie et Mélissa, par son aide de camp, le général major José Dassy. Une présence que les familles Russo et Lejeune n'ont pas souhaitée. Ils reprochent au roi de n'avoir jamais daigné répondre aux courriers qu'ils lui avaient adressés. Réactions...

A droite de l'entrée principale de la Basilique Saint-Martin, un couple venu de Châtelet, dans la région de Charleroi, attend sagement, silencieux, prostré derrière une barrière Nadar. Sous leurs yeux, une voiture s'arrête. Un chauffeur en descend et saisit une gerbe de fleurs. Elle émane de la famille royale. Les langues se délient.
Les propos sont sans nuance aucune, dictés par la colère. « Qu'il aille au diable, celui-!à, Il aurait quand même pu répondre à ces parents, ne fût-ce que pour les encourager. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? »
Derrière eux, un monsieur d'une soixantaine d'années opine du chef. Il partage le même sentiment. «Les parents ont entièrement raison de refuser la présence d'un représentant de la famille royale. Le roi et la reine ont été princes de Liège. L'ont-ils oublié? C'est un peu facile de se manifester après la mort des fillettes. A part gracier des pédophiles... »

« Pas de message d'encouragement »
Dominique, un jeune Sérésien, n'y va pas non plus par quatre chemins pour dire ce qu'il a sur le coeur. « Il faut se mettre à la place des familles. Pendant quatorze mois, le roi n'a rien fait pour eux. Même pas un message d'encouragement... Il a préféré rester muet. C'est décevant. Si Baudouin vivait encore, les choses auraient été bien différentes... »
Dur, le discours de Jeannine l'est aussi. Dans sa bouche, les mots s'entrechoquent. «Je n'ai plus du tout confiance en la Justice. Et le roi me déçoit. Il s'est manifesté, mais beaucoup trop tard. C'est avant qu'il aurait dû le faire. A la place des parents de Julie et Mélissa, j'aurai aussi refusé qu'il soit présent aux funérailles. C'est bien trop facile... »
A ses côtés, Germaine, institutrice maternelle à Aywaille, confie: « J'ai honte d'être belge. J'ai honte de la Justice. Pourquoi l'enquête a-t-elle été aussi mal menée ? Ne me faites pas croire que des personnages très influents ne sont pas impliqués dans ce réseau pédophilique... Oui, j'ai honte.
J'ai peur aussi. Peur que cela donne des idées à certains détraqués... »

Le Palais Royal a réagi
Dès après les funérailles de Julie et Mélissa, le Palais Royal a publié, hier dans le courant de l'après-midi un communiqué, qui précise que «les souverains ont intensément partagé la douleur des familles de Julie et Mélissa et le deuil de la Nation entière pendant les funérailles des deux petites filles. »
« Les familles », ajoute le communiqué, «avaient exprimé le souhait que les obsèques puissent donner, en premier lieu, à la population l'occasion de rendre un dernier hommage à Julie et Mélissa. Dans ces circonstances, le Roi a estimé qu'il était prioritaire de tenir compte de ce souhait bien compréhensible et de ne pas déléguer d e représentant. »
Et le Palais de conclure «Les informations selon lesquelles des considérations purement protocolaires auraient motivé cette décision ne sont donc pas fondées. »

D.S.

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