samedi 24 mai 2008

« II y aura d’autres combats »


« II y aura d’autres combats »


« LA MEUSE » du mercredi 6 septembre 1995

Les parents de Julie et Mélissa un peu déçus par le manque de témoignages concrets après la diffusion de « Perdu de vue »

« Mais ce n'était pas l'émission de la dernière chance », disent-ils

LUNDI 23 h, les spots se sont éteints, l'émission Perdu de Vue de Jacques Pradel vient de se terminer.

Les parents de Julie et Mélissa soufflent un peu. Mais pour eux, la soirée n'est pas terminée...


En effet, un quart d'heure plus tard, Stéphane Cassino - le journaliste de TF1 qui était venu à Grâce-Hollogne pour tourner les différentes séquences - est arrivé au studio 107. Il revient du standard téléphonique où ont été récoltés tous les témoignages survenus lors de l'émission. A 23 h 15, TF1 avait reçu une centaine d'appels.

A peine revenu du standard téléphonique, Stéphane Cassino s'est isolé en compagnie des parents. II leur a alors livré les grandes tendances des appels reçus durant le direct de l'émission. Au total, TF1 a accusé la réception de plusieurs centaines d'appels.


Durant ce débriefing, le journaliste français n'a pas apporté d'éléments que l'on peut qualifier d'exceptionnels. Ceci dit, plusieurs témoignages concordants ont intrigué les parents.
Ainsi, mardi matin après avoir remis au net tous les témoignages, TF1 a pris contact avec les parents des deux fillettes pour affiner les appels. Après un premier tri, une petite centaine d'appels ont été pris au sérieux. «En effet, explique M. Russo, environ 25 personnes ont téléphoné pour signaler la présence de Julie, de Mélissa ou des deux fillettes, dans plusieurs régions de France. Un témoignage signale que nos fillettes seraient en Espagne.
Sept appels sont venus de Belgique pour donner des renseignements sur des trafics d'enfants. Onze communications ont été recensées concernant des tentatives d'enlèvements qui auraient eu lieu dans les environs de Grâce-Hollogne et de Saint-Nicolas et ce, entre le mois de mai et le mois d'août.
TF1 a également reçu une dizaine d'appels de radios locales qui voulaient bien nous aider à diffuser les avis de recherches.
Enfin, une personne a téléphoné de Flémalle pour signaler qu'un exhibitionniste sévissait tous les jours sur le pont d'Ivoz et qu'il avait subitement disparu à la fin du mois de juin, soit en même temps que nos deux fillettes. »

Signalons également que certaines personnes, à l'esprit nauséabond, ont fait téléphoner leurs gamines qui se sont fait passer pour Julie ou pour Mélissa. Lorsqu'on leur demandait plus de détails, les gamines raccrochaient aussitôt...


« On ne sait pas à quoi s'attendre ! »

Reste le déroulement de l'émission. Les parents de Julie et Mélissa ont eu la chance de passer en premier lieu, ce qui a laissé plus de temps aux éventuels témoins pour se manifester. «Mais, insiste M. Russo, nous sommes retournés nous coucher un peu frustrés. Nous espérions tous des témoignages concrets.»

M.Lejeune ressenti cette frustration. « C'est vrai que nous sommes un peu déçus parce qu'il n'y a rien de vraiment concret, mais les gens de TF1 nous ont dit qu'il fallait, grosso modo, deux semaines pour tirer un bilan de l'émission. Il ne faut pas oublier que l'émission sera diffusée, ce samedi, sur TV5 et qu'un répondeur téléphonique est branché dès la fin du direct. Il y a des tas de gens qui appellent après. Certains attendent la fin du direct pour être sûrs de ne pas devoir parler lors de l'émission. D'autres prennent le temps de réfléchir avant d'appeler. Ils enregistrent l'émission et téléphonent deux ou trois jours plus tard. Ce n'est pas plus mal.

Je vous assure que l'émission est vraiment stressante. En effet, quand Félicie intervient pour faire la synthèse des appels qu'elle a reçus, on ne sait jamais ce qu'elle va dire. On ne sait pas à quoi s'attendre! »

«De toute manière, continue M. Lejeune, ce n'est pas la fin de notre combat. Cette émission n'était pas, comme certains ont pu le penser, notre dernière chance.
Il y aura d'autres combats. Il y a des émissions de ce type en Allemagne et aux Pays-Bas, sans oublier l'émission Faits divers de la RTBF qui, le 13 septembre, sera consacrée à Julie et Mélissa. »

Jean-Michel Crespin


Frapper à 8 millions de portes à la fois


LA MEUSE du mercredi 6 septembre 1995

A PRES deux mois d'interruption, Jacques Pradel a repris du service pour assurer la présentation de Perdu de vue. Cela fait six ans que l'animateur français dirige cette émission de grande audience. En effet, environ 8 millions de personnes se donnent rendez-vous, le lundi soir, sur la même chaîne, pour essayer d'aider des familles en
Difficulté. Chaque mois, Jacques Pradel reçoit près de 2.000 lettres. Toutes ont le même message: à l'aide. Comme Perdu de vue ne sait pas tout traiter en direct, il faut absolument opérer une sélection.

Mais, explique Pradel, en ce qui concerne Julie et Mélissa,il n'y a pas eu de sélection. On ne peut humainement pas refuser de s'occuper d'une affaire aussi grave. Lorsque les responsables de l'émission Perdu de vue ont reçu un courrier en provenance de Grâce-Hollogne, ils n'ont pas hésité.

Nous avons tout de suite dit oui, explique Jacques Pradel, malheureusement, les vacances commençaient et il n'y avait plus d'émission avant septembre.
Nous avons alors pris contact avec les parents de Julie et Mélissa et nous leur avons expliqué ce que nous faisions dans notre émission. Cela n'a posé aucun problème puisque nous étions vraiment tous sur la même longueur d'onde. En fait, nous avons expliqué aux deux familles que Perdu de vue n'était pas une émission où nous faisons une contre enquête.
Rien que pour TF1, nous sommes regardés par 8 millions de personnes (NDLR : auxquels il faut ajouter les téléspectateurs de TV5).
Il serait stupide, dans des dossiers de ce type, de ne pas s'en servir !
En clair, nous faisons une sorte d'enquête de voisinage, comme aucun policier ne pourrait le faire.

Nous allons frapper à 8 millions de portes et nous demandons aux gens s'ils savent quelque chose. Il ne s'agit pas d une contre-enquête puisque nous respectons le secret de l'instruction, la vie privée des gens et la présomption d'innocence. Nous ne faisons pas non plus une chasse à l'homme.


Tilt


Dans le cas de Julie et Mélissa, les journalistes de TF1 ont réalisé une première. En effet, jamais auparavant, ils n'avaient diffusé une reconstitution.

« En fait, cela me gênait un peu ! Cela risquait d'être mal interprété. Mais, les parents de Julie et Métissa ont insisté pour qu'il en soit ainsi. De plus, ce n'était pas un spectacle gratuit, cela avait un but précis. On voulait montrer quelque chose aux gens en espérant que cela fasse Tilt dans l'esprit de certains d'entre eux. II y a dix semaines que les deux fillettes ont disparu, si des personnes les ont vues, cela doit être encore frais dans leur mémoire. »

Toutefois, il ne faut pas se leurrer: TF1 est une chaîne privée et Perdu de vue est donc une émission qui doit faire de l'audience.
On en veut d'ailleurs pour preuve les trois spots publicitaires qui sectionnent une émission aussi grave.


« C'est vrai, mais cela ne me gêne pas outre mesure. La pub est nécessaire pour notre chaîne de télévision qui ne reçoit pas de subvention. »

En ce qui concerne la dure loi de l'Audimat, Jacques Pradel se veut très discret. ll admet toutefois qu'il fait une émission de télévision et que deux sujets pratiquement identiques
ne seront jamais traités lors de la même émission.


Pas envie de collaborer

Reste les relations qu'entretiennent les journalistes de Perdu de vue avec les justices française ou belge.

Personnellement, je regrette que notre émission se soit faite sans l'aide de personne. S'il y avait une plus grande symbiose entre le monde judiciaire et nous, nouspourrions augmenter notre pourcentage de réussite. Les policiers
ont des méthodes d'enquête qui ne sont pas les nôtres. D'ailleurs, comme je l'ai dit, nous ne violons jamais le secret de l'instruction.

Alors, il y a des magistrats qui font appel à nous et d'autres qui font montre d'une indifférence polie mais qui acceptent l'émission pour faire plaisir aux familles,»
Dans le cas du dossier de Julie et de Métissa, il semble toutefois que les rapports entres les parents, TF1 et la justice liégeoise ne soient pas au beau fixe.

"Que dire? Il v a des
gens qui sont jaloux de leurs prérogatives et peut-être que certains enquêteurs ou certains magistrats n'aiment quand les journalistes interviennent.

Lors de cette émission, il n'y avait pas d'enquêteurs belges.


Cela est peut-être dû au fait que les magistrats liégeois sont des personnes très raides qui n'ont pas envie de collaborer avec des Journalistes.


Bref, il n'y avait personne pour recueillir officiellement les témoignages. TF1 les donnera donc aux parents de Julie et Mélissa qui, eux, les transmettront à la justice liégeoise.

Jean-Michel Crespin

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