jeudi 17 décembre 2009

Blanche (Edito de « La Libre Belgique » 19 décembre 1996 pg 2


Blanche

Edito de « La Libre Belgique » du jeudi 19 décembre 1996 page 2

Oui, elle est, elle restera blanche cette année 1996. Non de la blancheur des pages d'histoires qui restent à écrire. Mais de cette blancheur perdue mais surtout retrouvée, celle des pierres dont on marque les événements qu'on refuse de voir disparaître dans les oublis de nos mémoires si fragiles.

Une année blanche comme les nuits interminables de parents qui ont tant attendu et attendent toujours.

Blanche de l'angoisse, la même, pour un enfant qui peut encore revenir et dont on ne sait rien ou pour une petite dont on ne sait que trop qu'elle ne reviendra pas mais pour laquelle on doute encore que justice puisse un jour être vraiment faite.

Blanche comme cette marche, ce sursaut de générosité, ce réveil calme, décidé d'une opinion qui ne savait plus très bien si on l'avait ou si elle s'était endormie.

Blanche comme cette transfusion de pureté dans les artères d'une capitale ramenée brusquement, par-delà la plus horrible des morts, à la vie, la véritable vie, celle qui rejette les différences et les haines parce que tout le mondes s'y retrouve à égalité face au malheur mais aussi et surtout dans la volonté d'en sortir.

Blanche comme la voix d'un souverain qui, parce qu'il en a trop entendu qu'il ne savait pas, balaye la grisaille du protocole pour dire ce qu'il pense. Et le dire avec ses mots à lui, des mots qui viennent du cœur et y vont tout droit. Des mots chargés de foutes ces longues confidences de familles qui ont trouvé enfin, en ce palais royal qui leur paraissait tellement lointain, tellement inaccessible, tellement hors du monde, une écoute attentive, patiente, compréhensive, celle de parents et de grands-parents qui, ensuite, diront ce que peuvent, ce que savent dire les parents et les grands-parents.

Blanche comme la neige qui, un soir de décembre, recouvre un charbonnage obscur au dessous duquel des hommes, infatigables, cherchent encore et toujours d'autres victimes auxquelles les flocons blancs font déjà comme un linceul. Un de plus dans une tragédie gui semble ne devoir jamais s'achever Blanche comme la neige qui, un soir de décembre, recouvre un charbonnage obscur au dessous duquel des hommes, infatigables, cherchent encore et toujours d'autres victimes auxquelles les flocons blancs font déjà comme un linceul. Un de plus dans une tragédie qui semble ne devoir jamais s'achever mais ne peut, ne doit déboucher que sur un horizon parfaitement blanc.

De la blancheur de ces révolutions non pas violentes mais tranquilles, de ces lendemains non qui chantent mais qui chantonnent, de cette fierté de ceux, de tous ceux qui, dans ce pays devenu le laboratoire d'un examen de conscience exemplaire, savent qu'ils ont en leur pouvoir de transcender la mort, fut-elle la plus scandaleuse. Parce que, justement, elle est la plus scandaleuse.

Robert VERDUSSEN.

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LA LIBRE BELGIQUE

Boulevard Émile Jacqmain, 1271000 Bruxelles

ÉDITEUR RESPONSABLE

Éric Valentin

RÉDACTEUR EN CHEF

Jean-Paul Duchateau

COORDINATION DE LA « PERSONNALITÉ LIBRE 1996

Guy Daloze

COORDINATION

Monique Baus

_________________________________

Sommaire :

Repère………………………………….Pages 4 et 5

Evocation………………………………Pages 6 et 7

Dans la Libre Belgique………………..Pages 8 et 9

Nous avons écrit………………………Pages 10 et 11 – 14 et 15

Hommage………………………………Pages 12 et 13

Messages………………………………Pages 16 à 24

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