mardi 11 août 2009

Belgique,plaque tournante de la pédophilie ? (« La Dernière Heure » mardi 3 décembre 1996 page 3)


Procureur tenu à l’écart

AUDITION DES MAGISTRATS CAROLORÉGIENS

« La Dernière Heure » mardi 3 décembre 1996 page 3

BRUXELLES - Louisa Lejeune, Marie-Noëlle Bouzet, Carine et Gino Russo avaient pris place à l'étage de la salle de la Commission, pour suivre, des heures durant, les premiers véritables travaux d'enquête sur l'enquête Julie et Mélissa. La copie du dossier judiciaire, venue de liège, a été déposée sur la table devant le président Verwilghen. Une dizaine de cartons, de grosses fardes marquées du nom des enfants. Soixante kilos de pages d'une enquête tragiquement inaboutie.

L'examen a commencé par l'audition des magistrats de Charleroi concernés par des faits reprochés à Dutroux, antérieurs à la disparition des deux fillettes.

En 1993, la gendarmerie savait déjà que Dutroux projettait d'enlever des enfants et faisait tout pour se renseigner. Encachette.

Au parquet de Charleroi, peu de gens étaient au courant...

La Commission a d'abord entendu Thomas Defourny, procureur du Roi entre 1981 et 1994. Le magistrat, aujourd'hui juge au tribunal du travail, a été mis sous le feu des questions des députés pendant plus de deux heures. M. Defourny, patron du parquet à l'époque, a expliqué qu'il n'avait jamais été mis au courant de l'opération Décime de la gendarmerie, une opération de surveillance de Dutroux.

« Je n'ai plus entendu le nom de Dutroux après sa condamnation en 89. Après cette date, ce fut le silence radio complet. Quand j'ai appris durant les dernières vacances qu'il avait été arrêté, j'ai dit m..., c'est ce saligauds-là... »

Au parquet, l'habitude voulait que le procureur soit consulté par ses substituts pour les affaires graves.

Le dossier Dutroux, lui, n'a pas été porté à sa connaissance... Il est évident que ce n'est pas normal. Il est évident que j'aurais du être prévenu. Je ne sais pas pourquoi ça n'a pas été fait. Je retiens surtout de tous ces épisodes qu'une meilleure concertation entre tous les acteurs des enquêtes judiciaires serait préférable pour tout le monde et pour la justice en particulier ».

A la question de savoir si M. Defourny a pris une part de responsabilité dans le renvoi de Dutroux devant le tribunal correctionnel et non devant les assises en 1986, le témoin dira: «Je sais que tout le débat est de savoir si les assises n'auraient pas été plus appropriées pour juger Dutroux. Il est très probable que devant un jury populaire, Dutroux aurait écopé d'une peine plus forte. Mais, à cette époque, la cour d'assises du Hainaut était surchargée. »,

Révocation

La commission a entendu brièvement le substitut Jacqueline Janssens. La magistrate a mis le dossier vols à l'instruction, sur base de deux PV dressés par les gendarmes. Pas une seconde, ces enquêteurs n'ont parlé des projets d'enlèvement,

Comme Mme Janssens, sa collègue Favaro a dit avoir ignoré tout de l'enquête menée par la gendarmerie sur les projets d'enlèvements de Dutroux. Elle était pourtant la responsable au parquet du dossier des vols reprochés à Dutroux. C'est elle aussi qui a demandé le renvoi de Dutroux en correctionnelle pour 7 vols mis à sa charge. Lors des perquisitions menées dans ce dossier, les gendarmes cherchaient des objets recelés mais aussi les caches. Pas un mot là-dessus dans les PV reçus par Mme Favaro. « Le procureur du Roi ou d'autres premiers substituts étaient sûrement au courant », dit elle, sans en être vraiment certaine.

A plusieurs reprises, les députés ont également demandé aux magistrats carolos pourquoi la libération conditionnelle de Dutroux n'avait pas été cassée pour les faits de vols. La réponse est immuable le ministère ne révoquait qu'après une nouvelle condamnation ou des aveux. Et comme Dutroux niait toujours...

Benoît Franchimont

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Le juge Lorent admet la manipulation des gendarmes

SCELLÉS DURANT SIX JOURS SUR LA MAISON DE MARCINELLE.

« La Dernière Heure » mardi 3 décembre 1996 page 3

BRUXELLES - Intervenu dans le dossier Dutroux en 1993 et 1995, dans le cadre de l'enquête sur les vols puis sur la séquestration de jeunes gens qui avaient voulu doubler le pédophile de Sars dans un trafic de camion, le juge d'instruction André Lorent a affirmé tout au long de son audition avoir été tenu dans l'ignorance par les gendarmes de leur but réel.

Le juge dorent intervient dans l'enquête Dutroux dès novembre 93. Deux gendarmes de Charleroi ont des informations sur le pédophile. Cela concerne des vols mais, surtout, des projets d'enlèvements d'enfants. Le parquet, qui n'est averti que des premiers soupçons, ouvre une enquête pour ces vols.

Le gendarme Pettens m'a dit que, dans le cadre de ces recherches, il voulait profiter de l'occasion pour vérifier la rumeur qui disait que Dutroux aménageait des caches. J'ai accepté. Pour moi, il s'agissait de caches pour entreposer des objets volés. Personne ne m'a parlé de caches pour séquestrer des enfants ! », dit le juge.

Un second enquêteur, M. Bouvy, dit l'avoir averti. Ces perquisitions ont été négatives, de même que les secondes, quelques mois plus tard.

Des caves à Marchienne étaient bien en chantier, mais rien n'a semblé anormal, au juge en tout cas.

Décime et Othello

En décembre 93, les gendarmes lancent la première opération de surveillance de Dutroux. Nom de code : Décime. « Personne ne m'a dit que cette opération visait à découvrir des caches d'enfants », répète encore André Lorent. Décime ne donne pas de résultats.

Durant l'été 95, seconde opération de surveillance: Othello. A son insu, le juge Lovent revient en scène,

« Sans le savoir, j'ai court-circuité l'opération Othello, dont j'ignorais tout», dit-il. Début décembre 95, le juge intervient en effet dans l'affaire des jeunes séquestres pour avoir vole un camion à Dutroux.

Un règlement de comptes, explique Lorent. Dutroux est arrêté dans ce dossier et le juge décide de lancer des perquisitions, toujours dans l'optique des vols. C'est là que les gendarmes se montrent, raconte le magistrat. Ils lui parlent enfin des recherches sur les caches d'enfants, mais ne disent pas, toujours selon M. Lorent, que

Dutroux est le principal suspect dans l'enlèvement de Julie et Mélissa.

Les 13 et 19 décembre, les gendarmes opèrent les perquisitions sur mandat du juge carolo. Parmi les enquêteurs, un membre de la brigade de Grâce-Hollogne !

Cela ne m'a pas semblé anormal. Des gendarmes de la région de Liège venaient en renfort. On m'a parlé du méga district », dit le juge Lorent, qui ajoute qu'il ne regarde pas beaucoup la télé et ne lit pas beaucoup les journaux. A ce moment, il doit sans doute être le seul magistrat à ignorer la disparition de deux petites filles de Grâce-Hollogne.

A Marcinelle, où sont enfermées Julie et Mélissa, la perquisition du 13 ne donne rien. « La maison était un vrai capharnaüm ». Le juge décide de revenir le 19. Et met les scellés durant six jours... Le 19, les gendarmes, plus nombreux, ne trouveront toujours rien.

« Si j'avais su que les gendarmes voulaient se brancher sur le dossier Julie et Mélissa, j'aurais interdit les perquisitions et téléphoné à la juge d'instruction en charge du dossier à Liège, Mme Doutrewe. Je n'ai jamais pensé que des enfants pouvaient être enfermes. Si je l'avais su, c'est au bulldozer que j'aurais fait sauter la maison... Les gendarmes devaient s'adresser à Mme Doutrewe », dit encore le juge Lorent. Celui-ci aurait donc été utilisé, manipulé par les gendarmes, qui travaillaient seuls, en secret, et avaient besoin d'un pantin pour signer des mandats...

B. F.

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La colère de Paul Marchal

ENQUÊTE FINANCIÈRE URGENTE SUR L'ASBL AN ET EEFJE !

« La Dernière Heure » mardi 3 décembre 1996 page 3

HASSELT - Paul et Betty Marchal sont furieux. Mercredi passé, Paul Marchal a dû répondre à une convocation de la PJ d'Hasselt. II y a deux mois, les parents d'An, à l'instar de ceux de Julie et Melissa, ont

créé une asbl An et Eefje. Son but est de venir en aide aux parents qui seraient plongés dans le même désarroi et la même détresse que la leur après les disparitions d'An et Eefje en août 95.

Un but généreux.

«A la PJ, précise Paul Marchal, le commissaire qui devait m'interroger m'a expliqué qu'il agissait sur injonction du parquet. En fait, le parquet souhaite vérifier la comptabilité de l'asbl. En soi, ça ne m'émeut pas. L'asbl n'a rien à cacher aux autorités judiciaires. Ce qui me scandalise, c'est quand je pense que pendant des mois et des mois, la justice n'a rien fait pour retrouver An et Eefje mais qu'en revanche, elle est tout de suite là quand il s'agit d'éplucher les comptes d'une asbl créée il y a deux mois a peine... » Comment ne pas partager la réaction outrée de parents qui ont perdu des enfants dans les circonstances atroces que l'on sait.

Mais la colère de Paul Marchal ne s'arrête pas là. Souvenez-vous...

L'affaire Rostelli

Fin août, quelques jours avant que ne soient retrouvés les restes d'An et Eefje rue Daubresse à Jumet, à un moment où les espoirs étaient encore permis, le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, a rendu visite à Hasselt aux parents des deux Limbourgeoises.

Devant des dizaines de journalistes belges et 'étrangers. Le show ! Le ministre de la Justice avait indiqué aux parents qu'on ne parlerait pas de l'enquête proprement dite.

Mais des à-côtés. De quoi serait-il alors question ? La famille Marchal a abordé un sujet qui lui tenait à coeur, celui des spectacles d'hypnose donnés par maître Rasti Rostelli. Nous ne reviendrons plus sur l'affaire.

Nous l'avions nous-mêmes révélée, en juillet dernier. Encore aujourd'hui, Paul et Betty Marchal mènent un combat pour interdire ces spectacles qui violent la loi.

Si An et Eefje s'étaient trouvées dans leur état normal après le spectacle de Me Rostelli au casino de Blankenberge, les deux filles n'auraient pas fait du stop, elles auraient pris le tram et seraient toujours en vie.

Fin août, le ministre De Clerck avait promis aux parents d'intervenir. Hier, Paul Marchal apprenait que samedi passé, l'hypnotiseur avait donné un nouveau spectacle à Zwalm. Comme si la mort d'An n'avait servi à rien. Comme si les belles promesses du ministre n'avaient aucune valeur. «Je déteste les politiciens, confiait hier

Paul Marchal, sans illusion, ils ne font rien. Rien ! Leurs promesses, elles n'ont aucune valeur. Dehaene ? De Clerck ? Pour moi, ils se valent tous...

Gilbert Dupont

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Maître VISEUR ,L'avocat des victimes de Dutroux

« La Dernière Heure » mardi 3 décembre 1996 page 3

CHARLEROI - Dans les années 80, Marc Dutroux avait frappé à de multiples reprises des jeunes filles, des fillettes parfois, bafouées et violées.

L'une d'elles avait moins de douze ans au moment des faits. Marc Dutroux a été condamné à lui verser des indemnités pour le dommage subi.

Dutroux a été libéré en 1992. L'avocat de cette gamine, Me Jean-Jacques Viseur, n'en savait rien. « Ni moi, ce

qui n'est pas très grave, ni ma cliente, n'avons été prévenu mais de toute façon rien n'est prévu, ou du moins rien n'était prévu en Belgique dans les faits. L'affaire Dutroux a changé la donne. Désormais, une fiche victime suit le dossier du détenu.

Lorsque ce dernier est remis en liberté, des conditions plus précises peuvent donc maintenant être fixées: que le détenu n'aille pas s'installer à proximité du domicile de la victime par exemple, mais c'est tout à fait nouveau. Cela pourra peut-être permettre d'éviter qu'une victime se retrouve nez à nez, sans y être préparée, avec son agresseur: vous imaginez aisément le choc que cela peut causer chez cette personne.

Il faut évoquer ce genre de situation.

II y a un autre intérêt à mettre les victimes au courant: c'est qu'elle peut alors agir sur les biens ou revenus de l'ex-détenu s'il n'a pas indemnisé sa victime. J'ai appris par la presse, comme tout le monde, que Marc Dutroux possédait toute une série de biens, j'ai donc alors demandé des saisies conservatoires de ces biens car ma cliente n'avait toujours pas été indemnisée par Dutroux alors que le tribunal avait donné droit à la constitution de partie civile et accordé un montant assez important».

Réforme

Comme l'agression remontait à une période avant 1985, elle n'avait même pas pu bénéficier du Fonds d'indemnisation des victimes d'actes de violence qui fonctionne cahin caha pour le moment mais que l'on est occupé à réformer afin qu'il soit plus performant. « Le problème en Belgique est que le code d'instruction criminelle est conçu pour l'action publique et non pour les victimes qui n'ont que très peu de prises sur le dossier. Cela part d'un bon sentiment: après tout, il y a la présomption d'innocence mais il faut aussi humaniser la justice et accorder à la victime un accès à une certaine information ». Vaste débat.

F.M.

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Le Cambodgien grand habitué des voyages

« La Dernière Heure » mardi 3 décembre 1996 page 3

ROME / BRUXELLES - Ainsi que nous I'annoncions hier, la Belgique a déjà été contactée après l'arrestation samedi midi à l'aéroport international de Fiumicino (Rome) d'un Cambodgien de 51 ans, Cao Leng Hout, qui tentait d'introduire dans ce pays quatre enfants, deux garçons et deux filles, sans doute pour les livrer à des réseaux pédophiles. La demande est parvenue via Interpol à Bruxelles au magistrat national André Vandoren, qui joue depuis quatre mois un rôle discret mais efficace dans les enquêtes en cours à Neufchâteau sur d'éventuels réseaux pédophiles liés ou non à Marc Dutroux.

La rapidité de la justice italienne montre l'intérêt qu'elle accorde à l'affaire. Nos confrères de la Republica nous annonçaient qu'une femme de 23 ans avait débarqué en matinée à Fiumicino d'un vol provenant du Nigeria et avait présenté aux douaniers un passeport belge provenant de la même série que celui du Cambodgien.

Il s'agit,dans les deux cas, de passeports volés à la fin de l'année passée en Belgique à l'administration communale de Poppel.

Les quatre enfants asiatiques qui accompagnaient Cao Leng Hout étaient en possession eux aussi de passeports belges grossièrement falsifiés. Le Cambodgien possédait un second passeport que les enquêteurs italiens ont trouvé, lors de la fouille, dans son caleçon.

Selon les Italiens, le Cambodgien aurait fait au cours des trois derniers mois plusieurs dizaines de voyages entre l'Extrême-Orient et l'Europe. S'est-il rendu en Belgique ? Des vérifications sont en cours. Mais on sait, par exemple, qu'il a visite Paris. Des photos ont été trouvées, prises devant la tour Eiffel.

200 téléphones codés

Les enquêteurs avaient encore un certain doute pendant le week-end. Ils ne l'ont plus à présent : les enfants devaient être livrés à des réseaux pédophiles. Pourquoi sinon ? Trafic d'organes ? Les cas signalés en Europe sont trop peu nombreux. Les faire travailler clandestinement ?

Les deux garçons, âgés de 6 et 8 ans, sont trop petits. Filière illégale d'adoption? Les deux filles, âgées de 10 et 12 ans,sont trop âgées. Reste la pédophilie. Dans quel pays ? Le Corriere delta Serra, dans ses éditions d'hier, cite trois villes : Hambourg, Amsterdam et Bruxelles.

Selon la police italienne, « ce n'est pas un hasard si les passeports ont été volés en Belgique ». Nous parlions, hier, du fait que les policiers auraient trouvé des « dizaines et des dizaines » de photos d'enfants dans les bagages du Cambodgien. Les chiffres doivent être revus à la baisse. En réalité, les Italiens n'en auraient trouvé qu'une vingtaine.

En revanche, trois agendas ont été saisis, dans lesquels figurent au total quelque 200 numéros de téléphone, la plupart codés, dont un certain nombre en Italie et en Belgique. C'est ce qui risque de déclencher des enquêtes en Belgique, pour autant que la police parvienne à les décrypter, la plupart des numéros étant en effet privés de préfixe et truffés d'idéogrammes qu'il va s'agir d'interpréter.

Tout serait bien sûr plus facile si Cao Leng Hout se mettait à table. Mais comme on le dit à Rome, le Cambodgien est « un tipo tosto ». Un dur, qui se tait, qui a même oublié comment il s'appelait.

Quant aux enfants, ils sont pris en charge par l'hôpital Grassi, à Ostia. Sous le choc. Les médecins n'ont pas encore osé les examiner, pour ne pas les brusquer. Leur sort est incertain. Rapatriement au Cambodge ?

En septembre, des enfants étaient arrivés dans des conditions à peu près similaires en Italie. Ils se trouvent toujours dans ce pays, attendant que des familles les adoptent.

Gilbert Dupont

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