lundi 18 mai 2009

Maître Julien Pierre évoque un complot anti-séparatiste autour de l'affaire Dutroux!


Maître Julien Pierre évoque un complot anti-séparatiste autour de l'affaire Dutroux!

« Télé Moustique » du jeudi 31 octobre 1996 pages 26 et 27

Pensant peut-être que « nul n'est prophète en son pays », Me Julien Pierre a accordé ces jours-ci une longue interview à Alain Gravel, un journaliste de la télé canadienne dans laquelle il donne son analyse de l'affaire Dutroux-Nihoul. A vrai dire, il s'agit surtout d'un flot d'accusations lancées tous azimuts.

En exclusivité, Télé-moustique a pu prendre connaissance d'extraits de cet entretien parfois délirant qui sera diffusé à la mi-novembre par nos confrères d'outre-Atlantique dans leur magazine d'information Le Point.

Après avoir eu la peau du juge d'instruction Connerotte, l'avocat liégeois s'en prend cette fois au procureur du Roi Michel Bourlet auquel il reproche son « si on me laisse faire » qu'il qualifie de "scandaleusement poujadiste", aux enquêteurs de Neufchâteau qu'il accuse d'avoir tenté de "déstabiliser' Marc Dutroux, à la presse qui de "fausses informations" à cette opinion elle-même qui ne comprendrait pas qu'il fasse son métier d'avocat jusqu'au bout en ayant demandé le dessaisissement du juge Connerotte et last but not least, à un "corps de police" - il faut vraisemblablement comprendre la gendarmerie - qui a tiré profit de l'affaire Dutroux pour alimenter "une des plus gigantesques manipulations de l'opinion publique belge depuis la création de l'État belge en 1830" (sic).

L'objet de cette prétendue manipulation? Mais c'est bien sûr! Autour de l'affaire Dutroux, c'est tout un complot belgicain qui se trame! "Je pose la question rave de savoir à qui profite le crime", accuse en effet Me Pierre sur le ton solennel qu'il affiche habituellement.

Ajoutant notamment: "A la fin du mois de juin 1996, il s'est trouvé un chef de groupe du Parti socialiste, le plus important parti politique de Wallonie, pour dire au parlement belge: "La France peut s'étendre jusqu'aux portes de Bruxelles si nos amis flamands continuent de nous traiter comme ils le font" (...). On vivait dans une sorte de climat de séparatisme entre les Flamands et les Wallons. Et j'ai été frappé d'entendre dans la bouche de gendarmes belges cette réflexion que je n'oublierai pas de sitôt: Maître, en tout cas, votre requête en suspicion légitime à l'égard du juge d'instruction Connerote a eu un effet extraordinaire, c'est de réunir Flamands et Wallons qui désormais ne parlent plus de séparatisme".

Et voici donc que la Belgique, Flamands et Wallons confondus, paraît y renoncer pour quelques décennies de survie. Dans la mesure où un certain corps de police avait perçu que la Belgique paraissait vivre ses derniers

soubresauts, dans la mesure où ce corps de police souhaite l'unité du pays, et bien il y avait sans doute beaucoup de profit a tirer d'une manipulation de l'opinion publique au travers de cette affaire-là qui était tellement tragique qu'elle pouvait mobiliser les foules très facilement".

Bref, si l'on devait suivre ce raisonnement pour le moins tiré par les cheveux de l'avocat de Dutroux, les 300.000 personnes qui ont marché dans les rues de Bruxelles, le 20 octobre dernier, n'ont vraiment rien compris ! Des naïfs, des manipulés, tous ces Belges qui se sont mobilisés dans la dignité et dans le calme pour que l'on protège mieux nos enfants ! Des gros bêtas, tous ces travailleurs qui ont débrayé pour manifester leur soutien aux parents ! C'est qu'ils ne se sont pas rendus compte qu'en fait, ils manifestaient contre le séparatisme !

Voilà en tout cas un raisonnement audacieux, proche de l'insulte Pour les familles de victimes, parce que sans le dire ouvertement il détourne le message qu'elles ont toujours voulu faire passer et qu'il nie insidieusement la volonté de solidarité que tout un peuple a voulu leur affirmer au cours de ces dernières semaines. Dans le même état d'esprit méprisant et comme pour un peu plus encore enfoncer le clou Me Pierre déclare d'ailleurs à la télévision canadienne qu'ici, en Belgique: "Voici que le peuple a une nouvelle fois voulu assiéger le château de son roi, on a voulu casser du bourgeois, on a voulu que des gros tombent, des hommes politiques importants, peut-être des magistrats, peut-être des ministres, peut-être plus haut encore dans la hiérarchie de

I'Etat". Or, pour l'avocat de Dutroux, cela n'a aucun sens puisque - et cela n'étonnera personne - l'affaire de son client se résume à "un fait divers d'un tragique incommensurable mais cela suffit dans l'état actuel des choses. Je n'aperçois pas de réseau. Je n'aperçois pas d'implication de tel ou tel personnage important de l'Etat. Je n'aperçois pas de protections extraordinaires au sein de la magistrature".

On signalera qu'avec l'affaire du complot belgicain, Me Pierre,qui joue volontiers au donneur de leçons, n'en est pourtant pas a sa première analyse politique foireuse. Nous disposons d'un courrier qu'il adressa en 1994 au député socialiste Claude Eerdekens qui l'atteste.

A l'époque, M. Eerdekens se plaignait de ce que des membres du groupuscule d'extrême droite « Agir » aient "abusé un certain nombre d'Andennaises et d'Andennais en extorquant leur signature dans le cadre de la présentation de la liste « Agir ». Selon le bourgmestre d'Andenne, « un nombre important de personnes »

avaient été "invitées à signer une pétition pour des problèmes intéressant les jeunes, la circulation routière ou d'autres problèmes, sans qu'il leur soit exprimé qu'il s'agissait de présenter une liste d'extrême droite politique aux élections communales".

Me Pierre lui faisait alors porter une lettre, le 11 septembre 1994, dans laquelle il se présentait comme "le conseil habituel du parti Agir et en l'occurrence également de Madame A. ". Décidément, Me Pierre est le spécialiste des causes difficiles!

Après avoir contesté les arguments d'Eerdekens, il terminait par cette considération politique: « J'apprends enfin que lors d'une récente réunion à laquelle assistait ma cliente, vous avez préféré vous en aller plutôt que de vous asseoir à la même table qu'une "néo-fasciste". Si vous saviez, cher Démocrate, comme cela se passe de commentaire. Si vous saviez vraiment. Mais vous ne pouvez pas savoir ! Salutations ».

Le 12 septembre, par recommandé, le député confirmait à l'avocat "qu'en tant que démocrate, je refuse toute discussion avec les représentants d'un parti politique dont la filiation avec le parti nazi allemand est évidente.

Pour preuve, le point 5 des principes ayant présidé à la fondation de ce parti (page 3 de son programme) où il est exprimé: "Primauté des droits des peuples par rapport à l'idéologie des droits de l'homme"... Cela se passe de commentaires". Comme tout le reste...

Michel Bouffioux

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