vendredi 22 mai 2009

Blanc comme le souvenir...(« DH » du samedi 2 – dimanche 3 novembre 1996 pg 2)


TOUSSAINT PAS COMME LES AUTRES À FLÉMALLE

Les Belges n'oublieront jamais

« La Dernière Heure » du samedi 2 – dimanche 3 novembre 1996 page 2

Blanc comme le souvenir...

FLÉMALLE - Cet emplacement est réservé au dépôt de fleurs à la mémoire de Julie et Mélissa.

C'est un petit écriteau planté au milieu de ce qui était hier une grande pelouse, un océan de verdure au milieu du petit cimetière de Mons-Crotteux (Flémalle), et qui est aujourd'hui une mer de fleurs - surtout des blanches – et de potées, de couronnes et de messages d'adieux.

« Incroyable ! »,s’étonne encore cette Hutoise qui, « pour mieux se rendre compte et mieux comprendre », a décidé de prendre sa voiture et venir se recueillir devant les tombes des deux petites victimes de Marc Dutroux. « On m'avait dit qu'il y avait beaucoup de fleurs et qu'il en arrivait encore, que les gens n'avaient pas oublié... Mais je n'aurais jamais imaginé autant de monde !

Très tôt le matin, les premiers groupes se pressaient devant les grilles du cimetière, bientôt suivis par d'autres et par d'autres encore.

Plusieurs centaines de personnes en tout. A tel point que la police communale a dû déléguer deux de ses agents pour canaliser la circulation et éviter tout incident.

Un lieu de pèlerinage?

«Je n'ai jamais vu ça », reprend cette fois, réprimant ses larmes avec peine, une habitante de Grâce-Hollogne, la commune où étaient domiciliées et où ont disparu les deux fillettes. «Je n'ai jamais vu autant de monde dans un cimetière. Mais c'est bien comme a, il ne faut pas que les gens oublient, il faut maintenir la pression sur nos magistrats et nos hommes politiques, sinon les choses ne changeront jamais. »

Pomponnettes, roses, lys et iris le tapis de fleurs est d'une blancheur héritée de la plus grande marche que le pays ait jamais connue, et i I n'a de cesse de s'épaissir. Des milliers de bouquets qui en appellent d'autres, aussi nombreux et qui encadrent les maisons des deux familles endeuillées, à quelques kilomètres seule

ment.

Autour des tombes, accrochés aux croix, ancrés dans la pelouse, des messages de condoléances pour les parents et des lettres d'adieux pour Julie et Melissa, des ours en peluche, derniers compagnons pour un très long voyage, des chapelets, des photos, des ex- voto et des plaques gravées. Dons de la famille, des amis ou d'anonymes.

Comme celle-ci, énigmatique,qui rappelle qu'a ici reposent !es corps de Julie et Melissa lâchement assassinées par des crapules » et qui est signée par « Mme X et les assistants à ses séances. » Ou cette autre, don des « cibistes et leurs voisins » : « fauvettes, suspendez votre vol au-dessus de cette tombe, ici reposent deux trésors perdus mais jamais oubliés. »

Le lent et long défilé se fait bien sûr dans le calme et la dignité, dans le respect des autres visiteurs du cimetière et des deux familles.

« Tous les jours, il y a des gens », poursuit la voisine, en avouant qu'elle a «retrouvé foi en l'être humain.

« Si ça continue, ce petit cimetière deviendra un véritable lieu de pèlerinage. Le symbole d'une enfance bafouée et d'une justice pas toujours... très juste. »

Exceptionnellement, un conteneur a même été disposé entre les rangées de tombes pour recueillir les déchets et fleurs fanées. Exceptionnellement aussi, la fleuriste a prolongé son magasin d'une grande tente :

« Je peux ainsi agrandir ma surface d'exposition. Il est évident qu'on me demande surtout des fleurs blanches, mais les classiques ont toujours la cote.

De cette cruelle Toussaint, chacun se souviendra particulièrement. Elle avait le goût de l'innocence, de l'enfance bafouée. Elle était teintée de blanc.

Jo. M.

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Grosse foule à Jumet

PERSONNE NE VEUT OUBLIER...

« La Dernière Heure » du samedi 2 – dimanche 3 novembre 1996 page 2

CHARLEROI - La rue Daubresse, à Jumet: chaque fenêtre de maison arbore les photos de Julie et de

Mélissa, d'An et d'Eefje depuis la découverte du drame. Les riverains se sont engagés à des titres divers dans des associations: le traumatisme est toujours là et les gens tentent désormais de vivre avec.

Il ne se passe pas un jour sans que des pèlerins ne viennent se recueillir devant le chalet maudit où ont été retrouvés les corps d'An et d'Eefje. Des écoles y organisent des dépôts de f leurs. La Toussaint a vu affluer, vers cette paisible petite rue, des centaines de visiteurs. Devant le jardin du chalet, des dizaines de bouquets de fleurs blanches, de peluches, de mots de condoléances ont été déposés au fil des semaines; mais, hier, le va et-vient des voitures était vraiment impressionnant.

Les gens se recueillent, mais ils parlent aussi; les discussions s'animent même parfois et l'on sent que la colère et l'indignation sont toujours vivaces. On évoque les lenteurs de l'enquête, les remous causés par les révélations des parents de victimes à l'occasion de la commission parlementaire Dutroux. Une vieille dame écrase une larme en passant.

La plupart des gens sont de la région : ils sont a lés fleurir leurs morts avant de venir se recueillir à Jumet, certains iront à Marcinelle ou à Sars-la-Buissière aussi. Plus tard, les habitants de la rue mettront sans doute de l'ordre dans les bouquets, nettoieront la chaussée : c'est devenu un devoir pour eux.

Eté maudit

Chaussée de Philippeville, là où Sabine et Laetitia ont été retrouvées vivantes, la ferveur est également de mise. La route a dû être partiellement barrée afin que puissent être déposés devant la maison, voire de l'autre côté de la rue, les nombreux bouquets de fleurs, blanches pour la plupart. Les gens, là aussi, se sont arrêtés devant la maison: on parle parce qu'on a besoin d'exprimer sa peine, sa colère aussi avec des gens qui la partagent.

A Sars-la-Buissière, le soleil d'automne a rendu au village reculé son allure estivale, comme si, pour la Toussaint, il fallait que Sars reprît les couleurs de cet été maudit qui a valu au village sa sinistre notoriété.

La porte de la maison d'entrée de Marc Dutroux est également encombrée de fleurs, mais Sars est loin de tout et, pour la Toussaint, l'affluence n'est pas plus importante que pour les autres dimanches.

Au café L'Embuscade, qui jouxte la maison où ont été retrouvées Julie et Mélissa, la vie s'écoule, presque normale : on y vend quand même des pomponnettes et es chrysanthèmes pour la Toussaint. Le village a décidé de poser une stèle près de l'église, en mémoire des fillettes disparues: il faudra encore beaucoup de temps pour cicatriser.

F.M.

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ACCÈS AU DOSSIER REPORTÉ

« La Dernière Heure » du samedi 2 – dimanche 3 novembre 1996 page 2

BRUXELLES : Le recours introduit par les parents de Julie et Mélissa, qui souhaitent pouvoir consulter gratuitement tout le dossier d'instruction, ne sera pas examiné par la cour d'appel avant plusieurs jours. A l'audience du 31 octobre, retenue initialement, le juge a décidé de remettre l'affaire à une date ultérieure, et non encore communiquée.

Pour mémoire, le tribunal des référés de Bruxelles avait rejeté cette demande par une ordonnance rendue le

20 décembre 1995. Compte tenu du fait que cette décision n'avait pas été signifiée aux parties, l'appel était encore possible dans des délais qu'aucune loi ne prévoit. Fort de cette situation, Me Victor Hissel, le conseil des familles Russo et Lejeune, avait obtenu la date du 31 octobre pour réexaminer l'affaire au fond devant la cour d'appel de Bruxelles.

Cependant, l'avocat et ses clients ont obtenu à leur tour une remise, compte tenu d'un voyage à l'étranger des parents Russo et Lejeune. La date de l'examen de la requête par la 9e chambre de la cour d'appel sera connue prochainement.

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Nihoul les accumule !

NOUVELLES INCULPATIONS

« La Dernière Heure » du samedi 2 – dimanche 3 novembre 1996 page 2

BRUXELLES - Ainsi que nous l'annoncions jeudi, Michel Nihoul, le Bruxellois de l'affaire Dutroux & Co, a été inculpé mercredi soir, à Bruxelles, dans le cadre d'une nouvelle affaire, financière celle-là.

Jeudi, le parquet de Bruxelles, tenu au silence par le juge d'instruction qui fait valoir l'intérêt de son dossier, s'est refusé à tout commentaire.

Nous pouvons toutefois préciser qu'à l'issue d'une audition-marathon d'environ neuf heures, le juge Dominique de Haan a inculpé Nihoul de banqueroute simple et frauduleuse, de faux et usage de faux, d'escroquerie et de détournement. Dans le cadre de ce nouveau dossier, Michel Nihoul n'a toutefois pas été placé sous mandat d'arrêt.

Trois sociétés

De quoi s'agit-il ? Depuis l'affaire SOS Sahel - dont le procès reprend dans trois semaines à Bruxelles -, personne n'ignore que Nihoul a accumulé faillite sur faillite. Il a touché absolument à tout, du médical au show-biz en passant par l'immobilier, le pseudo-humanitaire, la restauration et la radio libre sans oublier l'organisation de parties fines, le lobbyin et le politique. Vingt ans durant, Nihoul a (bien vécu de ses faillites, tablant sur les lenteurs de la justice encore plus criantes en matière financière pour échapper aux créanciers. SOS Sahel, que Nihoul reprend en 1984, n'est jugé qu'en octobre 1996, à six mois de la prescription !

Ce n'est plus SOS Sahel qui intéresse à présent le juge de Haan, mais trois autres de ses sociétés, DCN,

DCN Benelux et Eurodiversified. DCN, installée à Jette, administrait la Maison des Chefs.

Dans les statuts de ces sociétés, la section financière a retrouvé des noms déjà cités, comme ceux de

Marleen De Cokere, Jean-Claude C., Michel F.,Jean-Louis D., etc.

Des devoirs importants ont été prescrits par le juge, se contente d'indiquer le parquet, qui précise qu'effectivement d'autres personnes, anciennes associées de Nihoul, pourraient être impliquées sous peu

En tout cas, la, justice ne laisse plus le temps à l'inculpé de souffler. Mercredi, c'est la PJ de Bruxelles qui a mis le Bruxellois à disposition du magistrat instructeur. Entamée à 10 h, l'audition s'est achevée à 19 h. A ce moment, des inspecteurs de la 23e brigade l'attendaient pour prendre le relais. Michel Nihoul a encore été interrogé jusqu'à deux heures du matin dans les bureaux de la brigade nationale de la PJ. Les jours prochains

pourraient également être chargés pour cet homme de 55 ans que le juge Connerotte, le soupçonnant d'être le commercial du réseau Dutroux, a inculpé pour l'enlèvement de Julie, Mélissa et Laetitia.

Gilbert Dupont

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