jeudi 23 avril 2009

L’immense attente(«Le Vif l’express» 25 octobre 1996 pg 12 à 15)


L’immense attente

« Le Vif l’express » du vendredi 25 octobre 1996 pages 12 à 15

Pages 12 et 13 :

Il aura fallu attendre la révolte des parents d'enfants martyrs et un gigantesque mouvement populaire pour que le monde s'intéresse de nouveau aux problèmes de société

>Dorothée Klein

« Si on ne se mobilise pas pour ça, je ne sais pas où on va. » Élisabeth (78 ans) est venue de Chastre (Brabant wallon) avec son siège pliant et son parapluie pour rejoindre la «marche blanche» organisée, dimanche dernier à Bruxelles, par les parents des enfants victimes. Avec la même émotion que lors de la mort du roi Baudouin douze heures d'attente, debout, pour entrer dans la chapelle ardente - et la même détermination que pour la marche contre le séparatisme (1993). On n'avait sans doute jamais vu autant de grand-mères à une manifestation. Aux côtés de leurs enfants et petits enfants.

On défile en « blanc de travail », comme ce peintre en bâtiment. Ou comme cet étudiant en médecine qui a scotché des photos d'enfants du tiers-monde au dos de sa blouse. Les foulards des scouts se mêlent à ceux des jeunes musulmanes. On vient en effet de tous les horizons. Ignorant que l'on côtoie peut-être les « filles de joie » de ce boui-boui de Lonzée (près de Gembloux),dont les vitrines ont été barrées d'une affiche :

« Nous manifestons aussi ».

On soutient ainsi « des parents qui se battent depuis tant de temps ». On cherche aussi à exorciser ses peurs.

Dominique, membre de l'ASBL « Marc et Corinne », emmène derrière elle une dizaine de gosses de l'école Notre-Dame de Fleurus : « A la sortie, on a renforcé la sécurité, explique-t-elle. Tous les élèves passent devant une institutrice qui s'assure qu'un parent les attend. » On tente parfois de se libérer de souvenirs douloureux : c'est le cas de cette dame de 57 ans, abusée quand elle était enfant et qui commence seulement a pouvoir en parler. Enfin, on est aussi venu, comme Jean-Pierre (49 ans,directeur d'hôpital), pour « participer à une expression populaire» que l'on sent confusément importante.

Avec ses quelque 300 000 participants, la « marche des enfants, des papas et des mamans », comme l'a dit, à son démarrage, Marie-Noëlle Bouzet, la mère d'Élisabeth Brichet, disparue de Saint-Servais (Namur) en

1989, a été l'apothéose d'une semaine sous haute tension, après l'arrêt de la Cour de cassation dessaisissant le juge Jean-Marc Connerotte des dossiers à charge de Marc Dutroux et de ses complices. Comment un fait divers » a-t-il pu déboucher sur un émoi national qu'on n'avait plus connu depuis la Question royale, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ?

Ni notables ni langue de bois

Dès le départ, les gens se reconnaissent dans le combat des Lejeune et des Russo, qui est un peu celui de

David contre Goliath. Les deux couples sont des gens simples. Ils se présentent avant tout comme des parents, ce qui parle à tout le monde.

Avec naturel et spontanéité, ils disent tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.

Pourtant, l'image que Nabela Benaïssa et Gino Russo donnent de l'immigration rompt avec les stéréos types habituels. «Pour la plupart des Belges, le voile est le symbole du silence imposé aux femmes, relève Philippe Marion, professeur à l'Observatoire du récit médiatique (ORM) de l'UCL. Or la soeur de Loubna (lire également en page 20)

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