vendredi 17 avril 2009

DROLES DE MOEURS AU PARQUET(Télé Moustique 24 octobre 1996 pg 33-34-35 et 36)


DROLES DE MOEURS AU PARQUET

Télé Moustique du jeudi 24 octobre 1996 pages 33-34-35 et 36

Les accusations graves se sont multipliées ces derniers jours à l'encontre de l'avocat général Marc de la Brassinne. Longtemps chargé des moeurs au parquet général de Liège, le magistrat en a été dessaisi au mois de juin dernier mais l'annonce n'en a été faite que la semaine dernière dans un climat de suspicion généralisée. M. de la Brassinne faisait lui-même l'objet d'une enquête concernant des faits de pédophilie.

Le classement de celle-ci ne suffit pas à étouffer les rumeurs. D'autant que la lutte contre la traite des êtres humains affiche un lourd passif à Liège...

Mardi 15 octobre. La cité ardente est à nouveau en pleine fièvre. Harcelée de questions concernant les rumeurs graves qui courent sur l'un de ses subordonnés, Anne Thily,le procureur général près la cour d'appel de Liège indique qu'elle diffusera le lendemain un communiqué pour en finir avec l'affaire "Marc de la Brassinne". L'avocat général ferait, à en croire les sources policières amplifiées par la presse, l'objet de deux enquêtes. L’une à caractère fiscal, l'autre en rapport avec un dossier de pédophilie.

M. de la Brassinne, qui s'était farouchement opposé à la nomination de Mme Thily, fait savoir de son côté par voie de presse « qu’il est tenu par son devoir de réserve de magistrat. Par conséquent, précise-t-il, il ne peut réagir aux informations ambiguës voire pernicieuses dont il fait l'objet. Il demande à Mme Thily de défendre son honneur. »

Mercredi 16 octobre. Dans l'attente de la mise au point du plus haut magistrat de l'accusation à Liège, des langues se sont déliées et éructent à l'envi. Un homme de peu de crédit affirme même sur les antennes d'une télévision que l'avocat général de la Brassinne est le protecteur attitré d'un pédophile. La tension est à son comble. le délai de 24 h imposé par Mme Thily pour faire toute la clarté a pris toutes les allures d'un roulement de tambour au pied d'un échafaud. D'autant qu'une certitude au moins s'est dégagée: chargé du dossier moeurs au parquet de Liège depuis 1989, M. de la Brassinne a été dessaisi de cette attribution. Néanmoins, en début d'après-midi, lorsque tombe le communiqué de Mme Thily, un vent d'apaisement souffle. Le Procureur général indique en substance qu'une instruction a été ouverte concernant l'avocat général de la Brassinne danse cadre d'un dossier de pédophilie. Cette instruction a cependant été classée sans suite déjà du temps de Léon Giet, prédécesseur de Mme Thily. "Ce dossier n'a pas eu de suite, rien de répréhensif. (...) Il n'est jamais intervenu dans le cadre d'un dossier ouvert au parquet de Liège en faveur d'une des parties", poursuit le communiqué.

Le procureur général ajoute en outre que l'avocat général a bien été déchargé des dossiers de moeurs fin juin 1996 « compte tenu de la situation délicate qui était la sienne face à diverses rumeurs qui circulaient à son sujet ». Précision vacharde. Si mise au point il y a, elle n'éteint pas le doute. Outre que le Procureur général conclut en précisant que "M. de la Brassinne connaît différents problèmes privés avec certaines administrations fiscales. Ces problèmes n'ont pour l'instant pas d'incidence pénale et concernent sa vie privée." En réalité, l'état de la fortune du magistrat ne laisse d'intriguer en regard de son train de vie somptueux: les châteaux d'Angleur et de Sainval, une dizaine de propriétés et de nombreuses voitures...

- Jeudi 17 octobre. Plusieurs journaux affirment que M. de la Brassinne a entretenu des relations sexuelles avec des mineurs d'âge et qu'il est intervenu dans différents dossiers pour protéger des pédophiles. Le scandale aurait été tel que l'épouse du magistrat,membre de la branche italienne de la famille royale, aurait obtenu facilement le divorce à son avantage.

- Vendredi 18 octobre. Nouveau communiqué de l'avocat général. Le magistrat y inique qu'il va assigner deux journalistes en justice et qu'il s'étonne que ses démentis aient eu si peu de retentissement médiatique en regard des accusations portées contre lui et qui, elles, ont eu grand écho. M. de la Brassin ne précise pas qu'il a demandé au ministère de la Justice d'ouvrir une enquête le concernant directement et dont l'objet est d'une part de prouver qu'il n'a jamais eu de relations sexuelles avec un mineur, d'autre part qu'il n'a jamais entrepris la moindre mesure de faveur vis-à-vis de quiconque.

- Lundi 21 octobre. Joint par Télémoustique, M. de la Brassinne souligne que "les problèmes fiscaux dont question ne sont en fait, à ce stade, qu'une demande de renseignement de la part de l'administration fiscale et dont je suis l'objet. "

« Il n'y a pas du tout d'enquête judiciaire dans ce domaine. Nous n'en sommes même pas à parler de redressement fiscal, quand bien même il devrait y avoir un redressement fiscal »; assure le magistrat.

« Je crois être tout simplement dans la même situation qu'un très grand nombre de Belges. Mon train de vie peut paraître élevé et, par conséquent, le fisc devient automatiquement très curieux. Ni plus ni moins.

Et cela ne fait pas pour autant de moi un malfaiteur », insiste M. de la Brassinne qui reconnaît être depuis très peu de temps le propriétaire du château de Sainval.

Et son éviction des dossiers moeurs ?

« Il faut inscrire ma réaffectation vers les dossiers sur l'art de guérir dans le contexte général d'une réorganisation de tout le parquet général depuis la prise de fonction de Mme Thily en mai dernier. C'est normal, nécessaire et légitime dans le chef d'un nouveau procureur général. Laisser libre cours à des interprétations faciles, c'est verser dans l'amalgame grossier, voire se livrer à de la calomnie et à de la diffamation. Et j'entends défendre mon honneur. »

Les rumeurs concernant la personne de M. de la Brassinne n'auraient sans doute pas connu une telle ampleur si, en plus des multiples dossiers criminels qui secouent la cité mosane, le parquet général de Liège ne s'était pas mis en porte-à-faux tant vis-à-vis de la commission d'enquête sur la traite des êtres humains que vis-à-vis du Centre pour l'égalité des chances. En effet, à une période où M. de la Brassine avait la haute main sur les dossiers de moeurs, les critiques ont plu de manière diluvienne.

En avril 1994, lorsque la commission parlementaire sur la traite des humains dépose sont rapport, les constats sont accablants. Concernant les cabarets liégeois, et plus particulièrement le George V à Angleur, la commission relève que lorsqu'elle a adressé une première demande d'information au procureur général, la réponse vient de la BSR, qui donne, en mars 1993, un aperçu assez schématique des différents acteurs.

"Il convient de souligner, insiste le rapport,, qu'une telle note n'a pas été rédigée plus tôt (Liège vient ainsi a la toute dernière place en ce qui concerne la rapidité de réaction) et que les informations sont apparemment tenues secrètes, et qu'il n'a d'autre part pas non plus été tenu compte de cette analyse par la suite. Après ces premières démarches, il a fallu attendre la communication par Anvers de plaintes émanant des Philippines ainsi que la traduction de ce dossier avant de pouvoir procéder à des interrogatoires complémentaires."

En octobre 1994, après la divulgation du rapport public de la commission et I'avalanche de critiques qui se déversaient a travers la presse sur le patron du George V bénéficiant à l'évidence de protections en haut lieu, l'avocat général Marc de la Brassinne sortait de sa réserve pour ten ter d'endiguer le flot. En réponse aux procès-verbaux qui circulaient et faisaient état de dépositions à Anvers de quatre prostituées et d'un barman qui dénonçaient les activités de proxénétisme international d'André Laruelle, le gérant du 'George V, M. de la

Brassinne expliquait alors qu'il avait fallu sept mois pour traduire les R-V. anversois.

Ensuite, indiquait-il, lorsqu'il s'est agi de convoquer ces témoins pour qu'ils confirment leurs dépositions devant des enquêteurs liégeois, leurs traces étaient perdues. Bref, il ne fallait pas voir au parquet de liège de la mauvaise volonté mais le résultat de la poisse. Autant dire que le magistrat n'avait pas brillé par sa force de conviction...

Plus grave encore, Iorsqu'Elvira, une jeune Philippine exploitée par Laruelle, témoignera au Parlement, elle sera menacée de mort peu après que la copie de sa déposition eut été transmise aux autorités liégeoises!

Outre les nombreux rebondissements provoqués par le témoignage d'Elvira, qui ne sera jamais entendue par les enquêteurs de la cité mosane,la jeune femme donna son nom -d'emprunt - a une asbl subventionnée par les pouvoirs publics pour accueillir les victimes de la traite des êtres humains en Communauté française. L'idée était sans doute charmante mais elle n'eut pas l'heur de plaire au parquet général de Liège.

Françoise Bernard, coordinatrice de l'association qui a été rebaptisée "Surya", s'en explique à Télémoustique.

"Alors que nous préparions activement l'inauguration officielle du centre d'accueil pour les victimes de la traite des humains, deux de nos administrateurs ont été contactes directement par des membres du parquet de Liège. Le procureur général lui-même, Léon Giet, s'en est mêlé. Et l'avocat général de la Brassinne aussi. Ils ont signalé à nos deux administrateurs que "comme le nom d'Elvira était synonyme d'insulte publique pour toute la justice liégeoise, il ne fallait pas attendre du tout de collaboration de leur part,….

Les deux magistrats avaient d'ailleurs annoncé que le si le nom Elvira était maintenu, ils boycotteraient purement et simplement la cérémonie d'inauguration", se souvient Françoise Bernard.

Et la coordinatrice de préciser: "Il est évident que si du côté des autorités judiciaires il y a un blocage, les activités de I'ASBL sont en péril puisque d'une part police et gendarmerie sont aux premières loges pour rencontrer des victimes et nous les adresser. Et, d'autre part, ces mêmes victimes, qui sont pour la plupart en situation irrégulière en Belgique, peuvent obtenir des titres de séjour d'abord provisoires puis définitifs à terme, si ils dénoncent leurs proxénètes auprès des autorités. Bref, on a cédé et on a rebaptisé l'association en « Surya ». Mais, dans un premier temps, ça n'y a rien changé. Alors qu'on fonction naît déjà très bien avec le parquet général du Hainaut, les réunions que M. Giet nous avait promises avec tous les parquets près la cour d'appel de Liège, ces réunions n'ont jamais eu lieu. Il a fallu attendre l'arrivée de Mme Thily pour démarrer une véritable collaboration.

Le Centre pour l'égalité des chances n'était pas plus tendre à l'égard du parquet général de liège. Outre les nombreuses critiques qui ont fusé concernant divers dossiers mis a l'instruction ou jugés avec une certaine clémence (voir les précédentes éditions du Télémoustique), le rapport du Centre déposé en mars dernier dressait un constat laconique au registre de la politique criminelle menée à Liège en matière de lutte contre la traite des humains: Le rapport devrait parvenir au Service de la politique criminelle vers le 25 janvier 1996 et les données seront donc transmises séparément dès que possible. Jusqu'à présent, le 15 février 1996, pas de réponse"!

Le siège de M. de la Brassinne devenait vraiment éjectable...

Jean-Pierre DE STAERCKE

3 commentaires:

À 9 juillet 2014 à 12:37 , Anonymous Anonyme a dit...

En complément de cet article je vous invite à visionner le reportage réalisé à l'époque par la RTBF http://youtu.be/y1zXKZx1EHw

 
À 9 juillet 2014 à 12:42 , Blogger Post Modem Art a dit...

Affaire de la Brassinne - pour voir la vidéo cliquez-ici

 
À 4 septembre 2015 à 00:20 , Anonymous Anonyme a dit...

Cette vidéo est une honte ! Elle a été évidemment faite pour tenter de réhabiliter ce Monsieur Marc de la Brassinne qui fait le déshonneur de la Belgique et de la magistrature. Mais les faits qu'elle montre sont déjà accablants.
La conclusion est un peu sèche, bâclée et rapide vous ne trouvez pas? Cette histoire qui fini par " aucune charge n'a été retenue contre lui" est totalement fausse ! TOTALEMENT ! Ce Marc de la Brassine est un homme qui n'a pas été placé en prison pour rien ! Il est inexact de dire qu'aucune charge n'a été retenue contre lui puisqu'il a été en réalité condamné. Si il a échappé au pire ( quoi que ce pourquoi il a été condamné c'est déjà éloquent sur sa moralité et l'incompatibilité de ses actes avec son ancien mandat d'Avocat Général.

 

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