vendredi 3 octobre 2008

"On nous prend pour des cons" (Suite page 38 et 43)


"On nous prend pour des cons" (Suite page 38 et 43)

Pour le reste, il n'y a pas eu de véritable mea-culpa des autorités, sauf du parquet du Bruges par rapport aux lenteurs de l'enquête concernant Ann et Eefje...

M.-F. B. - C'est ce qui m'a choquée profondément. Quand j'ai appris par les familles que Julie et Melissa avaient été retrouvées dans ces conditions, je vous avoue que pendant trois jours, j'ai effectivement espéré qu'une seule main, une seule voix dans le gouvernement prenne la parole pour dire: "Ce qui s'est passé est inacceptable et quelque part, nous sommes responsables de ne pas avoir mis au point des mécanismes qui protègent la société de ce type de systèmes". En sachant, bien entendu, qu'on ne réussit pas toujours. Quand j'entends que certains ministres disent aujourd'hui: "Botte exagère parce qu'on a tout de même fait quelque chose", je trouve qu'il ne faut pas beaucoup de courage pour avancer cela. Et quand 'entends: "la mort de ces enfants va nous permettre d'aller plus loin", je trouve que c'est très cher payé. A vrai dire, il n'y a pas eu un seul acte au niveau gouvernemental d'humilité par rapport à ce qui s'est passé. Ce qui est grotesque d'ailleurs du point de vue humain et stratégique. Parce que dire à la population qu'on a fait une erreur, qu'on n'a pas été capable et qu'il faut réfléchir à ne plus faire la même chose, c'était déjà commencer sur une base qui était autre que de prendre les gens de haut comme Melchior Wathelet qui déclarait: "Moi, je n'ai pas de problème de conscience".

"Dehaene fait une déclaration douze jours après la découverte des corps de Julie et Melissa. Je dois vous avouer que je ne comprends pas très bien"

 C'est pas le genre de chose qui va rapprocher le monde politique du citoyen, en tout cas?

M.-F. B. - Ça creuse un peu plus le fossé et en plus cela renforce les positions extrémistes. Dans cet ordre d'idées, j'évoquerai ici aussi la pétition de I'ASBL "Marc et Corinne" qui demande des peines incompressibles pour les délinquants sexuels. Réfléchissons un peu! Elle est signée par beaucoup de gens qui ne savent même pas ce qu'ils signent. C'est une réaction épidermique. Et cela ne va servir qu'aux extrémistes. (Lire aussi note encadré.) De nouveau, il y a quatre personnes qui n'ont pas demandé cela, qui n'ont pas une seule raison de s'en vouloir et ce sont les seules a rester modérées, à ne pas de mander de peine de mort, ni de peines incompressibles. Ces personnes, ce sont les parents de Julie et Melissa. Eux, ce qu'ils veulent, c'est la vérité et la transparence. Et ce sont les seuls qu'on n'est pas capable d'écouter! Une fois de plus.

Une de fois de plus en effet. On ne les pas écoutés depuis le début!

M.-F. B. - C'est vrai. Et la maman de la petite Elisabeth Brichet a été victime de la même chose. On considère que l'enfant porté disparu appartient aux parents, mais que l'enquête, la recherche de la vérité peut totalement leur échapper. On leur a dit qu'on va s'occuper des investigations mais que, surtout, ils ne demandent pas de comptes. C'est pas exactement une image de la démocratie cela!

II y a autre chose de choquant: les parents de Julie et Melissa ou encore la maman d'Élisabeth ont trouvé la force de crier leur révolte. Mais d'autres n'y parviennent pas et les disparitions de leurs enfants sont complètement oubliées!

M.-F. B. - C'est notamment l'exemple de la petite Marocaine qui a disparu en 1992. Sa famille est anéantie. Ils ne savent pas gérer ce problème. Alors qu'est-ce qui se passe? Rien... Rien! Je doute qu'il y ait eu des campagnes d'affichage. Cette enfant a été oubliée. Pour les réseaux pédophiles, c'est l'idéal. C'est la résultante du fait que sur le plan gouvernementale, on ne considérait pas que la lutte  contre la délinquance sexuelle était une priorité. Sinon on n’en serait pas là !

Dans le même ordre d'idées, je suppose que vous avez été interpellée comme tout le monde par l'affaire de la grâce royale accordée au pédophile Zénon D. de Clabecq?

M.-F. B. - La grâce royale est à la hauteur de tout le reste. Ce qui m'a le plus choquée dans cette affaire, c'est que cela s'est de nouveau terminé par des "Je signe, mais ce n'est pas moi le responsable". Finalement, dans ce système lus personne n'est responsable. Moi je veux bien qu'on soit dans l'irresponsabilité dans des dossiers de corruption classique mais pas dans des histoires de morts d'enfants!

Bon, on constatera tout de même que le premier ministre vient de faire une déclaration dans laquelle il dit que dans les prochaines semaines on accordera la priorité à la lutte contre la délinquance sexuelle..

M.-F. B. - M. Dehaene fait une déclaration douze jours après la découverte des corps de Julie et Melissa pour nous annoncer que la priorité, c'est les enfants. Eh bien, je dois vous avouer que je ne comprends pas très bien! II y a un problème de crédibilité par rapport à cela. J'ai l'impression qu'on nous prend pour des cons. C'est comme si nous étions tellement bêtes qu'on ne peut pas comprendre ce qui se passe. Je me demande

s'ils se rendent compte que nous ne sommes pas des imbéciles. On peut comprendre et analyser autrement qu'émotionnellement. La déclaration de Dehaene est très belle, elle est sans doute sincère, mais elle vient quatorze jours trop tard. C'était dans l'urgence qu'il fallait réagir.

 Et si vous deviez dire quelque chose aux enquêteurs qui étaient chargés de retrouver les petites disparues et qui se moquaient des parents qui évoquaient la piste d'un réseau de pédophilie?

M.-F. B. - Je n'ai pas envie de me limiter à leur mise en accusation. Ce serait trop simple. Des gens, c'est vrai, à un certain niveau, n'ont pas fait leur travail. D'autres ont pris cette histoire très à la légère. En tout cas, aujourd'hui, je n'aimerais pas être à la place des enquêteurs qui ont mal fait leur boulot et qui se retrouvent avec autant de mortes. Le futur ne se présente pas tellement bien pour ces personnes.

Page 43

Bref, qu'ils se débrouillent avec leur conscience?

M.-F. B. - On a tendance, et c'est le cas de certains politiques en ce moment de tout mettre sur le dos de la police,des gendarmes. Moi je dis que quand on est dans un système médical avec des infirmiers qui ne soignent pas les malades, c'est grave. Mais cela veut dire aussi que le chef n'est pas bon.

Quand dans un opéra la musique est fausse, c'est qu'il y a un problème avec le chef d'orchestre. Donc, les responsabilités sont partagées. Est-ce que ces gens ont une formation suffisante? Y a-t-il eu une impulsion du chef de cette enquête? Du ministre, du juge d'instruction? L'inhumanité était chez certains enquêteurs, mais n'était-elle pas aussi chez le juge d'instruction et aussi chez les politiques qui récupèrent tout aujourd'hui? N'est-elle pas dans le système entier? Avec une justice qui fonctionne comme une machine sans rapport a l'humain. C'est cela (e tond du problème.

Les parents de Melissa viennent de rencontrer la juge d'instruction et elle n'éprouve parait-il aucun sentiment de culpabilité?

M.-F. B. - Je ne peux pas le croire! Ça veut dire alors qu'on travaille avec des psychopathes. C'est un réflexe de sauver sa peau. A sa place et à la place de ceux qui parmi les enquêteurs ont géré le dossier en dilettantes, je pense qu'effectivement, reconnaître officiellement leur responsabilité, c'est s'écrouler. Et pour s'écrouler, il faut avoir de l'humilité.

Tout ce que vous nous avez déclaré aujourd'hui, ça ne va pas faire que des heureux?

M.-F. B. - J'ai toujours été indépendante. Et donc, je peux dire ce que je pense. Mais j'ai conscience qu'il est plus facile d'être une Belge critique en Thailande que de jeter un pavé dans la mare dons son propre pays. J'ai déjà subi des pressions dirigées par le monde politique. J'ai conscience qu'il y en aura d'autres. A vrai dire, l'ai le sentiment qu'on voudra vite se débarrasser de moi.

Rencontre: Michel Bouffloux

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SYSTÉMATISER LES PEINES INCOMPRESSIBLES SERAIT DANGEREUX

 « Télé Moustique » du jeudi 12 septembre 1996 page  43

-Tout à l'heure, vous évoquiez le thème des peines incompressibles et apparemment,vous n'y êtes pas du tout favorable. Pourquoi?

Marie-France Botte. - Je suis contre depuis toujours. Dans la situation actuelle, ce serait un pansement qui va sécuriser toutes les mamans. Mais il faut savoir que Monsieur X qui est arrêté à 24 ans pour avoir abusé de plusieurs enfants et qui va sortir avec une peine maximale de trente ans, comme on les voit en France, pourra toujours récidiver. Pire, il va revenir dans la société avec une violence rentrée pendant trente ans qui va sombrer vers l'animal très rapidement. D'autant que si on ne se contente que de ce pansement, il n'y aura pas eu de prise en charge à l'intérieur de la prison ni de véritable suivi. Résoudre provisoirement l’angoisse comme cela, ce n'est donc pas quelque chose de correct. En plus, avec mes dix ans d'expérience, j'ai entendu nombre de pédophiles dire: "Si je risque d'être derrière les barreaux pendant trente ans ou de ne jamais revoir la liberté, je préfère tuer la victime pour qu'il n'y ait pas de preuve". L'application de peine incompressible de manière débile comme pansement, sans stratégie, c'est donc idiot.

- Oui, mais dans des cas extrêmes comme celui de Dutroux?

M.-F. B. - Peut-être faudrait-il y penser pour des cas extrêmes. Mais le cas Dutroux, ce n'est pas  l’emsemble des pédophiles .On peut prendre le risque  d'envoyer encore plus  d’enfants à la mort.

- Mais dans le système actuel, Dutroux pourrait sortir éventuellement dans une quinzaine d'années!

M.-F. B. - Dans le système actuel, Dutroux va prendre trente ans de perpétuité et partira ensuite en défense sociale. Je suis persuadée que personne ne va prendre la responsabilité de remettre un jour Dutroux en liberté. Ça je n'y crois pas.

En défense sociale, il y a des gens qui sortent aussi!

M.-F. B. - Il peut y avoir des clauses qui empêchent les gens de sortir. Je crois que le cas Dutroux doit aire l'objet d'une analyse particulière.

Mais l'opinion comprendrait mal qu'il échappe à la prison en allant en défense sociale!

M.-F. B. - Je considère aussi qu'avec Dutroux ou le pédophile classique, on n'est pas dans de la maladie. On est dans la délinquance sexuelle. La première condition est donc que la loi condamne. Alors si, effectivement, un tribunal doit condamner Dutroux à cinquante ans de prison, c'est très bien. Mais je crois en tout cas qu'il ne doit plus sortir.

- Mais ce n'est pas légalement praticable pour l'instant!

M.-F. B. - Le tribunal et le gouvernement belges peuvent décider de prendre des mesures spéciales et considérer que c'est un cas qui ne peut pas sortir de prison.

 - Il faudra légiférer?

M.-F. B. - Tout est possible, quand on le souhaite. C'est un récidiviste et la catastrophe est d'une ampleur telle qu'on ne pourra jamais remettre cette personne en liberté avec un facteur de récidive diminué. Ce que je ne veux pas, c'est que l'on dise peine incompressible pour tout le monde. C'est trop facile. II y a d'autres questions qu'on doit examiner prioritairement. Par exemple, faut-il encore faire bénéficier les pédophiles des possibilités de liberté conditionnelle et surtout à quelles conditions?

 - Au Etats-Unis, il est question de castration chimique et même réelle des pédophiles. Qu'en pensez-vous?

M.-F. B. - C'est de nouveau une solution à l'emporte-pièce. Parce que le désir d'enfants des abuseurs n'est pas qu'un problème sexuel. C'est une pulsion qui passe par la tête. Une question de pouvoir. L'expérience au niveau international de ce type de méthode prouve d'ailleurs qu'en rien cela ne ferait baisser le taux de récidive. D'ailleurs, la frustration de ne pas pouvoir passer à l'acte peut causer une violence extrême. En plus, l'effet pervers de cela c'est qu'on va négocier a toute berzingue la castration chimique pour sortir plus vite de prison...

 

 

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