lundi 27 octobre 2008

Dehaene retrouve la voix( « La Meuse » du mardi 1er octobre 1996 page 9)


Dehaene retrouve la voix

 « La Meuse » du mardi 1er  octobre 1996 page 9

ENFIN ! Aujourd'hui, sur le coup de 15 heures, la Belgique tout entière, par le biais de ses élus de la Nation, va à nouveau entendre le son de la voix de son Premier ministre. A cette heure-là, JeanLuc Dehaene montera à la tribune de la Chambre pour parler. De quoi? De chiffres, pardi ! Ceux du budget 97, historique puisque censé nous ouvrir la voie vers l'Europe de Maastricht et sa monnaie unique. Dehaene retrouve là un terrain connu : celui de l'austérité budgétaire. Il retrouve enfin une raison de communiquer... « Mais il ne peut  pas faire semblant qu'il ne s'est rien passé cet été», précisait son cabinet hier.

Jean-Luc Dehaene délaissera donc pour un moment les chiffres pour parler aussi de sentiments. Pour évoquer ce malaise qui mine la Justice, ce doute profond qui assaille tout le pays depuis un mois. Oserait-on espérer cette fois un peu plus d'émotion, un peu moins de distance, que dans la communication gouvernementale lue par le Premier ministre il y a dix jours à la Chambre ?

Nombreux sont ceux qui pensent que, de toute façon, c'est trop tard. Que le mal est fait. Trop tard pour réparer la fâcheuse impression laissée par un Premier ministre qui a jugé bon de prolonger ses vacances alors que le pays tout entier plongeait dans l'horreur. Trop tard pour dissiper le malaise engendré par le refus obstiné du chef du gouvernement de répondre tout de suite aux inquiétudes légitimes de la population. Trop tard aussi pour calmer l'indignation que soulève la révélation, quoique non confirmée, du refus du Premier ministre de voir le Roi rentrer tout de suite au pays. Et dire qu'il y a un peu plus d'un an à peine, Jean-Luc Dehaene avait bâti son dernier succès électoral sur l'image du guide expérimenté. On n'a guère entendu ce guide, à l'heure où la Belgique déboussolée aurait tant voulu qu'il parle, qu'il rassure. A l'heure où les piliers les plus sacrés de l'État (la Justice, la police) vacillent sur leurs bases.

Chacun son style et sa manière de gouverner, dira-t-on. Mais jamais sans doute, la façon Dehaene n'aura autant désarçonné. Est-ce donc là une attitude digne d'un Premier ministre ? Nous avons voulu poser la question aux trois prédécesseurs de Jean-Luc Dehaene à la tête d'un gouvernement. Wilfried Martens a préféré s'abstenir, soucieux de ne pas engager de controverse. « A chacun son style», s'est-il contenté de préciser. C'est tout dire... En revanche, Mark Eyskens et Paul Vanden Boeynants ont accepté de nous confier les raisons pour lesquelles Jean-Luc Dehaene ne les a pas vraiment convaincus en ces heures tragiques.

 

P.Hx.

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Le cadet de ses soucis : la communication

Pour parler chiffres et budget devant le Parlement. Mais aussi, tout de même, pour dire un mot sur notre été meurtrier. Trop peu, trop tard...

Noël Slangen, de l'agence de publicité Siangen & Partners, a été le conseiller de Jean-Luc Dehaene lors de sa dernière campagne électorale. Concepteur de l'image du «guide expérimenté», il sait mieux que tout autre ce que communiquer veut dire pour le Premier ministre. C'est-à-dire pas grand-chose....

-Jean-Luc Dehaene se tait, alors que la population attend qu'il parle, et qu'il parle d'autre chose que de chiffres. Cela vous étonne?

« Non, c'est dans le droit fil du personnage. Dehaene est avant tout un chef de cabinet-né, un technicien en politique. Pour lui, le but est plus important que la manière. J'ai travaillé avec beaucoup d'hommes politiques, mais je peux vous assurer que Dehaene est un cas à part. Parce que la popularité n'est pas une priorité pour lui. »

-Soit. Mais de là à se taire dans toutes les langues...

Dehaene se méfie de la communication. 11 pense qu'à trop communiquer à la population, on finit par créer des malentendus. Y compris pour ses partenaires au sein du gouvernement. »

-On finirait par croire qu'il ne peut s'émouvoir que pour les résultats du Club brugeois...

« Détrompez-vous. Je peux vous assurer que Dehaene est quelqu'un de très humain. Je sais comment il se comporte avec ses enfants et ses petits-enfants. Il est certainement beaucoup plus affecté par les derniers événements que d'autres hommes politiques qui choisissent de se répandre aujourd'hui dans la presse.

Il ne cherchera d'ailleurs pas à récupérer les événements en terme de marketing politique. Seulement, Dehaene est très rationnel: il ne sait pas communiquer cette humanité. Seuls les proches de Dehaene peuvent comprendre son attitude

 

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 Qu'auraient-ils fait à sa place?

« La Meuse » du mardi 1er  octobre 1996 page 9

VDB, Eyskens: deux anciens Premiers ministres jugent le long silence de Dehaene. Ils auraient fait autre chose que se taire... et rester en vacances.

MARK Eyskens : Premier ministre CVP en 81

-  Vous êtes un Premier ministre en vacances à l'étranger lorsque éclate l'épouvantable drame que l'on a connu au mois d'août. Vous rentrez au pays ?

« Ah oui, dans la situation de M. Dehaene, je me serais précipité chez les parents éprouvés. Je me serais aussi rendu aux funérailles, je pense. Mais je comprends aussi l'attitude du Premier ministre, qui ne voulait pas s'imposer dans une cérémonie intime. Je pense en tout cas qu'il aurait dû interrompre ses vacances, ne fût-ce qu'un jour ou deux. Quand on est au pays, on peut réagir immédiatement. »

- Qu'attend-on d'un chef de gouvernement dans des circonstances aussi tragiques ?

« C'est surtout après, lorsque s'est produit tout ce grand déballage, cette incroyable pagaille, que le gouvernement, et surtout le premier ministre, aurait dû intervenir. D'accord, Stefaan De Clerck l'a fait. Mais le Premier ministre aurait pu se manifester aussi. D'autant qu'il en a eu l'occasion à la Chambre. »

- Il l'a fait en lisant sa communication gouvernementale. Comment l'avez-vous jugee?

« Sa déclaration était très neutre, peu engagée. Elle manquait peut-être d'un peu de sentiment,de compassion..»

-A l'image du personnage ?...

« Non, pas du tout! Là, je tiens à souligner que Jean-Luc Dehaene est un homme très sensible, très émotif On aurait tort de le condamner en tant qu'homme. Il était présent lors d'un séminaire du groupe parlementaire CVP. Je peux vous assurer qu'il est très affecté par les événements. C'est même visible. »

- En tout cas, il le cache bien...

«Il faut rappeler que Jean-Luc Dehaene a énormément de besogne. Il faut aussi quelqu'un qui s'occupe du budget. Cela intéresse sans doute moins l'homme de la rue, mais c'est aussi extrêmement important. Et nous avons la chance d'avoir un Premier ministre qui s'occupe aussi de cet aspect des choses.»

-Mais tout de même : il n'y a pas que les chiffres dans la vie !

«Effectivement, dans des circonstances aussi dramatiques, on doit pouvoir dire que les hommes passent avant les chiffres. L'opinion publique a mal jugé son flegme. Flegme qu'en d'autres circonstances, on aurait tant apprecie. »

 - Finalement, c'est le Roi que l'on a entendu, pas le Premier ministre. Curieux, non?«Les événements étaient tellement tragiques qu'on attendait un geste des plus hautes autorités de l'État. Le Roi l'a fait, Dehaene aurait pu le faire. Il aurait pu dire ce que le Roi a dit.»

- Vous trouvez des circonstances atténuantes à son mutisme?

«Il a aussi été un peu victime des circonstances, de la période des vacances. Il a un peu mal jugé la gravité du drame qui a frappé l'opinion publique. Personne n'est infaillible... Et puis surtout, il a dû estimer nécessaire d'adopter une attitude de grande réserve, il a eu peur d'être accusé de vouloir récupérer les événements. Surtout à l'heure où, comme l'ensemble du monde politique, il ne sait plus très bien à quel saint se vouer quand il s'agit de s'adresser à l'opinion publique.

Vous savez, quand on est Premier ministre, on doit surtout apprendre à cacher ses sentiments. Et Jean-Luc Dehaene n'est pas un homme qui cherche le succès facile.»

- Cela laissera des traces dans l'opinion publique?

«Sans doute. Et c'est dommage pour un homme qui a du coeur. A la première occasion, il devrait expliquer son attitude.»

 Propos recueillis par Pierre Havaux

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 PAUL Vanden Boeynants (Premier ministre PSC de 66 à 68 et en 78)

 - Vous êtes un Premier ministre en vacances à l'étranger lorsqu'éclate l'épouvantable drame que l'on a connu au mois d'août. Vous rentrez au pays ?

« C'est une question à laquelle il est difficile de répondre. Il faut évidemment voir le contexte du moment. Mais l'émotion était telle que j'ai l'impression que je serais revenu au pays. »

- Qu'attend-on d'un chef de gouvernement dans des circonstances aussi tragiques ?

« Oh, il y avait beaucoup de choses à faire. Par ce que les gens ne se sentent plus réellement gouvernés. Il est grand temps que le Premier ministre mette les choses à plat, rassure enfin la population. S'il n'est déjà trop tard... Ceci dit, rien n'est simple : un Premier ministre n'est jamais tout seul. Il dirige un gouvernement de quatre partis. »

- Comment avez-vous jugé la lecture de la communication gouvernementale de Dehaene à la Chambre ?

« C'était une communication très prudente, pour ne pas dire trop prudente. Mais Dehaene a une excuse: les problèmes budgétaires dans les quels il est empêtré ont, sans doute pris le pas sur ses sentiments, empêchant son coeur de parler. Ce qui l'a aussi empêché de mesurer l'ampleur de l'émotion populaire. »

- Vous auriez eu recours au Roi pour faire passer le message à la population ?

« Ah non ! Je pense que le Roi est intervenu probablement, vu le manque de réaction du gouvernement. Mais c'est moi, comme Premier ministre,qui aurait pris l'initiative. »

- C'est donc une erreur politique de Dehaene ?

« C'est en tout cas un manque de sensibilité. »

 P.Hx.

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Protéger nos enfants de la publicité

« La Meuse » du mardi 1er  octobre 1996 page 9

EN publiant une étude sur les enfants et la publicité, le BEUC (le bureau européen des consommateurs), et Consumentenbond (association néerlandaise des consommateurs) ont exprimé leur profonde inquiétude face à la prolifération des pratiques de marketing ayant pour cible les enfants.

Les pressions commerciales font désormais partie de la vie quotidienne des enfants, que ce soit à la télévision, dans les magazines, au petit déjeuner ou même à l'école. En même temps, les techniques ont évolué. La publicité s'est faite plus insidieuse et est devenue plus difficile à discerner. Un exemple, parmi d'autres: le phénomène des clubs d'enfants, répandus dans quasiment tous les pays de l'Union européenne. Il s'agit d'un outil de marketing particulièrement efficace puisqu'il permet de constituer un fichier d'adresses d'enfants avec qui on peut entretenir une relation de publicité et à qui on peut appliquer des techniques de marketing plus déguisées.

 Les enfants constituent des proies faciles car, jusqu'à l'âge de 6-8 ans, ils sont incapables de distinguer la publicité d'un autre contenu et ce n'est que vers 11-12 ans qu'ils commenceront à développer envers elle une attitude critique.

D'un point de vue strictement économique, les enfants sont intéressants puisqu'ils représentent trois marchés en un. Ils constituent un marché primaire dans la mesure où ils dépensent de l'argent pour satisfaire des besoins qui leur sont propres. Ils constituent également un marché de prescripteurs car ils influencent souvent les décisions d'achat du ménage. Enfin, on parle de marché futur car les enfants seront un jour des adultes et qu'il est important de les fidélisé

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Une réalité douloureuse: « les enfances volées »

« La Meuse » du mardi 1er  octobre 1996 page 9

Ceci n'est pas un livre sur les disparitions d'enfants. » L'avertissement insistant et répété de Claude Lelièvre est motivé par certaines critiques émises à la sortie du livre qu'il publie en compagnie de Jean-Claude Matgen, journaliste à la Libre Belgique.

 « Les ailes de la liberté - Récits d'enfances volées» relate une série de faits qui se sont déroulés en Belgique récemment et dont les victimes sont des enfants. Impossible, dans ces conditions, de ne pas penser aux affaires » qui ont bouleversé la Belgique depuis la mi-août.. Mais l'éditeur, Luc Pire, se défend d'être un éditeur « de circonstances», profitant de l'émotion suscitée par les événements pour en tirer un quelconque bénéfice. Quant à Claude Lelièvre, délégué général aux droits de l'enfant depuis 1991, il ne peut guère être suspect de sensationnalisme.

Voici, en fait, un an déjà que ce bouquin a été mis en chantier; bien avant, donc, que l'on connaisse le dénouement tragique des enlèvements de Julie, Métissa, An et Eefje. Le livre, déjà terminé au mois d'août, a d'ailleurs dû être revu en raison des événements. Toutefois, la pédophilie et la disparition d'enfants ne constituent qu'une partie de « Récits d'enfances volées». Claude Lelièvre et Jean-Claude Matgen racontent aussi l'histoire d'enfants de parents divorcés ou séparés, de mineurs emprisonnés, des filières d'adoption ou encore de jeunes enlevés par un des deux parents et emmenés à l'étranger. Autant de cas qui sont quotidiennement exposés à Claude Lelièvre et pour lesquels il lui arrive de servir de médiateur. Habituellement, il relate ces faits dans un rapport annuel à usage interne. Seules les personnes intéressées le compulsent. Cette fois, en compagnie du journaliste Jean-Claude Matgen, il a décidé de le mettre à la disposition du grand public.

Si lui-même est habitué à ces récits le plus souvent dramatiques, J.-C. Matgen, malgré la connaissance qu'il avait de certains témoignages, reconnaît que, plus d'une fois, il a éprouvé le besoin de prendre un temps d'arrêt dans son travail : « Je ne savais pas, dit-il, que la réalité était aussi douloureuse. » Finalement, les deux auteurs en sont arrivés à la conclusion que la Belgique était dotée d'outils plutôt modernes et performants mais qu'ils étaient mal utilisés. « Nous sommes parfois mieux lotis que nos voisins, mais dans l'application des lois, trop de décisions sont arbitraires et donnent lieu à des dérapages. »

P. Séféridis

 

 

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