jeudi 25 septembre 2008

L’au revoir dans la lumière du ciel( «Soir Illustré» 11 septembre 1996 pg 28’ 29’30’31)


L’au revoir dans la lumière du ciel

 « Le Soir Illustré » du mercredi 11 septembre 1996 pages 28’ 29’30’31

 Page 28 et 29

 An et Eefje n’ont été réunie dans l’adieu des familles.

 Elles reposent chacune de leur côté alors que, pendant un an, leur destin fut cruellement lié. Hasselt a pleuré ses enfants le matin, puis l'après-midi dans une double cérémonie.

« Si l'on avait mis immédiatement en oeuvre les forces nécessaires, ces funérailles n'auraient pas eu lieu », a martelé Paul Marchal.

 Même le ciel avait pris soin de sa pureté. Il était comme lavé, lumineux, net pour un accueil qui résonna d'exhortations. Ce n'était pas un ciel lourd, "si bas qu'on doit lui pardonner" comme dirait Brel, mais un linceul bleu qui rayonnait sur Hasselt.

Les funérailles d'An et Eefje furent plus solennelles que pour Julie et Mélissa. Une émotion contenue, silencieuse, blanche remplaçait la ferveur. Mais le traumatisme affleurait de la même façon en ces heures où l'on aurait voulu uniquement se recueillir. Ce fut le cas, mais en deux cortèges distincts, les parents des deux jeunes Limbourgeoises n'ayant pu se mettre d'accord sur un départ tous ensemble. An Marchai et Eefje Lambrecks avaient pourtant tout enduré en commun: leur rapt le 22 août 1995 à Ostende par Marc Dutroux et Michel Lelièvre, leur captivité, une sorte d'Orange mécanique sordide, et une fin atroce. Leurs obsèques auraient dû les réunir dans la paix comme elles le furent dans leur supplice. Les familles ont préféré une autre voie dans ce samedi rendu encore plus noir par cet écueil.

UNE ROSE BLANCHE EN SIGNE D'AMOUR

Une foule muette - 2, 3000 personnes - avait rejoint le quartier Banneux, proche du centre de Hasselt, dans la matinée. Devant le parvis de l'église O.L. Vrouw der Armen (Notre-Dame des Pauvres), un édifice carré aux lignes modernes, on vit arriver un corbillard blanc, précédé d'une voiture de pompiers et de quatre corbillards recouverts de fleurs et de couronnes. Les villes d'Hasselt et de Charleroi, les Souverains, l'O.N.E., le gouvernement wallon, et de nombreuses firmes locales avaient tenu à fleurir le cercueil d'Eefje Lambrecks. Très éprouvé, son père Jean, accompagné de sa compagne, fut applaudi au même titre que la maman, puis que les parents Marchai, arrivés dans les premiers. Stefaan De Clerck, André Flahaut, Herman de Croo, et le général-major Situons, aide de camp du Roi, représentaient les officiels.

Claude Le Lièvre et Marie-France Botte se présentèrent ensemble, précédés des parents de Julie et de Mélissa, et de la maman d'Élisabeth Brichet.

D'autres pères et mères, condamnés à l'incertitude, ont aussi voulu témoigner leur compassion: le père de Nathalie Geijsbregts, la maman d'Inge Breugelmans, et celle de Maddy Hollanders et puis, très remarquée, la famille de la petite Loubna Ben Aïssa alors même que les recherches se précisent autour d'elle.

Une rose blanche à la main, des anonymes déposaient leurs condoléances dans des corbeilles très vite remplies. Les coeurs étaient calmes ce matin-là, meurtris par tant de malheur. Peu de paroles, des larmes contenues, pas un cri, mais une haie de centaines de ballons blancs lâchés en fin de messe comme un signe adressé au ciel.

 

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