jeudi 25 septembre 2008

Bourlet et Connerotte poursuivent enquête au maximum(«Soir Illustré»11 septembre 1996 pg 32' 33)


Bourlet et Connerotte poursuivent enquête au maximum

 « Le Soir Illustré » du mercredi 11 septembre 1996 pages 32 et 33

 A Neufchâteau, centre nerveux de l'enquête, toute information est analysée à fond et aussitôt exploitée, après avoir été soumise à des recoupements, et mise en perspective, sans tabous.

A Neufchâteau,toute information aboutissant à l'équipe dirigée par le procureur du Roi Bourlet et le juge d'instruction Connerotte est exploitée à fond.

Chaque élément nouveau mis en évidence est aussitôt analyse compare, recoupé avec d'autres indices, poussant les investigations au maximum de leur potentiel.

Conserver la maîtrise de cette enquête tentaculaire mobilisant gendarmerie, PJ, enquêteurs hollandais, allemands et britannique, ainsi que deux spécialistes du FBI (ils viennent de rentrer aux USA) exige une gestion rigoureuse. Cette enquête, nous l'avons déjà écrit dans le Soir illustré, servira un jour de modèle. Pour l'heure, les rares informations qui filtrent sont limitées aux inculpations dessinant les différents cercles de l'affaire Dutroux. D'où la difficulté de faire le point entre les nombreuses rumeurs et les vraies informations. Celles qui ont été publiées par plusieurs journaux à propos d'une orientation de l'enquête touchant au milieu judiciaire carolorégien, démenties par le procureur Bourlet, risquent de se vérifier sous peu. Le procureur Bourlet disait vrai, quand il démentait ces informations:toute investigation impliquant des magistrats doit être dirigée par la cour de cassation. Rien à voir avec Neufchâteau !

Mais une certaine «Opération Zoulou» devrait viser sous peu des membres de l'appareil judiciaire carolorégien.

 DUTROUX EMPOISONNAIT SA BELLE-MERE

Autre piste brûlante, celle de Keumiée, où les enquêteurs recherchaient une valise contenant des documents sur les activités de Dutroux. Bruno Tagliafero, dont l'épouse a révélé, sur RTL-TVi, qu'il possédait une liste de noms, dont celui de Dutroux, et que cette liste mettait ses jours en danger, aurait été empoisonné par Dutroux.

A Keumiée, au soir des premières fouilles, la belle-mère de Tagliafero nous avait dit que son gendre était mort d'une cause indéterminée. A l'époque (novembre 1995), on n'avait pas cherché à vérifier si cet homme de 33 ans, en bonne santé, était mort d'une crise cardiaque, ou encore d'une overdose. Marc Dutroux était-il passé par là? On sait qu'il était passé maître dans l'art de chloroformer ses victimes. Une autopsie du cadavre de M. Tagliafero, réalisée vendredi à Liège, a révélé qu'il était mort empoisonné. Il semble aussi que la mère de Michelle Martin, que l'on disait atteinte de la maladie d' Alzheimer, était empoisonnée depuis des années

(1992, à la sortie de prison de Dutroux) par les époux diaboliques. La vieille dame était sous l'influence de sa fille et de son beau-fils. Les enquêteurs sont retournés dans un hôpital où elle avait séjourné pour vérifier certains détails de son dossier. Le mobile de cet empoisonnement pourrait être la récupération des propriétés immobilières de Mme Martin et de 2.500.000 francs en titres. Les propos apparemment incohérents de la dame âgée conduisent à des vérités. Dans son délire, elle disait que des parachutistes de petite taille étaient descendus à Sars-la-Buissière, et que Dutroux avait dû les enterrer... Les psychologues ont interprété ces éléments de discours en apparence incohérent, pour orienter les fouilles à Sars-la-Buissière.

Dans les turbulences de l'enquête suivie par le monde entier, la BSR de Mons cherche à vérifier des informations sur une éventuel le protection d'un trafic d'armes en provenance des pays de l'Est. Une armurerie belge en serait le pivot. Le nom d'un haut magistrat hennuyer se profilerait dans cette perspective.

DES INDICES HORRIFIENT LES ENQUÊTEURS                                                                                                                              Marc Dutroux, dont le procureur général de Mons avait insisté sur l'esprit manipulateur et pervers, en s'opposant à sa mise en liberté conditionnelle, veut conserver le contrôle de ses entretiens. Il joue avec les enquêteurs, tenant à leur offrir, en pleine conscience, toute nouvelle information leur permettant de progresser. C'est lui qui mène le jeu, selon le fantasme de tous les meurtriers en série. Dans ce climat, toutes les voies sont explorées à fond. Une des perquisitions au 128, route de Philipeville à Marcinelle, a permis de découvrir une revue relatant la disparition de la petite Elisabeth Brichet. Ce n'est pas par hasard si la maman de la jeune Namuroise est venue à la rue Daubresse, à Jumet. Autre fait témoignant de la précision des investigations, comme des dirhams (monnaie marocaine) avaient été retrouvés chez Dutroux, les enquêteurs ont vérifié si la petite Loubna Benaïssa, qui venait de revenir du Maroc lors de sa disparition, en possédait encore à ce moment-là.

Une autre autopsie a été envisagée: celle du cadavre de Serge Dutroux, le frère du monstre, qui se pendit en 1993, sans que l'on ait compris vraiment son geste. Les enquêteurs cherchent à vérifier une partie des propos de l'épouse de Roland Corvillain, le pédophile qui avait vécu dans la maison qui a été fouillée de fond en comble, rue du Conseil, à Ixelles, près de chez la petite Loubna Benaïssa.

 On sait que l'ex avocat Vanderelst, condamné dans le cadre du procès des auteurs de l'enlèvement de VDB, est un ami de Michel Nihoul. Selon l'épouse de Corvillain, parmi les amis de son mari fréquentant la rue du Conseil figuraient Michel Nihoul (à qui Vanderelst sert d'alibi pour le jour de la disparition de Laetitia), figurent l'armurier Darville, le père de Patrick Haemers et l'inspecteur Georges Zicot. Des liens ont été établis également entre la disparition et la mort de Laurence Mattues et Dutroux. On avait dit que la jeune fille était morte d'overdose, alors que ses parents savaient qu'elle ne prenait aucune drogue. Laurence travaillait à Walibi.

Chaque jour révèle aux enquêteurs écoeurés des indices impossible à publier ici, mais qui donnent le vertige à propos de l'horreur des crimes de Dutroux et Martin.

LA LISTE QUI CONDUIRA PEUT-ÊTRE AUX PROTECTEURS DE DUTROUX

La maman de Michelle Martin apporte un témoignage que des psychologues doivent décrypter.

La pauvre mère émerge de l'influence des médicaments que Dutroux lui imposait. En avril 1992, elle avait dit que "six personnes avaient fait du tort" à son gendre. Quatre ans plus tard, ces six personnes sont mortes.

On vérifie comment.

Qui protégeait Marc Dutroux? Les perquisitions ont fait remonter à la surface une liste des cafés de Charleroi et de la région, où figuraient des renseignements ultra-confidentiels. Ces documents officiels portaient des instructions de destruction ou de recopiage. On le comprend: cette liste précisait les lieux fréquentés par les policiers en civil de Charleroi, ainsi que les cafés dont les tenanciers étaient des indicateurs. Qui avait accès à un document aussi secret, et comment Dutroux était-il en sa possession?

Des éléments extrêmement précis permettant peut-être de remonter à Michel Nihoul ont été retrouvés à Marcinelle. Notamment cette boîte Tupperware décorée de boules blanches marquées d'une étoile, cachée dans le faux plafond, et qui aurait contenu de l'extasy. Nihoul aurait été le fournisseur de Marc Dutroux et de Michel Lelièvre. Le nom de l'ex substitut bruxellois Claude Leroy apparaît également dans les investigations actuellement en cours.

 Les exceptionnelles mesures de sécurité protégeant le procureur Bourlet, le juge Connerotte et les inculpés impressionnent. La rue menant à la maison de M.Connerotte a été interdite à la circulation. Les inculpés portent des gilets pare-balles, les patrons de l'enquête se déplacent en Merceries blindée. II faut relier ces précautions aux deux vols de Kalashnikovs perpétrés à Hennuyère et à Châtelineau.

Aussi fou que cela puisse paraître, des milieux policiers auraient intérêt à supprimer des témoins qui en savent trop. Au même moment, les autorités judiciaires craignent une offensive du milieu mieux de la région carolorégienne. Le nom d'un restaurateur de Charleroi, fiché en Italie par la DIA (Division de lutte anti-mafia), chef de la famille des Carruana Contrera, qui s'insurge contre toute allusion à son séjour à Palerme, revient à la surface. Son établissement n'est pas fréquenté que par d'anonymes amateurs de pizzas: membres de la

BSR, de la PJ, magistrats et personnalités politiques, en apprécient la gastronomie.

 Philippe Brewaeys et Marcel Leroy

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Corvillain,Dutroux,Nihoul et papa Haemers

 « Le Soir Illustré » du mercredi 11 septembre 1996 pages 32 et 33

 • C'est chez Roland Corvillain, un informaticien de 50 ans, incarcéré pour viols et pédophilie, que des fouilles ont été entamées jeudi dernier, au 35 rue du Conseil, à Ixelles (Bruxelles). A 300 mètres à peine de la maison des parents de la petite Loubna Benaïssa...

 • Un sérieux client pour la justice que Corvillain. Condamné pour escroquerie, faux et usage de faux, à deux années de prison, il en était sorti pour bonne conduite après 15 mois de détention. Même mécanisme que pour Nihoul et Michel Lelièvre: c'est en prison qu'il aurait fait la connaissance de Serge Frantsevich, un prétendu informateur de la BSR et de Robert Darville, l'artificier de la célèbre bande à Patrick Haemers, l'homme qui enleva VDB et qui se suicida en prison. Mais ces deux personnages n'étaient pas les seuls amis de Corvillain. D'autres lui rendaient régulièrement visite dans la maison de la rue du Conseil: Marc Dutroux, Nihoul et le père de Patrick Haemers, Achille.

 Dans le quartier, personne ne pouvait imaginer que Roland Corvillain, cet homme apparemment aimable, intelligent, cultivé et courtois en cachait un autre, abject. Jusqu'au jour où Rita le quitta.

Rita, que Corvillain avait épousé alors qu'elle était mère d'une petite fille de 13 ans. Le couple avait adopté une autre petite fille devenue handicapée mineure à la suite des harcèlements sexuels de son père et des nombreux coups qu'il lui assenait, sous le moindre prétexte. Par respect pour ces victimes, nous en avons changé les noms.

 Le jour où Rita le quitte, Corvillain lui écrit une lettre de menaces, très violente. Si Maria, qui venait à peine d'avoir 15 ans, n'avait jamais lu cette lettre, elle n'aurait, sans doute, jamais osé dévoiler l'épouvantable secret qui la hantait depuis plus de deux ans. Sans cette lettre, Maria et sa soeur, Lara, n'auraient jamais parlé à ces deux policiers de la commune d'Ixelles que l'on aime bien, dans le quartier.

Deux policiers qui ont fait preuve de toute la délicatesse indispensable à ce genre d'interrogatoire, pendant plusieurs heures, pour écouter les mots chargés de larmes que prononçaient avec difficulté les deux jeunes filles meurtries.

Roland Corvillain fut immédiatement incarcéré. Et le même jour, le 1er juillet dernier, son appartement était perquisitionné. On y trouva une centaine de cassettes pornographiques, des revues et catalogues du même genre, et aussi de nombreuses photos, d'un goût plus que douteux, dont les modèles étaient principalement des enfants en bas âge, à qui l'on faisait prendre la pose.

 Car Roland Corvillain est un as de la photo. Un artiste qui utilise les effets de lumières et les reflets de l'eau, des fontaines et des étangs, pour donner à ses petites victimes sans défense un décor romantique, avec une touche d'indécence, lamentablement suggestive.

Corvillain ne s'était pas contenté d'agresser ses deux petites filles. Sa nouvelle incarcération à la prison de Forest a permis à une autre de ses victimes de se libérer du dramatique secret qui la faisait souffrir, depuis une dizaine d'années. A l'annonce de l'arrestation de Corvillain, elle s'est finalement confiée à un de ses amis commerçant du quartier qui l'a encouragée à parler aux policiers de la commune. Tamara avait 16 ans à l'époque des faits. Elle avait été mariée à 15 ans pour se retrouver, peu de temps après, pensionnaire du foyer pour femmes battues, à Jette, où Rita, l'épouse de Roland Corvillain, travaillait comme monitrice. Corvillain avait, paraît-il, appris à Tamara, à lire et à écrire, dira-t-elle. Il la connaissait donc bien. Mais un jour, alors qu'il rendait visite à sa femme au foyer de Jette, il rejoignit Tamara dans sa chambrette, la bâillonna et la viola. Il répétait ces actes odieux, à l'occasion, en donnant à sa victime quelques menus deniers, à titre de «compensation» et en doublant celles-ci de menaces diverses, pour qu'elle se taise...

Roland Corvillain entretenait des relations douteuses avec certains protagonistes de la bande à Dutroux. D'autres noms cités dans différentes affaires criminelles, auraient également été prononcés, au cours des auditions. Mais pour le juge Connerotte, les noms de Dutroux et de Nihoul auront suffi à exiger que des fouilles méticuleuses soient organisées dans la maison qu'occupait Roland Corvillain. La petite fille marocaine, Loubna, avait en effet disparu à moins de 300 mètres de là.

PORNO ET BLANCHIMENT

Dans le grenier de la maison de la rue du Conseil, Roland Corvillain avait établi le siège d'une société de service informatique du nom de Logitel. Il avait pour associé un certain Serge Frantsevich, qui se dit ingénieur diplômé de l' Ecole royale militaire, et dont l'épouse aurait travaillé dans le quartier chaud de la gare du Nord. Serge Frantsevich aurait également proposé ses services à la police et à la BSR, en qualité d'informateur. Frantsevich se chargeait du blanchiment d'argent, moi de faire des affaires honnêtes, aurait déclaré Roland Corvillain, aux policiers. Mais sa femme Rita précise aussi que Marc Dutroux, Michel Nihoul, qui se faisait appeler DON, Achille Haemers et une autre personne du milieu de l'aéronautique venaient régulièrement rendre visite à son mari au siège de la société, pour parler business...

Roland Corvillain devra bientôt répondre à une autre question: An et Eefje avaient disparu à Ostende et à la même époque, Roland Corvillain se trouvait également sur la côte, précisément à Ostende. Il y avait loué un appartement pendant deux semaines pour sa femme Rita. Ceux qui le connaissent estiment peu probable qu'il ait dépensé le peu d'argent qu'il avait pour offrir deux semaines de vacances à une femme dont il était séparé et avec qui les rapports étaient pour le moins difficiles. Rita a confirmé aux policiers que son mari ne restait pratiquement jamais avec elle dans cet appartement d'Ostende. Il passait ses journées ailleurs, sans jamais préciser ce qu'il faisait et où il allait.

Pour les enquêteurs, la location de l'appartement et la présence de Rita ressemble bien à un alibi.

 Michel Jaspar.

 

 

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