vendredi 18 juillet 2008

Nouvelle révélations à Neufchâteau('DH'lundi 26 août 1996 pg3)


Nouvelle révélations à Neufchâteau

Laurence une autre victime de Dutroux ?

«La Dernière Heure» du lundi 26 août 1996 page 3

NAMUR - Marc Dutroux aurait-il pu tuer Laurence Mathues ? L'éventualité n'est écartée ni par le magistrat instructeur ni par le père de la jeune fille.
Le lundi 19 août, lejuge d'instruction Jean-Pierre Marotte, à Namur, a demandé, par commission rogatoire au juge Connerotte de Neufchâteau, une liste des médicaments utilisés par Marc Dutroux pour neutraliser les jeunes filles que lui et ses complices enlevaient. Il s'agit, pour le magistrat, de vérifier si Laurence Mathues aurait pu être, elle aussi, victime des agissements du bourreau d'enfants...
Laurence Mathues était âgée de 16 ans. Elle vivait à Laeken, chez sa mère. Au cours de l'été 92, elle travaillait comme jobiste à Walibi.
Son père, Philippe Deleuse, d'Orp-Jauche, l'y conduisait et l'y reprenait en fin de journée. Mais, le 28 août au soir, Laurence ne l'attendait pas sur le parking.
Personne ne l'avait vue à la croissanterie de Walibi, où elle devait pourtant avoir passé la journée.
Toutes les recherches menées ensuite étaient restées vaines. Laurence avait disparu sans laisser de traces, comme Elisabeth avant elle, ou Julie et Mélissa plus tard.

Une piste...
Le 8 septembre, cependant, un cadavre déjà mutilé par la décomposition était découvert sur la route de Leuze, à Fernelmont.
Elle avait été identifiée après que l'on eut cru qu'il s'agissait d'une autre disparue. Elle n'avait pas été violée. Le dossier ouvert par M. Marotte, du chef de meurtre, n'a pas encore connu de conclusion. Si on sait de quoi Laurence est morte, on ne sait toujours pas si elle a été tuée.
Les analyses effectuées à l'Institut médico-légal de liège indiquent en effet que la malheureuse a succombé à une absorption, 100 à 200 fois supérieure à la dose thérapeutique, de Benzodiazepine et de Secobarbital.
Comme le notait le commissaire de la PJ Mario Perin, on ne prend pas de telles quantités à son insu.
Soit Laurence s'était suicidée soit on l'avait forcée à avaler ces médicaments. Dans ce cas-ci, ayant subi une opération à l'estomac, elle n'aurait pas pu régurgiter. II n'est donc pas exclu qu'on ait tenté d'enlever la jeune fille en lui administrant une dose excessive de médicaments.

Mrs Philippe Deleuze, qui est aussi vice-président de l'asbl Marc et Corine, interrogé sur cette éventualité, répond: « l'ai une conviction intime.
Pour moi, ma fille ne s'est pas suicidée et elle connaissait la personne avec laquelle elle est partie. Mais tout est possible avec Dutroux. Ce n'est pas un homme, c'est une bête.

Peut-être qu’enfin, je saurai la vérité. Mais il ne faudrait pas que, pour cette piste-là, on abandonne les autres. Je ne veux pas, un jour, rejoindre ma fille, sans savoir...

Sabine Dorval
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Nouvelles fouilles

Gros déploiement de forces dans une maison de Courcelles

«La Dernière Heure » du lundi 26 août 1996 page 3

Après Marcinelle, Mont-sur-Marchienne et San-la-Buissière, de nouvelles fouilles ont été entreprises hier, dès 13 heures, à Courcelles, rue du Nord.

Comme précédemment, une foule importante a assisté à distance aux travaux d'une trentaine de gendarmes, accompagnes de chiens et assistés par la Protection civile de Liège. Une citerne a été évacuée et des déchets ont été embarqués. De gros moyens ont été mis en oeuvre, dont deux bulldozers.
L’immeuble fouillé appartient à Peter Rochow, un sexagénaire, ami de Dutroux, qui bricolait des voitures, selon les voisins.

Le fils de Rochow, Pierre, avait en 95, été séquestré à Jumet, rue Daubresse, par Weinstein et Dutroux, à la suite d'une querelle concernant un vol de camion. Les fouilles se sont arrêtées en début de soirée et n'ont apparemment rien donné.
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L’enquête ne sera pas étouffée

« La Dernière Heure » du lundi 26 août 1996 page 3

Réseau de pédophiles assassins. Enquêteurs dramatiquement incompétents. Système judiciaire dépassé par les événements. Policier interpellé pour complicité avec Dutroux...

Chaque Jour qui passe amène ses révélations de plus en plus incroyables, de plus en plus scandaleuses. On a aujourd'hui l'impression que toute la pourriture accumulée depuis tant d'années en Belgique remonte à la surface.
Plus personne ne se trouve à l'abri.
Conséquence possible : la mort des petites Julie et Mélissa peut relancer les enquêtes sur d'autres gros dossiers que l'on croyait définitivement oubliés.
« Si on me laisse faire, j'irai jusqu'au bout... » Avait lancé, vendredi soir, Michel Bourlet. Le procureur du Roi de Neufchâteau faisait là allusion au casse-tête Cools et à l'affaire des titres volés.

En l'entendant, certains magistrats ont peut-être songé à d'autres enquêtes trop vite enterrées, comme les tueries du Brabant wallon, les activités suspectes des néonazis du Westland New Post et les rumeurs de coup d'Etat du début des années 80, avec ses gendarmes tentés par un pouvoir fort.

Sans doute M. Bourlet, que nous considérons par ailleurs comme un homme courageux et dynamique, n'a-t-il pas immédiatement compris que ses paroles allaient créer un véritable choc dans l'opinion publique.
Dans les foyers, dans les entreprises et au bistrot, dans les trains, sur la digue et dans les campings, la Belgique de cette fin août 96 ne parle plus que d'une chose : les réseaux pédophiles. Lorsqu'un homme aussi influent que le patron de l'enquête Dutroux laisse entendre qu'on pourrait lui mettre des bâtons dans les roues, il donne inconsciemment des arguments à ceux qui affirment que, de toute façon, le dossier sera saboté en haut lieu. Ce qui est grave.

Pour notre part, nous avons la conviction que plus personne ne pourra arrêter la machine. L'émotion populaire est telle que la moindre tentative d'étouffement de l'enquête provoquerait une véritable - et nous pesons nos mots - crise de régime.

Trop longtemps indifférente aux scandales, la Belgique s'est réveillée.
A propos, une question : que pense M. Dehaene de tout cela ? Très occupé à soigner son bronzage en Sardaigne, celui qui est toujours, paraît-il, notre Premier ministre n'a pas manifesté beaucoup d'intérêt pour !e drame qui secoue le pays. Il est vrai que, pour lui, l'indifférence a toujours été considérée comme une qualité majeure...

Michel Marteau
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Curieux rapt à Molenbeek

« La Dernière Heure » du lundi 26 août 1996 page 3

MOLENBEEK-ST-JEAN – Dans le climat actuel où l'enquête sur Dutroux et ses comparses monopolisent les devants de la scène judiciaire, un curieux rapt s'est produit à Bruxelles.

Vendredi soir, la disparition d'une adolescente de 12 ans était signalée à Molenbeek Saint-Jean. Aussitôt, la police locale et la police judiciaire lançaient des recherches, infructueuses dans un premier temps.
Samedi matin, la jeune fille était retrouvée par des passants aux alentours du parc Peterbos, semble-t-il, à Anderlecht.
Errant là, les yeux hagards et en état de choc, l'adolescente était hospitalisée dans un établissement bruxellois, où un examen médical montrait qu'elle n'avait subi autune violence physique. Elle n'avait pas, non plus, été victime d'abus sexuels.
Les éléments dont on dispose à l'heure actuelle sont fragmentaires, d'autant que le porte-parole du parquet de Bruxelles confirmait, dimanche, du bout des lèvres, l'enlèvement, mais ne désirait faire aucun commentaire sur cette affaire, classée « confidentielle ».
Selon des sources officieuses, la jeune fille aurait été embarquée par un groupe de jeunes garçons à bord d'une voiture. Les enquêteurs sont d'ailleurs sur la piste d'une Golf de teinte noire, circulant régulièrement aux alentours du parc Peterbos.

D.Ste.
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Violée par son beau père et sa mère

Valérie 15 ans espère exorciser son passé


« La Dernière Heure » du lundi 26 août 1996 page 3

BRUXELLES - « Pour moi, ma mère n'est plus ma mère ! Elle m'a mise au monde et c'est tout. C'est un monstre. Quand je serai grande, je ne veux pas qu'il arrive de telles choses à mes enfants », raconte Valérie (c'est un pseudonyme), avec une rage contenue dans la voix.
De son enfance, Valérie ne garde que le souvenir horrible de viols répétés et d'une innocence souillée. Aujourd'hui, dans la région bruxelloise, entourée de l'amour de son père et sa belle-mère, elle tente de soigner les plaies laissées par ces abus sexuels.

En mai 1994, Valérie se confiait à une éducatrice et révélait que depuis 8 ans environ, à Courthézon, dans le Vaucluse (France), son beau-père et sa mère l'associaient à leurs ébats sexuels.
Les parents indignes ne se contentaient pas d'assouvir leur libido débridée, mais filmaient également les diverses caresses, fellations et pénétrations qu'ils faisaient subir à la fillette.
Au cours de l'enquête, les policiers tombaient sur une véritable collection de cassettes vidéo (au moins 70) et de nombreux négatifs photo prouvant la réalité des faits dénoncés.

Labo dans la cave
Les enquêteurs français n'étaient pas au bout de leur peine. Dans les caves de l'habitation, le couple avait aménagé un laboratoire de développement photographique et de montage vidéo, ainsi qu'une salle de projection aux murs décorés d'images pornographiques.
Bernard Sinard (54 ans) et son épouse Marie-France (37 ans), détenus à Avignon, comparaîtront les 16 et 17 septembre prochain devant les assises du Vaucluse, à Carpentras.

Un procès qui devrait se dérouler à huis clos et au cours duquel Valérie sera appelée à la barre des témoins : « J'ai peur d'aller à Carpentras. Je sais qu'ils ne peuvent rien me faire, mais !'idée de croiser leurs regards me donne des angoisses.
Difficile, en effet, de sortir indemne d'un tel parcours. Aujourd'hui âgée de 15 ans, Valérie essaie de chasser son passé, mais celui-ci la rattrape régulièrement : « Je fais beaucoup de cauchemars et ma belle-mère doit souvent se lever pour venir me rassurer. Mais toutes ces choses sont dans ma tête et j'y pense tout !e temps. Je parle beaucoup avec ma belle-mère, plus qu'avec des copines, qui sont trop jeunes pour comprendre », ajoute t-elle.

Problème linguistique
La découverte des crimes de la bête de Sars-la-Buissière a réveillé les démons qui hantent l'esprit de l'adolescente bafouée. Toutefois, elle ne veut pas rester les bras croisés et désire faire sien le combat de l'asbl Marc et Corine : « l'espère que ce Dutroux ne sortira jamais de prison. Et la prison est encore trop douce pour ces gens.
Ma mère et mon beau-père me punissaient souvent en me laissant au pain sec et à l'eau. Jamais, ils ne seront aussi maltraités derrière les barreaux », soupire-t-elle. « Je ne veux plus que d'autres filles vivent de telles horreurs. Les jours passés, je me suis rendue sur le parking d'une grande surface de la périphérie bruxelloise avec la pétition de l'asbl Marc et Corine. On m'a chassée, parce que le texte de la pétition était en français alors que j'étais en territoire flamand
Valérie insiste encore sur l'importance « de dire les choses qu'on vous a fait subir » et pense beaucoup à Laetitia et à Sabine.
« Elles avaient l'air heureuses lors de leur libération. Mais quand la tension sera retombée, c'est à ce moment-là qu'on a tendance à faire des bêtises. » Ces « bêtises », comme les appelle Valérie, se sont traduites chez cette jolie adolescente par des tentatives de suicide.

Donatienne Stévigny




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