jeudi 24 juillet 2008

Julie et Mélissa ont réveillé l’opinion('Meuse'29 août 1996 p10)


Julie et Mélissa ont réveillé l’opinion

« La Meuse » du jeudi 29 août 1996 page 10

La pédophilie et le commerce infâme des enfants à des fins sexuelles font les gros titres de tous les journaux

Depuis deux semaines, la presse internationale ne parle plus que de cela: les réseaux pédophiles et, sur tout, leurs victimes. La découverte des corps sans vie de Julie et de Mélissa a révolté l'opinion, que ce soit en Belgique, en France, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse, ou même en Espagne.

Les illustrations à la «une» de toute la presse étrangère suscitent l'émotion: la peine si ce sont les photos de Julie et de Melissa, celles des affichettes, où d'autres, prélevées de l'album souvenir des parents Russo et
Lejeune, désormais arrêtés à la date du 24 juin 1995.
La honte ou la rage si, par contre, ce sent les visages froids des coupables ou des suspects dans cette atroce affaire.
Ces photos, comble de l'ironie, ont fait le tour du monde comme l'ont fait les avis de disparition ou de recherche.
Les titres, qu'ils fassent la manchette ou non, se veulent chauds et évocateurs. Tous, tantôt avec pudeur et dignité, tantôt avec dureté, s'interrogent sur la leçon que l'on sera capable de retirer de ce désormais sinistre fait divers.
L'Europe en émoi ne peut retenir ses larmes, et tape du poing sur la table pour que justice soit faite: plus jamais ça !

En France, les magazines parlent La presse quotidienne française dans son ensemble suit, avec le même acharnement que nos journaux, l'évolution de l'enquête.
Les magazines et autres hebdomadaires, de leur côté, développent de foisonnants articles.
«Le martyre des petites séquestrées» titre Paris Match, dont le stock dans les librairies s'est vendu comme des petits pains.
Le magazine offre à ses lecteurs de nombreuses photos grand format sur douze pages.

Ici Paris reprend les photos bouleversantes de l'enterrement des deux fillettes sur deux pleines pages. Le magazine aborde également le problème des déviances sexuelles et reprend dans ses lignes des cas similaires de pédophilie ayant eu lieu outre Quiévrain.

VSD, outre deux pages entières de photos en couleurs, propose un long dossier récapitulatif sur le parcours de l'accusé. L'hebdomadaire ne manque pas non plus de s'interroger sur les motivations qui ont poussés le ministre Wathelet à rendre sa liberté à Marc Dutroux. « Il n'aurait jamais dû sortir de prison », lit-on dans l'article.

Scandale en Angleterre
La presse londonienne suit avec attention les évolutions de l'enquête menée par la police belge. D'autant plus que l'Angleterre a elle-même vécu des faits semblables lors de la terrible affaire des époux West et des découvertes macabres de la «Maison de l'horreur» à Gloucester. Lors de cette affaire, une vingtaine de corps avaient été retrouvés à maints endroits de son domicile. Frederik West était, lui-aussi, un déviant sexuel.
Un enquêteur britannique, le super-intendant John Bennett, qui avait participe aux recherches de Gloucester a même été dépêché en Belgique avec son matériel sophistiqué.
Le Herald Tribune de ce mercredi s'interroge sur les mesures qui pourraient être prises pour arrêter ces actes sauvages sur les enfants, faisant également référence à la conférence de Stockholm. Le quotidien réfère également aux crimes sexuels perpétrés aux États-Unis où le renforcement de certaines lois punissent sévèrement les abuseurs d'enfants.
Les couvertures des hebdos internationaux comme Time et Newsweek ont édité d'énormes plaquarts en couleurs sur les meurtres insoutenables dont la Belgique est victime.
Mais, l'important reste surtout l'avenir, et la question de Newsweek se veut pertinente : « Le plus sale business au monde : Qu'est-ce qui pourrait être fait pour endiguer le commerce de la pornographie liée aux enfants ? »
Quatorze pages sont consacrées à la prostitution et à l'exploitation, quelle qu'elle soit, des enfants de par le
monde.
Le Time, lui, se veut pudique. Il ne révélera pas les visages de Laetitia et de Sabine. Mais les dix pages consacrées à l'affaire seront d'une très grande richesse informative, tant pour les photos que pour les développements.
Un bon dossier au niveau international...

Même en Espagne
« El pederasta Dutroux » fait également la «une» en Espagne.
Un envoyé spécial d'El Mundo recueille, au fil des découvertes, les informations les plus fraîches sur «l'événement». Tout a été mis en oeuvre pour que les lecteurs ne perdent aucun développement de l'enquête en cours.
Aux Pays-Bas, tout le monde retient son souffle. La photo d'An et Eefje occupe toujours la première page du Telegraaf, une manière d'entretenir l'espoir de les retrouver en vie. Nos voisins bataves suivent l'actualité belge avec une extrême attention.

Les Allemands font de même.
La «une» du Bild fait dans le sensationnel, tandis que l'Express s'interroge:«Encore plus d'enfants morts ?» Quant à Der Spiegel, il remplit huit pages sur la prostitution des enfants et sur les réseaux pédophiles.
Jamais on aura autant entendu parler du fléau qu'est celui de la pédophilie depuis la disparition des petites Julie et Melissa.
La découverte de leurs corps sans vie a réveillé l'opinion.
Peut-être maintenant les choses vont-elles commencer à changer?

Sophie Driesen
_____________________________________

CONGRES STOCKOLM

Pour un système répressif mondial


« La Meuse » du jeudi 29 août 1996 page 10

Contre la pédophilie, la Belgique ne dispose pas d'un arsenal législatif suffisant, souligne le ministre
Derycke, à Stockholm

Le congrès mondial de Stockholm sur l'exploitation sexuelle des enfants a adapté hier une déclaration et un plan d'action pour étendre la répression à l'encontre des « marchands de sexe ».
Les 1.200 participants présents à Stockholm appellent les États à mettre en oeuvre un plan national d'action d'ici l'an 2.000, comprenant la création de banques de données, et à « criminaliser » davantage ces activités illicites..
Ils demandent aussi l'extension de la possibilité de poursuivre des ressortissants ayant commis des actes sexuels illégaux à l'étranger, jusqu'alors en vigueur dans 12 pays.

La « déclaration de Stockholm » et son programme d'action ont aussi pour objectif de mieux prévenir le phénomène, en mobilisant l'opinion et les professionnels concernés.
Ils constituent enfin un engagement de coopération entre les partenaires -États, ONG, Interpol,agences de l'ONU, services sociaux...- contre le « business » sexuel concernant les enfants.
Ces textes ne sont pas juridiquement contraignants, mais ils symbolisent la volonté de la communauté internationale de donner un nouvel élan à la lutte contre les réseaux de pédophiles. En ce sens, ils ne font pourtant que révéler l'impuissance et la non application des lois et conventions existantes.
Prenant la parole lors de ce congrès, Erik Derycke, le ministre belge des Affaires étrangères, a réaffirmé la nécessité de voir chaque pays mettre en oeuvre des mesuras peur lutter contre l'exploitation sexuelle des enfants.
Il a évoqué la possibilité d'une « Cour criminelle internationale pouvant «pénaliser» les pays laissant se pratiquer sur leur sol la prostitution forcée et la pornographie enfantine.

Erik Derycke a également indique que la Convention de l'ONU relative aux droits de l'Enfant de 1989, ratifiée par 140 pays, pourrait être complétée d'un protocole «facultatif » pour prendre en compte ces fléaux.
Un autre intervenant belge. Peter Piot, directeur exécutif de l'Onusida, programme des Nations unies sur le sida, a expliqué que la crainte de contracter cette maladie auprès de femmes incitait certains hommes à privilégier les relations sexuelles avec des enfants.

La maladie est devenue à la fois une cause et une conséquence du commerce d'enfants, a-t-il dit.
Il a souligné que certains hommes croyaient à tort que les enfants étaient moins susceptibles d'être infectés que des prostitué(e)s adultes alors qu'au contraire, leur morphologie et le fait qu'ils peuvent difficilement imposer le port du préservatif à un client les exposent encore davantage.
Plus d'un million d'enfants seraient exploités sexuellement de par le monde. Un million d'enfants environ sont séropositifs ou sidéens. La plupart ont été infectés par leur mère. Plus de deux millions d'enfants sont déjà morts du sida, a dit M. Piot.
Aucune statistique indiquant l'incidence de séropositivité des enfants prostitués n'est disponible, mais des échantillons très limités indiquent que près de la moitié de ces enfants pourraient être séropositifs. a poursuivi le D, Piot.
__________________________

Dutroux soupçonné du meurtre d’une jeune Slovaque

« La Meuse » du jeudi 29 août 1996 page 10

Marc Dutroux est soupçonné du meurtre d'une jeune Slovaque, a annoncé le chef du bureau slovaque d'Interpol, Rudolf Gajdos.
Celui-ci a déclaré que Dutroux était aussi soupçonné d'avoir préparé l'enlèvement d'au moins une autre Slovaque.
Mais il s'est empresse d'ajouter qu'en l'état actuel des choses, des preuves manquent encore pour accuser formellement Dutroux d'agissements criminels en Slovaquie. Seules existent de fortes présomptions.
Ainsi, « une des hypothèses de la police dans l'affaire du meurtre d'une jeune tzigane, en juillet de cette année à Topolcany, dans l'ouest de la Slovaquie, est que Marc Dutroux pourrait y être impliqué », a dit Gaj dos sans préciser l'âge de la victime.

Une des raisons qui étayent cette hypothèse est la ressemblance de Dutroux avec un portrait-robot du coupable présumé.
Le chef d'Interpol-Slovaquie a expliqué que le portrait-robot du meurtrier de la jeune Tzigane correspondait « à 60 % » à celui de Dutroux et que ce dernier s'était rendu à Topolcany à l'époque du meurtre.

Par ailleurs, un témoignage d'une personne qui aurait été complice de Dutroux laisse supposer que le Belge aurait violé une femme à Trencin, une autre localité de l'ouest du pays.

Selon Rudolf Gajdos, Dutroux a effectué plusieurs visites en Slovaquie, en particulier dans les environs de Trencin et Topolcany, où il croyait, selon certaines informations, pouvoir facilement approcher des jeunes filles.

Une dizaine de jeunes Slovaques se sont rendues en Belgique à son invitation. Deux d'entre elles, âgées de 17 et 21 ans, ont notamment été reconduites en Slovaquie le 2 août dernier. Mais peut-être sous l'influence de somnifères que leur aurait fait absorber Dutroux, elles se souviennent mal de ce qui s'est passé lors de leur séjour en Belgique. L'une d'elles a déclaré qu'elle avait dormi pendant trois jours. Toutes deux auraient par ailleurs suivi librement Dutroux en Belgique, le considérant comme un « homme normal et affable », selon M.
Gajdos.
« La police belge nous a aussi informés que Dutroux et un autre homme avaient aussi envisagé l'enlèvement d'au moins une Slovaque », a dit encore dit le représentant d'Interpol.
Il apparaît certain que Dutroux et ses complices ont eu de multiples contacts avec des jeunes nés filles en Slovaquie, mais apparemment, il ne s'agissait pas de mineures d'âge, ce qui rend l'enquête d'autant plus malaisee.
Par ailleurs, à Vienne, un porte-parole du ministère autrichien de l'intérieur, Rudolf Gollia, a démenti les informations de presse selon lesquelles il était établi que Dutroux aurait tourné en Autriche des films vidéo pornographiques avec de jeunes Slovaques. Il n'y a pas de preuve à ce sujet non plus, bien qu'il existe effectivement une bande spécialisée dans les films pornographiques avec des enfants qui opère à Vienne et recrute ses victimes en Slovaquie.
Un reporter de la revue autrichienne News, se faisant passer pour un client potentiel, a ainsi pu prendre rendez-vous dans une maison privée de Bratislava avec trois fillettes de 12 ans par l'intermédiaire d'un certain Jiri K., qui fait des affaires dans le domaine de la pornographie à Vienne. Le journaliste, dont le reportage doit paraître jeudi, s'est vu proposer un choix de 70 jeunes adolescentes, avec lesquelles des vidéos pornographiques avaient été tournées. Sur base des découvertes du reporter, Jiri K. a été interpellé par la police viennoise et placé sous mandat d'arrêt mardi
_________________________

Face à des enfants maltraités, les médecins sont délivrés de leur secret professionnel

« La Meuse » du jeudi 29 août 1996 page 10

Une directive contraignante, publiée le 10 avril 1992 dans le Bulletin trimestriel adressé à tous les médecins belges, apporte l'appui du Conseil national de l'Ordre des médecins aux amendements adoptés par l'Association médicale mondiale, lors de sa 42e assemblée générale, et sur proposition du D, Henrard, président de la Commission médicale provinciale de Liège.

L'A.M.M. a ajouté à sa « Déclaration » sur les mauvais traitements (physiques,psychiques et sexuels) et la négligence grave envers les enfants, deux paragraphes essentiels.
Le premier abroge le secret professionnel dans les sévices contre les enfants et enjoint les médecins à les rapporter officiellement aux autorités compétentes.
Le deuxième invite les médecins à soutenir, dans leurs pays respectifs, l'adoption de textes législatifs permettant l'identification et la protection des enfants maltraités.
Cet avis constitue une prise de position sans équivoque en matière de déontologie médicale.
Il met fin à l'incertitude et au malaise ressenti par certains médecins, tiraillés entre le désir d'aider les petites victimes et celui de respecter l'absolu secret professionnel auquel ils sont très attachés.




0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

Abonnement Publier les commentaires [Atom]

Liens vers cet article:

Créer un lien

<< Accueil

Free Web Counters
Free Counter