vendredi 25 juillet 2008

Ils avaient raison, terriblement raison !(Télé-Moustique » du jeudi 29 août 1996 page 4 et 5)



Ils avaient raison, terriblement raison !

Supplément à « Télé-Moustique » du jeudi 29 août 1996 page 4 et 5

Nous avons bien conscience de la difficulté de la tâche à laquelle sont confrontés les gendarmes et les policiers. On a également bien compris que l'on était entourés d'hommes de bonne volonté, prêts à faire autant d'heures supplémentaires qu'il sera nécessaire.

Mais le problème n'est pas là. En fait,nous ne parvenons pas à nous départir du sentiment que les enquêteurs ne sont pas à la hauteur. Ce ne sont pas des spécialistes dans le domaine des disparitions que l'on serait en droit d'attendre en tant que parents victimes.

En septembre 1995, dix semaines après l'enlèvement de leurs petites, les parents de Julie et Mélissa sentaient déjà très bien que quelque chose n'allait pas dans les recherches officielles visant à les retrouver.

Et ils avaient raison. Terriblement raison.


Déjà ils nous dénonçaient les "lacunes de l'enquête", ses "improvisations", les "silences insupportables de la juge d'instruction" qui refusait toute communication avec eux; "On la trouve incroyablement insensible.
Elle a des réactions inhumaines. La seule fois qu'on l'a rencontrée, elle nous a dit que notre dossier n'émit pas le seul qu'elle avait à traiter". Une attitude bureaucratique qui n'a d'ailleurs jamais varié. Jusqu'à ces dernières heures où les parents ont dû négocier pour obtenir...une mèche de cheveux de leur fille.

En septembre 1995, Julie et Mélissa étaient encore en vie. Et les enquêteurs liégeois avaient reçu des informations précises sur le ravisseur, ses projets d'enlèvements d'enfants, l'aménagement de ses caves, etc.

Mais des perquisitions bâclées condamnaient cette piste. La bonne piste.
Quelques mois plus tard, en décembre 1995, les parents de Julie et Mélissa nous révélaient une autre anecdote horrible
"Nous avons eu droit à une déclaration insensée et cruelle du procureur du Roi de Liège, Mme Bourguignon. Nous étions dans le bureau d'un substitut du parquet de Liège et elle y est entrée.
Elle nous a salués en nous présentant ses "sincères condoléances". On n'a pas compris son attitude. A vrai dire, cela nous a écoeurés".
En décembre 1995, Julie et Mélissa étaient encore en vie. Mais plus pour la justice liégeoise...

Et puis, il y eut le premier anniversaire de l'enlèvement. Et ces propos tellement prémonitoires que nous tenaient les parents en juin 1996.

Quel scénario imaginez-vous?

Gino Russo, papa de Mélissa - Elles peuvent avoir été victimes d'un trafiquant d'êtres humains, d'un réseau de pédophilie.
Pourquoi pas? Il y a quelques mois, quand on évoquait cette hypothèse, on nous disait que cela n'existe pas chez nous. Mais plus on avance dans le temps, plus on rencontre des officiels qui nous affirment que cela existe. C'est tout de même bizarre, vous ne trouvez pas?

Vous imaginez qu'elles sont dans un pays X, exploitées d'une manière ou d'une autre?

Louise Lejeune, maman de Julie - Pour ce qui est du pays, on peut tout imaginer. Et si elles étaient quelque part en Belgique?
Jean-Denis Lejeune - En tout cas, je constate qu'on a mis au jour un réseau de pédophilie international à Bruxelles en janvier dernier. Dès lors, il nous apparaît insupportable que des hypothèses allant vers ce type de réseau soient encore minimisées par les enquêteurs!

N'est-ce pas encore plus horrible de penser qu'elles seraient "utilisées" en ce moment même dans le cadre d'un réseau pédophile ou autre que... d'imaginer une issue fatale?

Gino - Si. C'est plus horrible. Mais on se dit que si on les retrouve vivantes, quels que soient les sévices qu'elles aient subis, on aura encore toute la vie pour essayer de réparer...

Désormais, les parents des deux petites martyres auront toute la vie pour tenter de pardonner. Si c'est possible.

En juin 1996, Julie et Mélissa étaient déjà mortes. Mortes de faim, certes. Mortes aussi de l'incompétence des "professionnels" chargés de les retrouver.

Comment oublier les airs de matamore de cet enquêteur croisé un soir chez les parents de Julie et Mélissa?

Aujourd'hui, le temps du jeu du chat et de la souris, des sourires moqueurs et des non-dits est terminé.
Il ne fait d'ailleurs pas de doute qu'un enquêteur pleure. Nous pleurons tous. Mais qui peut comprendre la souffrance des parents et de leurs proches?

Michel Bouffioux.

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