vendredi 30 mai 2008

Recueillement ministériel à Grâce-Hollogne


Recueillement ministériel à Grâce-Hollogne

« Vers l’Avenir » du mardi 20 août 1996 page 12

Lundi après-midi, les petits cercueils blancs de Julie et Mélissa ont été transférés de la morgue de Liège au funérarium de Grâce-Hollogne. Longuement, une foule émue défile en silence.

Après une visite de condoléance et de sympathie aux parents de Julie et Mélissa, le ministre de la justice,Stéfaan De Clerck,s’est recueilli devant les corps des victimes de la perversité

Les parents qui, parmi les objets qu'on leur a rendus, n'avaient reconnu qu'une paire de boucles d'oreilles, ont demandé une comparaison de la dentition des petites, par radiographie. Celle-ci a permis de déterminer, pour les parents, qu'il s'agissait bel et bien de leurs enfants, ce dont humainement ils voulaient bien entendu être convaincus,

En fin d'après-midi, le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, s'est rendu personnellement auprès des parents des fillettes. Il n'a fait aucune déclaration à sa sortie.


Les parents, de leur côté, ont courageusement accepté de nous résumer leur entrevue : « Le ministre est venu de sa propre initiative. Il faut dire que, depuis le début, nous avons toujours pu bénéficier de son respect et de son soutien. Il a tenu à nous dire qu'il était désolé et touché par ce qui nous arrivait, d'autant qu'il avait commencé son mandat avec la disparition des petites.

Il s'est également déclaré choqué et attristé par l'aboutissement de l'enquête.

En ce qui concerne son déroulement, chaque fois que nous lui avons demandé quelque chose, il a agi Et il a reconnu que la création de la cellule spécialisée en ma fière de disparition avait été mise sur pied sous notre impulsion. II s'est dit aussi positivement étonné de voir en nous des gens qui connaissaient à ce point le fonctionnement de la Justice... »

De leur côté, les parents ont demandé au ministre une protection spéciale et rapprochée pour les prévenus tant que l'enquête ne serait pas terminée. En ce qui concerne les revendications de peine de mort : « Je suis contre », explique Gino Russo.

Qu'il y ait des peines incompressibles, et impérativement un suivi sérieux des gens qui sortent. Et surtout, renchérit son épouse, qu'on prenne en considération les victimes et leur famille.
Dans des histoires de disparition, tenir les parents à l'écart est non seulement nuisible à l'enquête, nous venons d'en avoir la preuve, mais aussi psychologiquement insupportable pour les parents.

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Stéfaan De Clerck : « Malheureusement le dossier administratif était correct »

«Vers l’Avenir» du mardi 20 août 1996 page 12

Le ministre de la Justice l'a répété : il faut revoir en profondeur les modalités et les procédures d'accompagnement de la liberté conditionnelle.

La libération conditionnelle de Marc Dutroux, le 6 avril 1992 ? « Formellement, le dossier était administrativement correct, a commenté hier devant la presse le ministre de la Justice Stefaan De Clerck.


«Malheureusement, il y avait aussi l'effroyable réalité, celle de la personnalité de Dutroux, simulateur démoniaque.» En passant en revue les diverses conditions imposées pour cette libération conditionnelle, le ministre a mis le doigt sur de sérieux dysfonctionnements. Par exemple, le rapport du neuropsychiatre est du ressort du secret médical.
Pour être «administrativement en règle », Dutroux devait simplement rendre des attestations de visite... @INTT:Nouveau niveau

Le ministre ne s'est pas prononcé pour l'instauration de peines incompressibles pour les délits à caractère sexuel, encore moins pour le rétablissement de la peine de mort.
L'idée, c'est plutôt de créer un niveau judiciaire nouveau, qui déciderait ou non de la libération anticipée.

En attendant cette réforme qui nécessite aussi une nouvelle législation, Stefaan De Clerck veut mettre en place une commission pénitentiaire spécialisée dans le traitement des dossiers de demandes de libérations conditionnelles.

D'autre part, une enveloppe budgétaire de 48 millions devrait être débloquée dans les prochains mois pour renforcer les structures spécialisées dans le suivi des délinquants à caractère sexuel. C'est notamment le cas dans six établissements pénitentiaires, dont Marneffe et Mons.

Le ministre a aussi réagi aux reproches formulés par les parents de Julie et Mélissa avant de rappeler les lignes de force de son action présente et future.
Nous les passons rapidement en revue ci-dessous.

Les reproches
On n'a pas réagi assez rapidement lors de la disparition de Julie et Melissa : « Les critiques étaient fondées, reconnaît le ministre. Lors de l'enlèvement de Laetitia, la situation a été évaluée plus rapidement et avec un maximum de rigueur .

On n'a pas voulu prendre en compte le phénomène de la pédophilie :

« C'est un reproche qui n'est pas fondé. Toutes les pistes ont été examinées, la preuve en est cette perquisition opérée en août '95 chez Dutroux. Malheureusement, constate le ministre, les moyens machiavéliques mis en oeuvre par Dutroux n'ont pas permis de découvrir les enfants.

Les familles n'avaient pas accès à l'enquête : «La revendication est légitime. II convient d'améliorer les relations des enquêteurs avec la famille des victimes ainsi que l'accès de celle-ci au dossier. » Précisons que cette question sera examinée au parlement dans le cadre du projet de loi rédigé par la commission Franchimont.

Les enquêteurs ont-ils travaillé correctement?

« J'ai demandé au procureur général de Liège Mme Thily d'effectuer un relevé des devoirs d'enquête pour voir si l'on peut découvrir des erreurs et négligences.

Pourquoi avoir libéré Dutroux en mars de cette année?

A l'époque, il était en prison de puis le 7 décembre '95 pour un dossier de séquestration illégale et arbitraire et vol (de véhicules) avec violences.
Ces faits concernent des personnes majeures et aucune infraction à caractère sexuel ne semble avoir été commise à cette occasion. On n'a donc pas jugé utile de joindre les deux dossiers pour demander une révocation de la liberté conditionnelle obtenue précédemment. »

Lignes de force
La cellule spéciale, créée en septembre 95: « Elle a prouvé son utilité, il faut lui donner des moyens supplémentaires, notamment par l'apport de maté riel informatique complémentaire.

Le rôle joué par des associations de type Marc et Corine
« Ce sont des structures qui apportent quelque chose en plus.

Le regroupement des enquêtes, comme ici à Neufchâteau : « Cela renforce évidemment l'efficacité.

Les parquets sont dotés maintenant d'un service d'accueil des victimes assuré par des assistants sociaux.

Présenté en juin dernier, le projet de création d'une émission TV de type « appel à témoins» devrait être mis en place pour la fin de cette année.

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Pour Sabine, c’est l’heure de réapprendre à vivre

« Vers l’Avenir » du mardi 20 août 1996 page 12

C'est un détail, vous y êtes attentif un quart de seconde. Et c'est déjà trop. Vous éprouvez un malaise. Sans le vouloir, vous avez reconnu la petite Sabine à cent mètres dans un groupe de gamines de la résidence du Renard.

Vous n'avez vu aucun visage, pas plus le sien que celui des autres... Mais il y a cette blancheur qui vous brûle les yeux quand toutes les autres sont bronzées en cette fin d'été de feu. Sabine n'a pas vu la lumière si longtemps. Sabine, lentement, revient au jour...

Guy Dardenne, le père, poursuit son rôle relais auprès des médias. Il se veut disponible, dit-il, parce qu'il sait que sans l'appui des télévisions, radios, journaux, sans le secours d'associations qui ont droit d'antenne et de papier, sa petite fille ne lui aurait peut-être pas été rendue vivante. Pourtant, chercher à le rencontrer aujourd'hui, n'est-ce pas verser dans une forme de voyeurisme...
Et ne pas le rencontrer, n'est-ce pas signifier que l'attention s'estompe s'estompe...

Fais les choses comme tu les sens
L'homme ne fait pas mystère de ce qu'il ressent. Il savait que l'euphorie des retrouvailles n'aurait qu'un temps. Toute la famille attendait le choc en retour. Après ce qu'elle a vécu, Sabine ne veut plus voir un homme.


Elle a comme de l'aversion pour moi. Je m'y étais préparé mais c'est dur... Même quand sa maman lui passe la main sur l'épaule, elle se détourne. Elle ne veut plus le moindre contact physique.

La jeune fille commence néanmoins à reprendre ses habitudes dans la résidence. Tant bien que mal. Des copines viennent la voir chez elle. Elle aussi se rend chez des amies, mais toujours avec une adulte.
Ce n'est pas qu'on veuille la surveiller, mais c'est elle qui préfère. On lui a dit : maintenant que tu es rentrée chez toi,tu fais tout comme tu le sens.. .

« Les appareils photos, vous comprenez... »
Quand Sabine s'approche de nous, elle reconnaît des voitures de presse. Elle se rend compte que nous n'avons pas d'appareil photo et rentre par la porte latérale qui donne accès au jardin.
La voisine qui l'accompagne nous le confirme: « Elle m'a dit,on peut y aller, ils n'ont pas d'appareil.

Guy Dardenne : « Vous comprenez, les appareils photos, les caméras... » Il y a des silences qui en disent long.
Des conditions de détention, peu de choses peuvent s'écrire. On a dit qu'il y avait une télé...mais c'est Dutroux qui choisissait les programmes, à la mesure de ses fantasmes pervers.
Quant à l'alimentation, elle était faite de pain sec, même moisi, de conserves, et d'eau.

Privée de toute information extérieure, Sabine n'a jamais rien su de l'élan de mobilisation pour la retrouver. C'est par Laetitia qu'elle a su qu'il n'y avait jamais eu de demande de rançon. Elle a compris que les lettres que ses ravisseurs lui disaient d'écrire à ses parents n'avaient jamais été postées.
Elle a découvert que tant de monde la cherchait, qu'on avait fait des émissions de télé, que les journaux parlaient d'elle, que des affiches étaient diffusées partout en Belgique et à l'étranger...


« Expliquer Julie et Mélissa »

C'est après la messe d'action de grâce de samedi soir que les parents de Sabine ont appris que l'on craignait le pire pour Julie et Melissa.

Nous avons demandé à l'assistante sociale qui avait été la première à la rencontrer le soir de sa libération de venir à la maison pour lui expliquer ça.
Cette dame est venue de Chimay samedi matin.

Guy Dardenne avoue avoir « la haine » à l'égard de Marc Dutroux. Mais le laxisme ambiant à l'égard de la pédophilie l'écoeure tout autant.

Il y a des politicards qui doivent se poser des questions. Ils sont censés nous représenter, qu'ils réfléchissent une fois pour toutes à donner satisfaction aux parents et à leurs enfants plutôt que de se tordre l'esprit sur la réinsertion de ce genre de danger public.

Il conclut : « J'étais persuadé que si l'on retrouvait une des fillettes, on les retrouverait toutes petit à petit... Mais franchement, vous croyez que c'est le hasard qui fait que des pédophiles de Charleroi mettent le cap sur Kain, choisissent une rue menant au collège ou arpentent les abords de la piscine de Bertrix... Je suis convaincu du contraire depuis le début. »

De la même façon qu'il y a un an et demi, certains ne voulaient pas croire à l'enlèvement de Julie et Melissa - « pas chez nous, pas en Belgique» -, certains seront tentés d'exclure l'hypothèse de rabatteurs - «pas chez nous, pas en Tournaisis » -... Il est trop tôt pour dire si des ramifications de cet odieux réseau existent ici mais, dans ce dossier, plus rien ne pourra être écarté au nom du fait que « chez nous, ce n'est pas possible. »

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Un papa au calvaire de sa fille

« Vers l’Avenir » du mardi 20 août 1996 page 12

Lunettes fumées et jogging, le père de Julie est venu, lundi matin, à Sars-la-Buissière,Incognito.

Alors que la foule ne s'agglutine plus, comme la veille et depuis que la terrible nouvelle est tombée, pour se recueillir et déposer fleurs et peluches devant la propriété où les corps des deux fillettes ont été exhumés.

Très ému, cherchant toujours à comprendre l'insondable, Jean-Denis Lejeune s'est rendu au fond du terrain, là où Marc Dutroux avait creusé la tombe avec son excavateur.

Très vite, le papa de Julie a quitté ces lieux maudits, pour se rendre à Marcinelle,avenue de Philippeville, dans la maison où quatre fillettes ont été séquestrées et où deux sont vraisemblablement mortes.
N'ayant pas accès au bâtiment et à sa sinistre cave, une voisine l'a conduit à l'arrière de la maison. Il reviendra peut-être en compagnie d'un enquêteur.

Hier, les travaux de fouilles n'ont pas repris à Sars-la-Buissière, les enquêteurs espérant vraisemblablement de nouveaux aveux précis avant de se remettre à l'ouvrage. En attendant, ils ont entrepris de vider le terrain des carcasses de véhicules qu'il contient. À la fois pour y trouver des indices et pour dégager l'espace en vue de poursuivre des fouilles.
Une nouvelle CX grise a été emportée. Dimanche au soir, c'est un minibus Merceries, immatriculé normalement, qui avait été saisi.
Soit le troisième véhicule de ce genre ressemblant, de près ou de loin, à celui qui a été observé par des témoins au moment de plusieurs enlèvements.
Les fouilles étaient également arrêtées depuis dimanche soir à Mont sur-Marchienne, dans le jardin de Michaël Diakostavrianos.

Mais les enquêteurs - qui auraient aussi perquisitionné dans une maison louée par Dutroux à Jumet - ont continué à fouiller, jusqu'à deux heures du matin, la maison de Mont-sur-Marchienne.
Au numéro 17, mais aussi dans la maison voisine, appartenant à un Turc actuellement à l'étranger.

Sur la porte « du Grec », les voisins ont recouvert de peinture les insultes qu'un quidam est venu inscrire.

Rappelons que Michaël Diakostavrianos est libre et n'a pas été inculpé. Il était seulement en relation avec Dutroux, qui avait effectué des travaux de terrassement dans son jardin.


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Claude Javeau, sociologue: « Méfions-nous de l'audience facile »

« Vers l’Avenir » du mardi 20 août 1996 page 12

Professeur de sociologie à I'ULB, Claude Javeau porte un regard lucide et éclairé sur le drame en tant que « phénomène collectif ».

Entretien.
- Quel est le sentiment du sociologue au lendemain d'un tel drame?
- Tout d'abord, je suis très frappé du comportement de l'appareil médiatique qui manque cruellement de réserves. II s'agit d'une affaire douloureuse, compliquée. Je pense que les médias, audiovisuels surtouts, en font trop.
Comme c'est souvent le cas dans de telles circonstances. On vit en régime de surabondance d'informations. Tout est montré, déballé, offert au public avec parfois un manque évident de recul face à l'événement. Certains tombent dans le piège de l'audience facile et les dérapages sont fréquents.
Je suis frappé de voir, par exemple, le nombre d'imperfections, de coquilles, de manquements, au niveau du traitement de l'information.

- Un sentiment de peur et d'angoisse gagne aujourd'hui les citoyens. Comment expliquez-vous cela?
- Ce drame renvoie à des notions telles que l'enfance sacrée, qui est un bien rare et protégé, la pédophilie généralisée et la mort – dans ce qu'elle a de plus épouvantable. L'émotion populaire est exacerbée.
Le public vit un drame de proximité et se sent directement touché.
Quand plusieurs milliers d'enfants du Rwanda meurent dans un génocide, on dit « c'est affreux ! », puis on ferme les yeux.
Ici, tout le monde se sent touché personnellement. Et puis, je pense qu'il y aussi une part importante de voyeurisme propre à l'être humain.

- La raison chavire, l'émotion prend largement le dessus et les portes du poujadisme sont grandes ouvertes.
- La foule est difficilement canalisable, il faut se méfier des réactions sur le vif. Ce n'est pas le peuple qui fait la loi. La justice n'est pas une affaire de vengeance, mais bien de compétence et de sérénité.

- Précisément, dans cette « affaire », apparaît aussi un fossé gigantesque entre le citoyen et l'Etat.
- La fracture entre le corps social et l'État est, en effet, très grande. Le message du citoyen est clair : nous n'avons plus confiance en la justice. Le pouvoir judiciaire va devoir tirer des conclusions globales sur son fonctionnement.
Le monde politique aussi va être mis devant ses responsabilités. Ce que je crains, par-dessus tout, c'est la démagogie politicienne qui consiste à « récupérer » le drame pour prendre ouvertement des positions en vue de séduire son électorat.


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MelchiorWathelet : « Abomination »

« Vers l’Avenir » du lundi 20 août 1996 page 12

Actuellement en Italie et l'objet de critiques pour avoir signé la libération de Marc Dutroux, Melchior Wathelet, ancien ministre de la Justice, a publié, lundi, le communiqué suivant :

« En sachant que tant mes mots que mon silence pourront être critiqués ou jugés dérisoires, en sachant aussi qu'aucune statistique sur les libérations conditionnelles, qu'aucune explication politique ou administrative, même s'il faut les donner comme Monsieur le ministre de la Justice vient de le faire, ne peuvent tenir devant pareille abomination, je me dois de dire que je ne peux qu'être horrifié par ces crimes, m'incliner avec respect devant la douleur des parents et des proches et comprendre leur colère. »

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An et Eefje : Toujours une piste porteuse d’espoir

« Vers l’Avenir » du mardi 20 août 1996 page 11

A Neufchâteau, magistrats et enquêteurs entretiennent le secret autour des informations qu'ils détiennent. La raison : le réel espoir qu'ils ont de retrouver An et Eefje vivantes, comme ils l'ont fait savoir aux parents des jeunes filles.

Quant à la compagne de Marc Dutroux, Michèle Martin, elle a vu lundi après-midi son mandat d'arrêt confirmé.

Le procureur du Roi de Neufchâteau, M. Michel Bourlet, n'a livré qu'une seule information, lundi : « Je ne dirai rien sur l’état d'avancement de l'enquête, nous a-t-il déclaré, car il reste un réel espoir de retrouver An et Eefje vivantes, »

Magistrats et enquêteurs comptent donc sur la discrétion de leur travail pour donner un heureux aboutissement aux recherches qui concernent ces deux jeunes Limbourgeoises, aujourd'hui âgées de 20 et 18 ans. Jeudi, il y aura un an qu'elles ont été enlevées, le long de la côte belge, entre Blankenberge et Ostende.

Leur vie au prix de la discrétion
Certains journaux flamands ont évoqué, lundi, la présence d'An et Eefje en Europe centrale, dans un réseau de prostitution. Cette information n'est pas confirmée : elle est qualifiée de piste intéressante par l'un, quand l'autre n'y croit pas trop.

En tout cas, la révélation publique de la bonne piste, avant la délivrance des jeunes filles, risquerait de les faire disparaître à jamais et c'est précisément ce que les responsables de l'enquête cherchent à éviter.
M. Bourlet nous a également déclaré qu'il avait prévenu les familles d'An Marchal et Eefje Lambrecks, à la mi-journée, de l'espoir de retrouver les jeunes filles.

Michèle Marin reste en prison
À Neufchâteau, des badauds étaient présents dès lundi matin devant le palais de justice, à l'annonce de la chambre du conseil qui devait voir comparaître Michèle Martin, la femme de Marc Dutroux. Les deux oeufs écrasés sur la route et les cris d' « assassin ! » lancés à un quelconque justiciable amené le matin par fourgon cellulaire ont montré qu'ils étaient là pour exprimer leur colère.

L'après-midi, ils étaient une soixantaine. Une nouvelle pétition circulait dans la région et sur la place du palais de justice pour réclamer un durcissement des peines vis à vis des pédophiles.

Devant le ton menaçant de la foule, vendredi dernier sur la place du palais de justice de Neufchâteau, le procureur du Roi avait annoncé que les chambres du conseil pourraient se tenir dans un endroit secret. Ce fut le cas hier pour la confirmation du mandat d'arrêt à l'encontre de Michèle Martin.


À sa charge, le parquet retient actuellement la complicité dans l'enlèvement et la séquestration de mineurs d'âge, pour les faits qui concernent Sabine Dardenne et Laetitia Delhez.
Il n'est, en effet, pas encore question de délits sexuels et d'homicides car l'enquête ne permet pas encore de formuler précisément et nommément ces charges, comme d'ailleurs pour les autres suspects de ce dossier.

Succès pour l'analyse criminelle
L'arrestation de Marc Dutroux et de trois complices, de même que les fouilles entreprises chez lui, ont mis en évidence l'utilisation de méthodes hollandaise et américaine. La première concerne les fouilles, nous en parlons par ailleurs ; la seconde concerne l'enquête. La méthode dite américaine repose sur l'analyse criminelle.

Tant à la gendarmerie que dans la police judiciaire, du personnel a été récemment forme à cette analyse. La personne désignée pour un dossier prend rapidement connaissance de tous les documents, rapports d'expertises balistiques ou médicales, procès-verbaux de perquisitions ou d'auditions, etc.

Le travail d'analyse se déroule en marge de l'enquête, sans contact avec les suspects et sans travail de terrain. L'analyste relève les points communs entre les faits,les personnes ; il dresse une chronologie des faits, des découvertes ; il bâtit la trame ou l'organigramme des relations entre les personnes, établit des liens entre des causes et des effets. De même, l'analyste relève les contradictions dans les auditions des suspects, les carences dans les recherches. Cela permet de souffler aux enquêteurs des questions intéressantes, de piéger le suspect.

Prendre rapidement du recul
L'absence de contacts avec les suspects et les victimes évite que des émotions masquent des hypothèses, permet d'éviter au maximum qu'on néglige une piste qui peut paraître insignifiante à quelqu'un d'autre.
En un mot comme en cent, cette méthode permet de prendre du recul par rapport au dossier, mais rapidement.
Cette analyse vient de faire ses preuves, comme l'a souligné le lieutenant-colonel Jean-Marie Stockmans, qui commande le district de gendarmerie de Marche-Neufchâteau-Bastogne.

Rapidement après la disparition de Laetitia, l'analyse criminelle a permis de recouper des informations vitales. Bien sûr, cette analyse n'est pas fondamentalement nouvelle : tous les travaux d'enquête ont toujours concouru à tisser ensemble les éléments d'un dossier. Mais une procédure rigoureuse et la mise à l'écart de l'analyste lui ont donné un souffle nouveau,


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Entre Blankenberge et Ostende, il y a bientôt un an

« Vers l’Avenir » du mardi 20 août 1996 page 11

Marc Dutroux a donc avoué avoir enlevé et séquestré An Marchal et Eefje Lambrecks, originaires de Hasselt et qui ont disparu le 23 août 1995, à 1 h 18, après avoir assisté à un spectacle de l'hypnotiseur Rasti Rostelli au casino de Blankenberge. Son comparse, Michel Lelièvre, aurait expliqué le scénario imaginé pour ce double enlèvement et donné des détails sur sa réalisation.

Rappelons qu'à l'issue du spectacle, les deux jeunes filles n'ont pas rejoint le camp de vacances Marina à Westende, où elles séjournaient avec un groupe d'amis appartenant à la troupe théâtrale Harlekijn, de Hasselt. An et Eefje ont pris le tram de la côte et sont descendues à Ostende.
Les enquêteurs perdent, là, leur trace.

Battues et appel
Dans les jours qui ont suivi la double disparition, un vaste élan de solidarité s'était manifesté, tout comme quelques semaines auparavant lors de la disparition de Julie Lejeune et Mélissa Russo à Grâce-Hollogne. Proches, amis, bénévoles anonymes avaient participé à des battues dans plusieurs localités du littoral ainsi qu'à une large diffusion d'affiches au portrait des deux jeunes filles.

En vain.
Un appel lancé par les parents des deux jeunes filles aux présumés ravisseurs, le 2 septembre sur les antennes de VTM, était resté sans réponse. Un placardage d'affiches à Amsterdam et Rotterdam, ainsi qu'une recherche dans le Nord de la France, n’ont pas livré davantage de résultats.

En une année, les enquêteurs avaient également vérifié plusieurs pistes au-delà des frontières.
En décembre dernier, une commission rogatoire s'était rendue en vain en Espagne où des témoins affirmaient avoir aperçu les deux disparues. Un mois plus tard, deux membres de la PJ de Bruges s'étaient rendus aux Canaries à la recherche d'une piste. Ils étaient également rentrés bredouilles.

Colère
Plus récemment, les parents d'An avaient laissé entendre qu'il pouvait exister un lien direct entre le spectacle d'hypnotisme auquel An et Eefje ont assisté - et participé-et leur disparition.

Hier, lundi, le père d'An Marchal a manifesté sa colère sur les antennes de la RTBF-radio, devant ce qu'il juge être des incuries de la justice lorsque des disparitions d'enfants lui sont signalées.

Et de regretter vivement que « les enquêteurs ont attendu 10 jours avant de lancer les recherches parce qu'ils privilégiaient la thèse de la fugue ».
Le père d'An Marchal n'apprécie pas davantage d'avoir découvert certains éléments de l'enquête par la presse.


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Michel Lelièvre, un oiseau migrateur

« Vers l’Avenir » du mardi 20 août 1996 page 13

Qui est Michel Lelièvre, le complice de Marc Dutroux ? Ce jeune homme effacé, qui porte aujourd'hui les cheveux longs et une moustache, passe au second plan de l'actualité.

Son rôle est pourtant essentiel. Il a, au moins, participé aux enlèvements de Julie et Mélissa, en juin 95, et à ceux de An et Eefje, en août 95.

C'est lui qui aurait négligé de nourrir Julie et Mélissa pendant la détention de Marc Dutroux, entre décembre dernier et mars 96.

Michel Lelièvre est le plus jeune de la sinistre bande. Il est né à Namur le 11 mai 1971.
Tel un oiseau migrateur, ce jeune homme blond, un peu chétif, sans profession, a souvent déménagé. On trouve sa trace notamment à la rue Roi Albert à Taurines ; à la rue Saint-Michel à Dinant, où il fut pompiste ; à l'allée de Coquelicot à Hastière et puis, enfin, dans la région de Charleroi.

D'abord à la rue des Hayettes
Lelièvre a d'abord atterri à Mont-sur-Marchienne, 17 rue des Hayettes, dans la maison de Michaël Diakostavrianos, où les enquêteurs recherchent aujourd'hui des traces de An et Eefje.
C'est probablement à cette époque qu'il s'est rendu en Tchéquie avec le Grec et Marc Dutroux, à la recherche de jeunes filles avenantes.
Puis Marc Dutroux lui a proposé de se domicilier dans sa maison de Marchienne-Docherie, au 17 de la rue Destrée.
D'après les voisins, le jeune homme n'y dormait qu'occasionnellement. La bâtisse, proche de l'insalubrité, n'est guère accueillante.

Lelièvre y serait resté tout le mois de juillet, avant d'être arrêté mardi, en même temps que Dutroux. Mais ce n'est pas la première fois que le jeune homme connaît des démêlés avec la justice. En
octobre 1995, il était notamment poursuivi devant le tribunal correctionnel de Namur pour cambriolage perpétré à Sambreville avec trois complices.


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Le bourgmestre de Lobbes: «On savait Dutroux voleur, pas pédophile »

« Vers l’Avenir » du mardi 20 août 1996 page 13

André Levacq, bourgmestre de Lobbes, habite le village de Sars-la-Buissière, à moins de cent mètres de chez Marc Dutroux. «De chez moi, dit-il, je le voyais travailler sur son toit ou son terrain. Les voisins ne manquaient pas non plus de me signaler le moindre incident survenu dans le quartier Je puis ainsi affirmer que personne n’a jamais rien soupçonné des activités pédophiles de Dut roux et de son épouse.

" Contrairement à certaines rumeurs qui ont circulé, ajoute le mayeur, il n y a jamais eu de plainte pour l'usage nocturne de son excavatrice. Les rares plaintes pour tapage concernaient les aboiements de ses chiens quand il ne dormait pas à Sars.

D'autres touchaient à l'usage de la servitude menant à sa propriété. Il était en litige à ce propos avec son voisin direct, le propriétaire du garage et du café. »

Pour cacher ses sinistres pratiques, Dutroux multipliait les couvertures ». « Quand il faisait des trous dans sa propriété avec son excavatrice, note encore André Levacq, il expliquait qu'il s'entraînait au maniement de cet engin paire qu'il effectuait des terrassements pour le compte de particuliers, notamment à Merbes-le-Château et à Marchienne. Il proposait à ses clients » de leur prêter sa caravane, ou une maison qu'il possédait en Roumanie et justifiait ses fréquents voyages.
Et quand on voyait de la lumière, la nuit, dans une annexe de la maison, c'est parce qu'il élevait des poulets et utilisait donc des couveuses artificielles...

Les voisins de Marc Dutroux le considéraient comme un voleur, depuis qu'on avait retrouvé chez lui des radiateurs et du matériel dérobé dans des maisons en construction dans le village.
André Levacq, lui, savait que Dutroux et sa femme avaient fait de la prison, et que l'homme avait bénéficié d'une libération anticipée.

« Mais j'ignorais pourquoi, précise le bourgmestre. Sinon, vous pensez bien que j'aurais ouvert l'œil ou chargé ma police d'une discrète surveillance. »


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Docteur Dutroux et Mister Hyde

« Vers l’Avenir » du mardi 20 août 1996 page 13

Depuis l'annonce de la nouvelle, et à mesure des développements qui ne font qu'en approfondir l'horreur, l'ancienne épouse de Marc Dutroux et leurs deux enfants (aujourd'hui âgés de 19 et 17 ans) s'enlisent dans le cauchemar.
Comme tout le monde, ils assistent, abasourdis, au détricotage de l'écheveau.

Dans ses années de vie commune avec Marc Dutroux, jamais Françoise D. , aujourd'hui remariée et installée dans la région de Morlanwelz, n'a décelé de comportement suspect chez lui. « Nous avions une vie normale, celle d'un couple ordinaire, dit-elle.

Sexuellement, lien ne laissait soupçonner en tout cas l'existence d'une déviance qui a dû, selon moi, se développer plus tard. Je crois effectivement que les choses ont évolué après sa rencontre avec
Michèle Martin, et que c'est sous son influence que ses tendances pédophiles ont progressé et dégénéré.

Dans cette affaire, tout me choque aussi profondément que vous. Pour moi et mes enfants, ce sont des moments difficiles, insupportables même. »

Cachait-il son jeu?
En effet, Françoise D. a l'impression d'avoir été trompée, abusée sur toute la ligne par un conjoint dont elle découvre aujourd'hui le vrai visage. Combien de temps sont-ils restés ensemble ?


Où ont-ils vécu ? Elle ne le dira pas. Dans l'entité de Charleroi, la paisible commune de Goutroux est la dernière à garder trace de leur passage. « C'était notre domicile avant la séparation », souffle Françoise, très éprouvée par les rebondissements de l'enquête.

Connaissait-elle vraiment Dutroux, lui a-t-il toujours caché son jeu ou n'a-t-il sombré dans la démence pédophile qu'en compagnie de Michèle Martin ? Mystère. « II m’est impossible d'affirmer qu'il n'était pas pervers à 1 'époque de notre mariage. Déjà, il voyageait beaucoup. Peut-être profitait-il de ses séjours à l'étranger pour se livrer à des viols d'enfants ou je ne sais quoi d'autre... Après tout ce que l'on a découvert sur lui et ce qui va sans doute suivre, il me semble que l'on peut tout imagines.
Ma famille et moi sommes éclaboussés par cette affaire qui nous dépasse. C'est terrible. Encore plus pour mes deux enfants qui redoutent leur rentrée à l'école. Ils vont devoir affronter' le regard des autres, leurs réflexions, voile leur jugement. Heureusement, ils n'ont jamais eu de contacts importants avec leur père. »

Rester à l'écart
Françoise D. se refuse à recevoir la presse pour exprimer l'indicible. Car les mots sont évidemment dérisoires pour traduire ce qu'elle a sur le coeur. « Vous devez comprendre que c'est dur excessivement dur à gérer comme situation. »


Pour avoir vécu sous le même toit que Marc Dutroux, elle a le sentiment de porter une part de sa culpabilité. Idem pour son fils aîné. « Il à le nom de son père. Tout le monde peut l'identifier. Il craint d'avoir à subir la subir la rancoeur unanime pour des crimes que son père a commis... »

Parce qu'elle pense que son témoignage n'est d'aucun intérêt, et aussi parce qu'elle ne tient pas à associer , sa famille à l'affaire, la première femme de Marc Dutroux renonce à dévoiler des détails sur un épisode de sa vie qu'elle considère comme clos. On n'aura pas non plus de sa part de révélations sur Michèle Martin.
« J'ignore quand et comment ils se sont rencontrés. Je ne veux pas sa voir si ce fut pendant notre mariage. Mes enfants et moi voulons être tenus à 1'écart des remous causés par cette affaire. Je ne me pardonnerais pas qu'on les montre du doigt dans la rue en les insultant. »

Françoise demande à garder l'anonymat. Pour elle, c'est déjà suffisamment pénible de découvrir qu'au lieu d'un père et d'un conjoint, Dutroux était un monstre...


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Sur les traces sinistres de Dutroux

« Vers l’Avenir » du 20 août 1996 page 13

6 novembre 1956: Marc Dutroux naît à Ixelles. Ses parents vivent à Obaix, dans l'entité de Pont-à-Celles, où l'enfant fera ses primaires. Après des études marquées par des problèmes de discipline et de nombreux changements d'école, il sort avec un diplôme A3 en électricité, veut se marier et quitte bientôt ses parents.
En 1978, Dutroux est domicilié à La, Louvière. Il a épousé Françoise qui lui donnera deux enfants, aujourd'hui âgés de 19 et 17 ans.

Septembre 1982, le couple s'installe à Goutroux, au numéro 4 de la rue des Anémones.
Un couple « sympa » d'après les voisins, qui décrivent Dutroux comme serviable. Mais après quelques années, c'est la séparation. Commence une autre période, celle - infernale – du couple qu'il forme avec Michèle Martin.

Février 1986, Marc Dutroux se retrouve derrière les barreaux à Jamioulx. II a été arrêté pour une épouvantable affaire de viols d'enfants, avec séquestration, et pour l'agression d'une vieille dame qui a subi des tortures.
Des faits commis en 1985. Il restera en préventive jusqu'à son jugement en 1989. II est condamné par la cour d'appel de Mons à 13 ans et 6 mois de prison pour les faits de 1985.
Michèle Martin en prend pour 5 ans et Van Petteghem pour 6 ans.

8 avril 1992, Marc Dutroux est libéré. Mais il a bénéficié de congés pénitentiaires depuis 1991.
Le 26 février 1991, Nathalie Geijsbregts a été enlevée à Bertem. On parle alors d'une CX grise.

ler juillet 1992, Dutroux se domicilie à Jemeppe-Sur-Sambre, dans la maison de sa grand-mère décédée la même année.
Un litige sur cette maison l'oppose à sa mère. On ne l'y voit guère. Le 5 août 1992, la petite Loubna Ben Aissa disparaît à Ixelles. On évoque une camionnette blanche.

10 août 1994, Marc Dutroux se domicilie à nouveau avenue de Philippeville à Marcinelle.
Michèle Martin, elle, a fait changer son domicile 8 jours auparavant, pour la propriété de Sars La-Buissière que le couple a achetée deux ans auparavant.

24 juin 1995, Julie et Mélissa sont enlevées à Grâce-Hollogne par Lelièvre et Weinstein.
Dutroux séquestre les fillettes dans la cave de la maison de Marcinelle.
An et Eefje disparaissent à Ostende le 22 août.

6 décembre 1995, Marc Dutroux est à nouveau arrêté pour une histoire de vols et séquestration. Des perquisitions sont effectuées à son domicile. Il restera à Jamioulx jusqu'au 20 mars 1996.
I1 aurait enterré Julie et Mélissa peu après sa libération, après avoir exécuté son complice Weinstein.

Le 28 mai 1996, Sabine est enlevée à Kain et séquestrée à Marcinelle. Elle sera rejointe dans son calvaire, le 9 août, par la petite Laetitia enlevée à Bertrix.

Le 13 août 1996, Dutroux, Martin et Lelièvre sont arrêtés à Sars-la-Buissière, en revenant de la maison de Marcinelle où les enquêteurs perquisitionnent. Ce n'est que deux jours plus tard que ceux-ci découvriront, sur indication du suspect, la prison de Laetitia et Sabine. Vivantes.

Le 17 août, les corps de Julie et Mélissa sont exhumés de terre à Sars-la-Buissière.


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Sylvie, enlevée à Charleroi, veut témoigner

« Vers l’Avenir » du mardi 20 août 1996 page 13

Lundi, les gens continuent de s'arrêter devant la maison de la rue de Philippeville, à Marcinelle. Sur la porte du bâtiment où furent séquestrées Sabine et Laetitia - et sans doute Julie et Mélissa avant elles - les fleurs s'amoncellent, les témoignages d'affection aussi.
Un petit mot sur des coussins mortuaires jure à Julie et Mélissa qu'elles restent vivantes dans les coeurs.
Au milieu de l'émotion, Sylvie et sa maman ont le coeur serré.
Elles ont besoin de parler, de dire qu'elles ont failli vivre le même cauchemar. En mai 1989, Sylvie avait 17 ans. Elle sortait à Charleroi avec sa copine Laurence, 19 ans.
Dans un café de la ville haute, elles ont été abordées par deux individus. Puis, quelques heures plus tard, elles se sont retrouvées dans une auberge de Rosée, face à deux violeurs déterminés.

Le même réseau ?
Laurence a pu donner un coup de couteau a l'un des agresseurs. Elle a sauté par la fenêtre,nue, pour chercher du secours.
Sylvie n'a été libérée que plus tard. Les deux hommes ont été inculpés de viol, mais leur procès n'a pas encore abouti.
« Pourtant, l'un d'entre eux, Lucien Vial, est connu pour être pédophile. Il paraît qu'il y a bien quatorze plaintes contre lui », s'étonne Sylvie.
La jeune fille ne comprend pas que justice ne lui a jamais été rendue. « Mes agresseurs m’ont dit
qu 'on me retrouverait morte dans un caveau ou que je partirais à l’étranger si j’avais de la chance, se souvient-elle.
A mon avis, ils faisaient partie d’un réseau. Peut-être celui de Dutroux. Mais l'enquête n â rien démontré. »
Hier, Sylvie est retournée à la BSR de Charleroi, pour faire une nouvelle déposition. Elle veut aussi se rendre à Neufchâteau où l'on centralise les enquêtes sur les disparitions d'enfants. La tragédie de ce 15 août lui a donné un nouvel espoir, l'espoir qu'enfin soit mis un terme aux infâmes activités des réseaux de pédophiles.


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Trois adultes séquestrés à Jumet

« Vers l’Avenir » du mardi 20 août 1996 page 13

Marc Dutroux était détenu à Jamioulx de décembre 1995 à mars dernier. D'après ses aveux, c'est pour cela que Julie et Métissa ont dépéri.
Mais pourquoi Marc Dutroux était-il en prison ? L’histoire, rocambolesque, implique Bernard Weinstein, dont on a retrouvé le cadavre aux côtés de ceux des deux gamines.

Weinstein, Français d'origine, avait acheté un bungalow en bois et les hangars attenants, au numéro 65 de la rue Daubresse, à Jumet, dans le nord de Charleroi. La, propriété, en contrebas de la rue, ne paie pas de mine.
Le Français l'aurait acquise pour un million quatre cent mille francs, voici quatre ans environ.
Par après, il avait pris une option et versé cent mille francs pour le chalet voisin, plus confortable et où il avait reçu sa mère, en octobre dernier.

Weinstein n'exerçait pas de véritable métier. Lui aussi électricien de formation, il occupait ses journées à réparer des camions. Solitaire, gentil, d'une politesse rare, ses voisins l'avaient presque pris en amitié.
Nadine, qui habite en face, allait nourrir son chien et ses poules lorsqu'il s'absentait trop long temps. Chacun l'avait invité à prendre un verre, au moins une fois.
Mais le Français ne parlait jamais de lui. II recevait quelque fois des messieurs - pour des problèmes de mécanique.
Marc Dutroux était de ceux-là. Lors qu'il venait à Jumet, sa femme et ses enfants attendaient dans la CX grise. Dutroux ne restait généralement pas très longtemps.

Drogués et enchaînés

Et puis une nuit, le 3 novembre 1995, la police communale,les pompiers et une ambulance .ont débarqué rue Daubresse. Ils ont véritablement assiégé le bungalow pour en extraire deux hommes et une femme sur des civières. Depuis, Bernard Weinstein n'a jamais réapparu - enfuite, pensaient les voisins. Exécuté par Dutroux, a-t-on appris samedi passé.

En novembre, une instruction a été ouverte chez le juge Lorent, de Charleroi, à charge de Weinstein. Le témoignage des rescapés a permis de reconstituer la soirée du 3 novembre. Un des deux hommes travaillait avec Weinstein et Dutroux sur des réparations automobiles. Ce soir là, Weinstein l'avait fait venir chez lui. Il y était allé avec un copain. Weinstein et Dutroux les attendaient.
Ils les soupçonnaient de leur avoir dérobé deux camions et voulaient des explications. La confrontation s'est dégradée. Dutroux et Weinstein ont drogué et enchaîné leurs victimes. Ils ont dérobé leur voiture pour se rendre chez l'un d'eux. Là, ils sont tombés sur sa fiancée, à qui ils ont raconté que son ami avait eu un malaise et qu'elle devait les suivre. Confiante, elle s'est retrouvée à Jumet où elle fut droguée à son tour.
Mais ses agresseurs ont oublié de l'enchaîner. Erreur fatale.









Le même avocat
Pendant que Weinstein et Dutroux retournaient chez leur détenu, à bord de sa, voiture, la jeune femme à moitié consciente a pu s'échapper et appeler du secours. Les policiers ont débarqué, créant l'émoi dans le quartier. Ils ont pu libérer les deux hommes, emportés sur des civières, mais n'ont pas su mettre la main sur les deux geôliers.
Weinstein n'a jamais réapparu. Dutroux a été intercepté quelque temps plus tard. Inculpé de vols avec violences et séquestrations, il a été écroué à la prison de Jamioulx, le 7 décembre 95.

Le 13 décembre, les enquêteurs perquisitionnaient dans le cadre de ce dossier à Sars-la-Buissière, mais aussi à Marchienne-au-Pont et à Gosselies. Son avocat était alors le Carolorégien Philippe Mayence, celui-là même que Michèle Martin, l'épouse de Dutroux, voulait consulter la semaine dernière.

Déontologiquement, MeMayence s'y est refusé. Me Bouchat, un autre Carolo, défendra donc la jeune femme.
Marc Dutroux été remis en liberté le 20 mars 1996. Le juge Lovent n'a en effet pas pu mener son enquête à terme, Weinstein, le principal protagoniste, restait introuvable.

Le 20 mars, c'était trop tard pour sauver Julie et Mélissa.
Weinstein aurait alors tenté de « doubler » Dutroux. Ce qui lui a valu de se retrouver mort et enterré avec les deux malheureuses enfants. Le dossier de cette séquestration quitte Charleroi pour Neufchâteau.
Il sera joint aux dossiers Sabine, Laetitia, Julie, Mélissa, An, Eefje,...

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