jeudi 29 mai 2008

Des démons aux manières d’anges


Des démons aux manières d’anges

« La Meuse » du mardi 20 août 1996 page 14

Pour Marie-France Botte, les pédophiles sont les plus manipulateurs des détenus atteints de pathologies

Une déviance, une perversité, une maladie... Devant la pédophilie, c'est généralement le scepticisme et l'incompréhension qui dominent. Souvent aussi le dégoût.

On éprouve bien des difficultés à comprendre ce qui se passe dans le cerveau des personnes qui s'adonnent à cette pratique. D'autant plus que, dans la plupart des cas, ce sont des gens sûrs de leur bon droit. Alors qu'ils ne sont que des délinquants.

«Avant d'être des malades, ce sont d'abord des délinquants sexuels», explique Marie-France Botte.

Actuellement au Cambodge où elle poursuit son combat contre la prostitution enfantine, elle n'en a pas moins été émue de ce qui vient d'être mis au jour en Belgique. Emue et scandalisée.
Jointe par téléphone à Phnom Penh, elle a redit l'urgence de prendre des mesures concrètes à l'égard des pédophiles.

Elle a aussi expliqué quelques caractéristiques de la pédophilie et pourquoi les peines qui sont infligées à ces gens doivent être lourdes.

« Ils enfreignent la loi et la peine dont ils écopent doit être à la mesure de l'acte qu'ils' ont commis. Pas seulement pour les punir mais parce que c'est la seule façon d'espérer leur faire prendre conscience du mal qu'ils ont fait. Car ce sont des gens tout à fait certains de leur bon droit. »

Les pédophiles, en effet, n'imaginent même pas commettre un crime en agissant comme ils le font. Ils ont même plutôt tendance à considérer que c'est la société qui est réactionnaire. D'où la nécessité de leur faire prendre conscience du mal qu'ils causent.

«En plus, dit Marie-France Botte, ce sont des personnes incapables de contrôler leurs pulsions sexuelles. C'est pourquoi, il faut absolument les prendre en charge pendant leur détention et, après leur sortie de prison, il est indispensable de poursuivre le traitement et de les suivre.

D'autres pays, dans ce domaine, sont beaucoup plus avancés que nous.
C'est souvent le Canada qui est cité en exemple. Une des caractéristiques de la conception canadienne est que l'on considère les pédophiles de la même manière que les alcooliques; c'est-à-dire susceptibles de rechuter à chaque instant.

Pour toutes ces raisons, il paraît évident que ces gens ne peuvent pas être laissés dans la nature sans surveillance.

Marie-France Botte fait par ailleurs remarquer qu'au contraire, en Belgique, ces cinq dernières années ont été marquées par de nombreuses libérations de pédophiles ; libérations qui ont mal tourné plus d'une fois.

Elle rappelle, notamment, le cas de cette grâce royale qui avait permis la remise en liberté d'un pédophile octogénaire qui, une fois dehors, s'en était à nouveau pris à une petite voisine.
« Qu'est-ce qu'ils croient, ceux qui décident de ces libérations ?, s'exclame M.-F. Botte. Qu'un octogénaire ne peut plus avoir de pulsions sexuelles...

« Toutes ces libérations, poursuit-elle, interviennent parce qu'en prison, ce sont des hommes très dociles. De toutes les pathologies que l'on observe en prison, c'est celle où il y a le plus de manipulateurs, de simulateurs.

Ils jouent le repentir et ça marche apparemment très bien. Ils sont capables de manipuler les surveillants, les assistants sociaux et le ministre de la Justice. »
Cette caractéristique explique aussi que ce soient des spécialistes qui doivent les suivre. Or, dans l'état actuel des choses, le personnel du ministère de la Justice qui traite ces dossiers n'a aucune formation particulière dans ce domaine précis. Les médecins qui les voient ne sont pas non plus des spécialistes de la pédophilie.

« Les carences sont à tous les niveaux», affirme M.-F. Botte.
Enfin, elle se scandalise du fait que la Belgique s'apprête à prendre la parole lors du sommet mondial contre les violences sexuelles faites aux enfants. Des ministres belges et la Reine seront présents et y feront des déclarations.

«Il est honteux, dit-elle, que la Belgique y aille pour prendre la parole alors que d'autres pays sont beaucoup plus avancés dans ce domaine. La Belgique n'a aucune leçon à donner dans cette matière. »

Pascale Séféridis

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Depuis l’enlèvement, tous les enfants sont sous haute surveillance

« La Meuse » du mardi 14 août 1996 page 14

Une des conséquences de la disparition de Julie et Mélissa aura été de réduire l'espace de liberté des enfants.
Ma mère m'a interdit de sortir dans ma rue pour faire du vélo », « Déjà avant mes parents me disaient qu'il ne fallait rien accepter de personne, mais lorsque Julie et Mélissa ont disparu, ils me le répétaient tout le temps ».

Catherine, Arnaud. Guillaume, Céline... Ont entre 10 et 12 ans et ils profitent des dernières semaines de vacances pour s'adonner à leur sport favori. V.T.T. pour certains. Ping-pong pour les autres. L'annonce de la mort de Julie et Mélissa les a choqués.

Même si certains pensent que les adultes ne parlent plus que de ça », ils expriment tous spontanément une même indignation/incompréhension.
« C'est dégueulasse de les avoir laissées mourir de faim», «Je préférerais être tué d'une balle dans la tête, mais pas souffrir comme ça », « Pourquoi ils font des enfants si c'est pour les faire souffrir ? ».

Si ces enfants s'interrogent sur le comportement de certains adultes, ils ont, par contre, des idées très précises de la façon dont il faut les punir..
Il faut le passer à la chaise électrique. » Cette première proposition lancée par l'un d'entre eux ne provoque pas l'unanimité du groupe, loin s'en faut.
« Mais non, comment veux-tu qu'il réalise ce qu'il a fait comme ça? Il faut le mettre en prison pour toute sa vie, pour que tous les jours, il puisse y penser.» «Oui, et il ne faudra pas lui donner à manger pour qu'il ait faim aussi »

Pendant plus d'un an, les enfants ont été sensibilisés au sort réservé à deux d'entre eux: « On en a parlé au cours de morale », « Moi, je suis allé poser des affiches », « C'est vrai que depuis, on faisait plus attention. Et surtout maintenant que l'on sait qu'elles sont mortes ».

Même s'ils sont choqués par les souffrances endurées par Julie et Métissa et si l'un d'entre eux s'inquiète des parents des deux petites filles: «C'est mieux qu'on les ail retrouvées car les parents étaient tout le temps dans l'incertitude », tous ces enfants, chacun à sa façon, tentent de gommer le sentiment d'angoisse créé par les adultes.

Cela est exprimé parfois sur le ton de la fanfaronnade:
«Moi, je ne risque rien, on' ne saurait pas m'attraper», ou encore : « Nous on est des garçons et c'est les filles qu'on enlève», tandis que d'autres relativisent: « S'il fallait avoir peur de tout... On peut aussi se' faire écraser ou se retrouver à un endroit où on a posé une bombe ».

Et puis, ils restent un sentiment d'impuissance: « Pendant qu'on les cherchait, on pouvait servir à quelque chose, comme mettre des affiches. Mais maintenant... ».

F.H.


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Dernière minute :
«La Meuse» du mardi 20 août 1996 page 14

Registres de condoléances
Des registres de condoléances sont ouverts depuis ce lundi matin et accessibles à la population dans diverses administrations communales de la province de Liège, notamment à Grâce-Hollogne, Huy,Neupré, Verviers, Thimister-Clermont, Eupen, Ans,Saint-Nicolas, Chaudfontaine,Flémalle et Visé, etc.

Ailleurs dans le pays, notamment dans certaines communes bruxelloises, les autorités communales ont pris des initiatives similaires.
L'hôtel de ville de Liège, place du Marché, est accessible, jusqu'au jour des funérailles, de 8 à 18 heures (salle des Pas Perdus).
A Grâce-Hollogne, sur le pont de l'autoroute à proximité duquel Julie et Melissa ont disparu en juin 1995 et où leurs photos sont accrochées depuis 14 mois, un nouveau panneau est apparu dimanche, avec cette inscription: « Dormez-vous bien, monsieur Wathelet? ».

Une bougie à la fenêtre
Quelques habitants, dont certains militent au sein d'antennes locales de l'ASBL Marc et Corine, ont lancé une initiative, afin manifester leur solidarité envers les parents de Julie et Melissa. Comme d'autres, ils demandent que l'on accroche des rubans noirs aux antennes des voitures et, en plus, ils proposent que chacun allume une bougie à sa fenêtre, le jour des funérailles des deux gamines martyres de Grâce-Hollogne.

A Hannut, une douzaine de bénévoles de l'antenne locale «Marc et Corine » ont fait circuler la pétition sur le marché hebdomadaire. 2.500 signatures ont été recueillies en un temps record.

A Liège, les postiers du centre de tri de la rue de Namur, s'associant à la douleur des parents de Julie et Mélissa, ont observé une minute de silence, sur le coup de 18 h 30.

A Verviers, une grande marche de solidarité est organisée place Verte, vendredi soir.

Mgr Albert Houssiau, évêque de Liège, en ce moment en pèlerinage à Lourdes, a adressé hier ce message aux parents de Julie et Melissa : «2.500 Liégeois, réunis ce matin devant la Grotte de Notre-Dame à Lourdes, partagent la douleur atroce des parents de Julie et de Melissa, après une si longue attente si cruellement déçue. Ils les tiennent dans leur coeur en ces jours de recueillement et de communion avec tous ceux qui sont affligés. Que l'Esprit Saint les soutienne et leur donne la force de vivre, avec le soutien de parents et d'amis fidèles. »

La boulangère de Statte
Chantal Braibant, la boulangère de Statte, nous adresse une lettre indignée et émouvante dont voici quelques extraits:
« Nous sommes outrés et honteux d'être belges; la Belgique est petite... elle doit encore se sentir beaucoup plus petite depuis ce drame.
Depuis la disparition de Julie et Melissa, toutes les mamans craignaient pour la vie de leurs enfants; plus jamais de drames semblables à l'aube du XXIe siècle.

Faites en sorte que la protection totale des enfants soit assurée; ceci est une prière: que ce ne soit pas en vain que les victimes sont mortes et que toutes les cloches de la Belgique sonnent le glas au moment où ces anges entreront dans un monde meilleur que celui-ci. »

Netomium en deuil
Le réseau Internet a beaucoup appuyé les recherches concernant Julie et Melissa. Netomium, le site Internet fédérateur des Belges francophones, a placé sur sa homepage un bandeau noir. Ce site permet d'envoyer des fleurs virtuelles. En effet,chaque fois qu'un bouquet sera envoyé, des roses supplémentaires s'ajouteront visuellement sur la page Internet de Netomium.
Il offre également la possibilité de signer la pétition lancée ce week-end par l'ASBL « Marc et Corine » sur un formulaire virtuel. Toutes les signatures électroniques récoltées par ce moyen seront transmises à l'ASBL. Netomium permet également d'accéder au site des parents de Julie et Melissa, afin de leur transmettre des messages : http://www.netomium.be/

(tourne sur Apple Workgroup Server).

Un nom difficile à porter
Depuis ce samedi 17 août la famille Dutroux de Ham/Heure,Corenne, Gozée et Walcourt (prénoms: Rose, Ginette, Serge,Francis, Colette, Roseline, Soraya, Sandra, Sébastien, Aurélien, Virginie et Amélie) reçoit des appels téléphoniques anonymes et calomnieux concernant la mort de Julie et Mélissa. Ces personnes n'ont aucun lien de parenté avec Marc Dutroux.

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