jeudi 29 mai 2008

Deux petits cercueils blancs, côte à côte



Deux petits cercueils blancs, côte à côte

« La Meuse » du mardi 20 août 1996 page 11

Douleur, silence, recueillement au funérarium deGrâce-Hollogne.
Les deux mamans ne l'ont rejoint qu'après avoir fait un détour pour acheter des fleurs.


A leur arrivée, elles ont été applaudies par les personnes innombrables venues témoigner leur sympathie. Partout, des gestes touchants. Ainsi, les habitants du quartier du Pansy, à Montegnée, se sont cotisés pour déposer ici une énorme gerbe de fleurs.

La maman et le petit frère de Julie se sont recueillis près des deux petits cercueils blancs.

(Photos: Michel Crahay).
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Julie et Mélissa seront probablement enterrées jeudi,l’une à côté de l’autre,au cimetière de Hollogne

La tristesse n'en finit plus à Grâce-Hollogne et partout dans le pays depuis samedi soir. Au fur et a mesure que l'on se rend compte de l'horreur qu'ont vécue les deux enfants, les sentiments sont de plus en plus écrasés par la douleur.

Les larmes ne cessent de couler sur les joues des mamans.
Nombreuses sont les personnes qui n'ont plus pu manger ou qui ont mal dormi depuis samedi soir.

Durant cette journée de lundi, les familles ont accompli le douloureux devoir d'aller récupérer les cercueils de leurs fillettes. Ce sont les deux mamans, Carine Russo et Louisa Lejeune, qui se sont rendues en fin de matinée au centre médico-légal de Liège, rue Dos-Fanchon, pour retrouver leurs petites filles. La première fois depuis 14 mois...

Stupidité administrative de plus: on les a fait attendre de longues minutes avant d'ouvrir la grille d'entrée.

Ensuite, dans deux corbillards, les deux petits cercueils blancs ont été transportés au funérarium Mestré, chaussée de Liège, 341 à Grâce-Hollogne.

Les deux mamans ne les ont rejoints qu'après avoir fait un détour pour acheter des fleurs.

Recueillement

Des fleurs, il y en avait déjà partout lorsqu'elles arrivèrent, accompagnées de membres de leur famille, dont le petit frère de Julie. De simples roses, des bouquets plus élaborés ou d'immenses gerbes, anonymes, accompagnés d'une carte de visite ou d'une banderole sur lesquelles on pouvait lire: « Les amis de la rue Johannès et Pansy », « Les collègues de Ferblatil», «Les amis de Grâce-Hollogne »...

Une foule d'une centaine de personnes les attendait déjà. Elle ne cessera de grossir tout au long de la soirée, en provenance de Liège bien sûr mais aussi de Mons, Charleroi et de Bruxelles.

Plutôt que de garder un silence religieux, la foule a spontanément applaudi à l'arrivée des deux mamans, comme si elle voulait avant tout saluer le courage exemplaire dont elles ont fait preuve tout au long de leur combat.
Carine Russo a esquissé un sourire mais, après être entrée, elle s'est effondrée en larmes sur la première personne qui se trouvait à l'intérieur.

Les deux familles ont alors demandé un moment de recueillement dans l'intimité. Puis, les portes se sont ouvertes pour que les anonymes puissent également rendre un dernier hommage à ces deux fillettes qui ont été au centre de l'actualité belge depuis 14 mois.


Pour éviter les débordements, les policiers de Grâce-Hollogne faisaient rentrer les personnes par groupe de cinq. Beaucoup pleuraient à chaudes larmes, notamment plusieurs petites filles de Grâce Hollogne, des copines de classe...

On a vu ensuite le procureur général de Liège, Mme Anne Thily, venue s'incliner devant les deux cercueils.
Puis les mamans sont parties pour rejoindre leurs maris Jean-Denis Lejeune

- qui s'était rendu le matin dans la cache de Marcinelle parce qu'il voulait voir l'endroit où sa fille a vraisemblablement été séquestrée - et Gino Russo, au domicile des Russo.

Tous les quatre devaient ensuite s'entretenir longuement avec le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, avec qui ils ont gardé de bons contacts.

Hommage de la population

Le funérarium Mestré sera ouvert tous les jours jusqu'à l'enterrement. Les deux. mamans ont proposé comme heures d'ouverture «de 9 heures à 21 heures ».

Et elles assisteront la plupart du temps au défilé attendu parce qu'elles savent que toute la population belge les a sans cesse soutenues dans leur épreuve et que les centaines de milliers de marques de sympathie reçues de partout les ont beaucoup réconfortées.

Funérailles à Liège?

A l'heure où nous mettions sous presse, il n'y avait toujours pas de décision officielle quart à la date et à l'heure de l'enterrement. Mais il devrait avoir lieu jeudi matin, non pas en l'église de Hollogne qui est actuellement en réparation (et d'ailleurs beaucoup trop petite pour contenir le monde attendu« on parle de 100.000 personnes»), mais vraisemblablement dans une église de Liège.
On parle de la basilique Saint-Martin mais sans plus de certitude.

La cérémonie sera unique pour les deux petites et les parents ont demandé qu'elles soient enterrées l'une à côté de l'autre dans le petit cimetière de Hollogne.
Une manière de ne plus jamais séparer celles qui étaient deux véritables amies de classe et qui ont vécu des mois horribles dans la souffrance, avant de succomber par manque de nourriture.

Unies dans la vie et dans leur mort, elles le seront également pour toujours.

Luc Gochel

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Pétitions

« Marc et Corine » espère atteindre un million de signatures
Si jamais Dutroux était jugé en France, il ne quitterait certainement pas la prison avant l’âge de 67 ans !

« La Meuse » du mardi 20 août 1996 page 11

La pétition lancée dès vendredi par l'ASBL Marc et Corine connaît un succès foudroyant. De partout surgissent de véritables paquets de feuilles déjà remplies que des bénévoles, des anonymes ont décidé de faire signer dans leur rue, dans leur quartier, dans leur commerce. De plus, grâce à plusieurs journaux, dont le nôtre, qui a publié intégralement le formulaire,cette pétition s'est retrouvée chez des centaines de milliers de lecteurs de journaux.

Un succès sans précédent qui incite Jean-Pierre Malmendier et François Kisterman, les papas de Marc et Corine, à envisager avec optimisme le chiffre d'un million de signatures.

Jusqu'à un million et pourquoi pas encore plus, au train où cela bouge», nous confirme M. Kisterman. « Il le faudra car je rappelle que notre première pétition sur les libérations anticipées de 1993 avait pourtant récolté plus de 270.000 signatures et cela n'avait pas été suffisant pour faire bouger les choses. »

Pourtant, si un million de Belges, un sur dix!, réclame à nouveau un système d'incompressibilité des peines, le monde politique ne pourra plus ignorer la volonté de ses électeurs, sans déclencher à nouveau un véritable discrédit de la classe politique.


Malheureusement, les premières informations qui nous parviennent du ministère de la Justice (voir l'article sur la conférence de presse du ministre De Clerck) ne sont guère encourageantes pour le moment.

30 ans en France

C'est peut-être le moment de rappeler ce qui se passe en France sur le sujet. Il y a quelques années, l'assemblée nationale française a voté une loi beaucoup plus répressive en matière de viols et de rapts d'enfants. Elle a instauré des peines de sûreté de 30 ans pour les crimes les plus graves.


C'était l'époque des tueurs d'enfants, Francis Haulme et Christian Van Geloven, qui avaient défrayé la chronique.

Si cette peine existait en Belgique, Marc Dutroux (37ans) ne pourrait à coup sûr sortir de prison qu'à l'âge de 67 ans! Sans aucun congé pénitentiaire ou aucune libération anticipée possible avant cette date de 2027.

Et encore, à ce moment, un collège d'experts se réunirait pour savoir si ce détenu présente encore un danger pour la société. Et si tel est le cas, il devrait impérativement être suivi de près par les forces de l'ordre. Par exemple, sous la forme d'une présentation quotidienne dans un bureau de police.

Pourquoi pas cela chez nous?

Luc Gochel


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Hasselt, les parents d'Ann Marchal s'accrochent et espèrent.

Le procureur du Roi Neufchâteau les a longuement appelés, leur annonçant qu'ils feront le maximum

« La Meuse » du mardi 20 août 1996 page 11

A Hasselt, la rue Singel est en apparence tranquille. Au détour du chemin, face à un vaste champ de blé, la maison des parents d'Ann Marchal.

De temps en temps, un voisin ou un passant à bicyclette vient aux nouvelles sur le pas de la porte, sans jamais déranger les habitants.
A l'intérieur, un incessant ballet, les télés étrangères se succèdent, allemandes, hollandaises, anglaises...

Une interview dans le jardin avec Betty. Une autre avec le papa, Paul Marchal, autour de tasses de café, de piles de journaux et d'affichettes, traduites dans toutes les langues, des deux copines disparues.

« En un an, j'ai appris le français », nous confie le papa. Et il se débrouille plutôt bien ! «Nous avons été soutenus par toute la Belgique.

Des téléphones, des fax, des messages... Après quatorze ans, deux de mes anciens étudiants m'ont contacté. Cela m'a frappé ! »

A ses côtés, Betty Marchal est revenue: « Nous sommes aussi très heureux du travail de la presse. Il faut bien le dire, c'est à travers les journaux que nous avons eu certaines informations. » Comme son mari, elle regrette les maigres contacts avec les autorités judiciaires.

Mais vers 13 h 30, il a reçu un long coup de téléphone du procureur du Roi de Neufchâteau.Cette demi-heure d'entretien lui a fait sacrément du bien.

« Il m'a dit que je pouvais le contacter dès que j'avais des questions. Le procureur m'a souligné qu'ils mettraient tout en oeuvre pour que l'affaire se termine le mieux possible. Dès qu'il aura des nouvelles, il m'en informera. Ces contacts directs devraient exister pour tous le monde »

En permanence sur le qui-vive, Paul Marchal paraît plus confiant.
« Mon espoir est qu'elles aient été vendues à un réseau et qu'elles soient quelque part...Depuis un an, j'ai toujours pensé qu'elles étaient vivantes. Je suis heureux d'avoir toujours cet espoir aujourd'hui. »


Sans nous vanter bien sûr, je pense que c'est grâce aux critiques des familles Lejeune, Russo et Marchal que l'on a retrouvé Laetitia et Sabine.

Quand Ann et Eefje ont disparu, nous avions des preuves réelles qu'il ne s'agissait pas d'une fugue. Pourtant, les recherches n'ont commencé que dix jours plus tard, le délai habituel. On sait pourtant que tout se joue dans les premières 24 heures.

Lors de la disparition de Laetitia, les recherches ont démarré tout de suite. Toutes ces critiques n'ont pas servi à rien, c'est positif

Paul Marchal s'est emporté plusieurs fois contre la machine judiciaire.
« Il y a deux jours, j'ai donné une interview où j'ai fait remarquer que les auteurs de ces crimes bénéficiaient d'un soutien psychologique, pas les victimes. Le lendemain, on m'appelait pour me proposer l'aide d'un psychologue dès que je le souhaitais! Je ne comprends pas non plus la remise en liberté de cet homme, Dutroux. »

Ils sont devenus amis avec les parents liégeois

Entre le Nord et le Sud du pays, il n'y a pas de frontières dans la douleur.
«J'ai parlé hier avec Gino et Jean-Denis. Nous nous sommes rencontrés quelques fois, à Noël, lors de l'anniversaire de Mélissa, pour des conférences de presse communes...
Mais nous nous sommes toujours beaucoup entendus au téléphone. Nous sommes devenus des amis. »


A l'image des parents de Julie et Mélissa, ils n'ont jamais relâché la pression.
« En février dernier, nous étions en Espagne pour participer à une émission, du genre de Perdu de vue en France. Nous nous sommes aussi rendus fin juin à Paris pour préparer l'émission de Jacques Pradel. Elle était programmée pour la rentrée en septembre. Maintenant, on verra...


Tout au long de l'après-midi, les rumeurs les plus folles ont couru. Betty Marchal avait pris l'avion pour l'Espagne, où les deux jeunes filles avaient été repérées, en Tchéquie...

Les frères de 12 et 14 ans d'An sont à la piscine. Sa soeur de 16 ans va et vient, allume la télé... La famille Marchal continue de vivre cette interminable attente comme elle peut.

Caroline Geskens
Ph. Bernard Demoulin

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