mardi 11 août 2009

La commission des mensonges (« La Dernière Heure » mardi 3 décembre 1996 page 2)


La commission des mensonges

DECROLY ACCUSE PAR SES PAIRS DE NUIRE A L'ENQUÊTE

« La Dernière Heure » mardi 3 décembre 1996 page 2

BRUXELLES - La commission d'enquête parlementaire va transmettre au procureur général de la cour d'appel de Bruxelles des procès-verbaux d'auditions de différentes personnes qu'elle a entendues ces derniers jours. Elle constate en effet des différences flagrantes dans des témoignages recueillis lors des travaux consacrés à l'affaire Benaïssa. A charge de la justice d'ouvrir un dossier. Des enquêteurs, de la P1 et de la gendarmerie, des magistrats, se contrediraient sur certains points.

Dimanche, le député Écolo Vincent Decroly avait déclaré que des témoins avaient menti sous serment devant la Commission.

« Nous avons procédé à des confrontations et les faux témoignages qui nous ont été apportés font aujourd'hui l'objet d'enquêtes en justice et pourront faire l'objet de sanctions pénales », avait dit le parlementaire sur l'antenne de RTL-TVi.

Avertissement

Lundi matin, le président Verwilghen et d'autres députés ont sévèrement critiqué les déclarations de Vincent Decroly, estimant qu'elles risquaient de mettre en péril le travail de la Commission. On sait effectivement que les témoins ont 15 jours pour signer la transcription de leurs déclarations, le P.-V. de leur audition, qui fait foi. La volonté de la Commission de demander une enquête, suspectant de faux témoignages, ébruitée, certains commissaires s'attendent à ce que les déclarations ne soient pas signées ou que des témoins se rétractent. Des précédents existent également en la matière, où les poursuites ont été cassées. Toute personne a le droit de ne pas s'avouer coupable. Les déclarations contradictoires ont été faites à huis clos, apparemment lors de la confrontation entre un gendarme et un membre de la PJ. les enquêteurs de la police judiciaire bruxelloise et des membres du parquet ont donné également des détails parfois différents, notamment sur des réunions au parquet. Peut-on parler de faux témoignages?

Des P.-V seront en tout cas transmis à la cour d'appel pour enquête. Un faux témoignage peut coûter de 2 mois à 3 ans de prison.

Ceci sonne comme un avertissement de la commission, qui n'apprécie pas que les témoins se concertent.

Les magistrats bruxellois se sont réunis avant de passer devant la Commission. Idem pour les enquêteurs de la PJ. Idem pour les gendarmes qui défilent ce matin et qui ont été briefés par leur état-major (lire ci-contre).

Des députés se posent beaucoup de question sur la sincérité des témoignages des gendarmes.

Une publication de la maréchaussée ne rappelait-elle pas dernièrement que les témoins en commission avaient parfaitement le droit de ne pas s'accuser ?

B.F.

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Questions sans réponse

LES GENDARMES DRILLES

« La Dernière Heure » mardi 3 décembre 1996 page 2

BRUXELLES - A raison d'un nouveau scandale par jour, l'état-major de la gendarmerie continue d'essuyer toutes sortes d'accusations qui sont graves mais dont il n'est pas du tout certain qu'elles soient, à chaque fois, justifiées. Tant d'accusations se sont déjà dégonflées.

Nos confrères de La Libre Belgique ont affirmé, hier, que les règles du jeu n'étaient plus respectées à la Commission Dutroux. Les gendarmes appelés à comparaître auraient reçu une liste assez complète des questions susceptibles de leur être posées et surtout des réponses auxquelles ils étaient instamment invités de se tenir. Les gendarmes étaient notamment priés de donner une version de l'affaire Othello concoctée par la gendarmerie. Enfin, on leur aurait fait clairement comprendre que, comme les auditions auraient lieu en direct, elles seraient enregistrées, ce qui permettrait à la hiérarchie de contrôler leurs déclarations.

Plus encore qu'un lavage de cerveau, l'état-major aurait en quelque sorte invité les gendarmes à mentir devant la Commission Dutroux. C'est gravissime. C'est même scandaleux. Mais est-ce exact?

II se fait que, la semaine passée, en prévision de leur prochaine comparution, le président de la Commission Dutroux, Marc Verwilghen, a convoqué les gendarmes cités dans l'affaire Dutroux. Le président Verwilghen aurait tenu à les rassurer, indiquant que les questions qui leur seraient posées ne seraient pas destinées à les piéger, mais à détecter les dysfonctionnements de l'enquête pour améliorer le système actuel. Les gendarmes

ont quitté cette réunion peu convaincus. Les auditions précédentes leur avaient plutôt donné l'impression de ressembler parfois à un véritable jeu de massacre.

Dans ce contexte, l'état-major a chargé son service de presse - appelé PRC - de parcourir la presse pour y recenser tous les points sur lesquels la gendarmerie était critiquée. C'est cette liste de critiques qui a été remise, vendredi, aux gendarmes en question, lors d'une réunion organisée à Bruxelles, et lors de laquelle il aurait été insisté sur le fait que chacun devait bien sûr répondre en âme et conscience et dire toute la vérité.

Il paraît donc faux d'affirmer, à ce stade, que les gendarmes auraient reçu les réponses et subi des pressions

pour ne pas s'en écarter.

Public relations

Ces 59 questions, nous les avons sous les yeux. Elles ont été préparées par Els Cleemput, ex-journaliste au Belang van Limburg, qui supervise depuis peu le service de presse de la gendarmerie. Chacun pensera ce qu'il voudra. Mais d'aucuns pourront estimer qu'il n'est pas choquant de se préparer à une audition, à la condition (et elle est fondamentale) que l'état-major se soit contenté de recenser des questions.

En voici quelques-unes (lire ci dessous).

Est-il vrai que certains journalistes ont été placés sur malicieux ?

Est-ce une pratique courante ?

Avez-vous connaissance de faits de pédophilie ou de rumeurs concernant des officiers supérieurs de la gendarmerie qui seraient protégés?

Quels ont été les premiers devoirs d'enquête et les recherches menées dès le signalement par les parents des disparitions de Julie et Mélissa ?

Mme Doutrewe, juge d'instruction, prétend n'avoir été informée que partiellement et oralement des informations récoltées sur Dutroux ?

Est-il vrai qu'un problème de paiement d'heures supplémentaires aurait nui à la bonne observation de Dutroux (la question est tirée de la lecture d'un article de la DH ) ?

Qu'est-ce qu'une enquête parallèle ? Othello était-elle une enquête parallèle?

Gilbert Dupont

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Les questions sensibles,

« La Dernière Heure » mardi 3 décembre 1996 page 2

- Avez-vous eu connaissance de l'éventuelle destruction par le BCR d'informations relatives à Dutroux ?

- D'après vous, la gendarmerie est-elle capable de mettre en péril une enquête pour protéger ses intérêts corporatistes et son image de marque ?

- Quelle a été l'action de la cellule Disparitions depuis sa création en général et dans les enlèvements de Julie et Mélissa et d'An et Eefje en particulier?

- Les intentions de Dutroux sont connues à la gendarmerie de Charleroi dès octobre 1993 grâce à un informateur. Comment se fait-il que, dès la disparition des petites, on n'ait pas retourné ses maisons de fond en comble? Comment se fait-il que, vu ses revenus, aucune enquête patrimoniale n'ait été effectuée ?

- Plusieurs perquisitions ont été opérées le 8 novembre 1993 chez Dutroux pour vérifier si des caches étaient en cours d'aménagement? Des travaux ont été constatés. Pourquoi de tels indices n'ont-ils pas été pris au sérieux ?

- Le 13 décembre 1995, de nouvelles perquisitions ont lieu chez Dutroux.

Deux enquêteurs ont entendu des voix d'enfants. Pourquoi, alors que l'on recherche des fillettes, ne pas avoir poussé davantage les Investigations?

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Trois gendarmes carolos sur la sellette

DES COMPTES À RENDRE SUR UNE ENQUÊTE PARALLÈLE

« La Dernière Heure » mardi 3 décembre 1996 page 2

CHARLEROI - La commission d'enquête parlementaire doit aujourd'hui interroger trois gendarmes particulièrement impliqués dans les opérations baptisées Décime et Othello, de surveillance de Marc Dutroux. L'enquête sur l'enquête a déjà dévoilé que deux opérations d'envergure avaient été menées a Charleroi, de surveillance de Marc Dutroux, des perquisitions minutieuses avaient été opérées, sans succès.

Pourquoi ? Et pourquoi l'information a-t-elle si mal circulé entre les différentes cellules d'enquête ?

Les maréchaux des logis Pettens et Michaux de la BSR de Charleroi et le capitaine Legros qui était leur officiers, devront sans doute aujourd'hui répondre à un feu roulant de questions.

Dossier vols

Dès le mois de novembre 1993, le maréchal des logis Pettens apprend d'un informateur, Claude Thirault, qui sera plus tard inculpé dans l'affaire Dutroux, que ce dernier aménage des caches dans sa maison de Marchiennes au Pont pour y séquestrer des enfants en attente d'être expédiés à l'étranger, A cette époque, Marc Dutroux, dont on ne peut ignorer les antécédents judiciaires, fait l'objet d'un dossier pour vols et recels. Claude Thirault, en août 95, va répéter ses accusations à Pettens au lendemain de l'enlèvement de Julie et Métissa, histoire de lui rafraîchir la mémoire.

Entre-temps, deux autres personnes se sont manifestées auprès du gendarme, un indic (Weinstein ?) et la propre mère de Marc Dutroux.

Ce dernier affirme que l'information a été communiquée au juge d'instruction forent en charge du dossier vols à charge de Dutroux. On va perquisitionner chez Dutroux, l'interroger sur les travaux dans ses caves, le surveiller: c'est l'opération Décime qui ne débouche sur rien de concret. Les rapports, signés par le commandant Legros, ne font nulle part état des accusations des indicateurs sur les caches de Dutroux. Pourquoi ? En août 95, la gendarmerie se souvient de Dutroux après l'enlèvement de Julie et Métissa, ressort discrètement le dossier et lance l'opération Othello.

Au cours d'une réunion préalable, à la brigade de Charleroi, le 9 août 95, Pettens et Michaux, ainsi que le capitaine Bal retrouvent des membres du BCR Seraing, de la cellule de Grâce-Hollogne, Thuin et

Namur. Dutroux y est considéré comme un suspect qu'il faut surveiller mais en utilisant le dossier vols pour le coincer sur les enlèvements: une technique qui ne permettait pas d'employer des moyens à la mesure de la gravité de l'affaire.

Résultat: Othello fut un échec... mortel. De quoi devoir rendre des comptes aujourd'hui.

F.M.

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