lundi 9 février 2009

Le triomphe et la ferveur ( «Dernière Heure» 21 octobre 1996 pg 3)


Le triomphe et la ferveur

 DES ORGANISATEURS COMBLÉS, AU SOIR DE LA MARCHE-FLEUVE

 « La Dernière Heure »  du lundi 21 octobre 1996 page 3

BRUXELLES - Avant le départ de la marche blanche vers 13 heures 45, ils se sont exprimés sur le podium dominant l'immense foule, à Rogier. Marie Noëlle Bouzet (maman d'Elisabeth Brichet), les Lejeune, les Russo, les Marchal et les Benaïssa.

Tous organisateurs de cette balade dominicale de tous les espoirs, ils ont ensuite ouvert un cortège sans queue ni tête, beaucoup trop grand pour le parcours prévu... Après leurs allocutions à la foule, sous un tonnerre d'applaudissements, les désormais célèbres parents de victimes de Dutroux ont fendu la masse blanche.

De Rogier, vers de Brouckère. Entourés d'un cordon de forces de l'ordre mis à l'épreuve d'un enthousiasme populaire plus que délirant, les organisateurs ont ensuite été contraints de quitter le lit de la marche-fleuve.

Dans les petites rues voisines, pourtant, c'est la même cohue et la même bousculade géante pour approcher les stars du jour.

La petite Sabine Dardenne, qui avait tenu à accompagner les marcheurs blancs avec les Lambrecks et la famille de Laetitia Delhez, est en pleurs. Au cœur de la tempête, au coeur de la ferveur.

Tant bien que mal, les familles progressent. Rue de la Vierge Noire, finalement, elles s'engouffrent dans un fourgon. Seul moyen d'échapper au déluge. Il est alors 14 heures 50...

Reconnaissance envers tous

Après ce triomphe digne de toutes les plus grandes célébrités du show-business, les familles posaient hier un regard plein de reconnaissance envers la population. Un regard plein d'espoir aussi. « Laissez-moi le temps de réaliser... Je me souviens de cette énorme manifestation en 1983, contre les missiles. Déjà là, il y avait énormément de monde, mais, ici, c'est encore plus incroyable ! »,témoigne Louisa Russo. Et son mari de poursuivre ,Il y a eu une petite phrase qui a fait beaucoup parler d'elle, celle de Bourlet, qui disait :

On ira jusqu'au bout si on nous laisse faire... Moi, je dis maintenant qu'on ira jusqu'au bout, même si on ne nous laisse pas faire ! Apparemment, tout s'est déroulé dans le calme, comme nous le souhaitions. J'ai aussi vu beaucoup d'enfants. Cela m'a fait vraiment plaisir  Pour Jean-Denis Lejeune, trouver les termes exacts pour expliquer son état relève de l'impossible... « C'est indescriptible C'est la preuve que tous marchent dans le même sens, avec nous... Tout cela ne fera pas revenir notre petite Julie. Mais au moins, si leur mort, à elle et à Mélissa, pouvait avoir des répercussions positives... » S'il n'a pas peur de ce mouvement gigantesque, dont lui et les autres familles pourraient perdre le contrôle ? « Nous sommes prêts à assumer un maximum de responsabilités pour cette cause-là...

Message de paix

De son côté, Nabela Benaïssa ne peut qu'afficher le même optimisme face à cette mobilisation incroyable.

« C'est tellement réconfortant I Cela fait chaud au coeur de voir tous ces gens qui nous suivent. Merveilleux, vraiment I Et puis c'est un tel message de paix, cette marche. C'est d'ailleurs dans le même esprit que nous avons voulu rencontrer le premier ministre : pour lui donner un message de paix et espérer qu'il nous entende vraiment.

Épuisée mais ravie de cette journée historique, Mme Marchal tire le bilan. « On s'est levés à huit heures du matin, pour aller enregistrer l'émission de télévision, sur RTL-TVI, à 10 heures. Je suis heureuse de voir que la population nous soutient... Jean-Luc Dehaene nous a promis que l'enquête ira jusqu'au bout. II ne nous reste plus qu'à attendre, tout en restant vigilants...

Isabelle Blandiaux

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La fin des nominations politiques

LE PREMIER ANNONCE RÉVISION CONSTITUTIONNELLE ET ENQUETE

« La Dernière Heure »  du lundi 21 octobre 1996 page 3

BRUXELLES - Un quart d'heure en avance sur l'horaire fixé, à 15 heures 45 hier, les cinq familles organisatrices (voir ci-dessus) du raz de marée blanc qui a déferlé sur la capitale entraient dans la résidence du premier ministre Jean-Luc Dehaene, rue Lambermont. Avec elles, les familles d'Eefje Lambrecks, de Sabine Dardenne et de Laetitia Deihez. Soit au total une délégation de 31 personnes.

Acclamées et portées par la foule, à nouveau.

Deux longues heures plus tard,alors que la rue est entravée par des barricades et que la presse (inter) nationale s'impatiente dans la cour de la résidence, les porte-parole sortent de leur entretien marathon, initialement estimé à 45 ou 60 minutes... Jean-Denis Lejeune ouvre le feu des déclarations. « On a parlé concrètement, dans une ambiance chaleureuse.

M. Dehaene s'est notamment engagé à créer en Belgique un centre de recherche des enfants disparus, à l'image du centre national de Washington. Ce centre privé fonctionnerait de façon indépendante, au niveau de tout le territoire européen. Le projet sera mis sur papier avant la fin de l'année. Je crois que cette manifestation a été la petite impulsion qui a fait tomber la pièce dans la machine...

 Quatre grandes promesses

Autres promesses du Premier, face à ses 31 visiteurs ? « L'enquête ira jusqu'au bout. Des sanctions seront prises au sujet des lacunes de l'enquête, et la commission d'enquête parlementaire sur ce sujet consultera les familles. La machine judiciaire va subir une modification de fond. Je tiens à rappeler que deux projets de loi ont déjà été déposés : l'un concerne le fonds d'aide aux victimes, l'autre une meilleure organisation des parquets. En plus, fin novembre ou début décembre, un conseil des ministres aura pour ordre du jour l'adoption de mesures légales pour un plus grand équilibre entre accusés et victimes qui se portent partie civile. « Je vais aussi tenter de faire réviser la Constitution, dans le but de mettre fin à la politisation des promotions dans la justice... », a expliqué Jean-Luc Dehaene, à l'issue des deux heures de discussions avec les familles des victimes de Marc Dutroux. Au sujet de cette éventuelle révision constitutionnelle, rappelons qu'actuellement dans la magistrature, les postes sont répartis en fonction de la représentativité des différents

partis... Ainsi, les nominations des juges d'instruction et des procureurs. A l'image de n'importe quelle autre fonction dans l'appareil d'État !

En guise de démenti sans doute des rumeurs selon lesquelles il souhaitait que la marche blanche fût le point magistral et final du mouvement, le Premier ministre a poursuivi : « J'ai félicité les parents pour la façon digne et sereine dont s'est déroulée la manifestation. Ce qui rend celle-ci encore plus impressionnante.

Cette marche marque l'aboutissement de tout un mouvement mais aussi un nouveau départ. C'est aussi cela que j'ai voulu dire à la délégation : nous vous avons compris et nous allons agir dans le sens que vous indiquez, de façon accélérée.

Pour Gino Russo, qui revendique le droit de conserver un œil sur l'enquête de Neufchâteau, il serait plus utile de donner des droits aux victimes plutôt que des aides.

Et de préciser : « On va vérifier que les parlementaires de la commission d'enquête n'ont pas d'accointance avec Nihoul. C'est la moindre des choses. Et à ce sujet nous rendrons un avis ».

Rendez-vous est pris pour la fin de l'année. Moment de la première évaluation après tous ces engagements de Jean-Luc Dehaene, nés d'une marche-fleuve.

 

I. B.

 

 

 

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