mardi 6 janvier 2009

La pression ne faiblit pas («Dernière Heure » 19 octobre 1996 pg 2)


La pression ne faiblit pas

 « La Dernière Heure » du samedi 19 octobre 1996 page 2

 DES MILLIERS DE MANIFESTANTS TOUJOURS DANS LA RUE

BRUXELLES - Vendredi, 48 heures avant la marche blanche, la pression dans la rue n'avait toujours pas faibli. Au contraire.

A Bruxelles, éboueurs, pompiers, hommes de la voirie, étudiants, chauffeurs de bus et de trams ont formé des cortèges, ralliant le palais de Justice.

A liège, une quinzaine de camions de la société de ramassage d'immondices Pagem ont complètement bloqué les abords du palais de justice. D'autres manifestants, représentant notamment les pompiers, l'usine Uniroyal, ainsi que des étudiants, se sont joints aux éboueurs.

A Namur, plus de 900 personnes ont manifesté devant le palais de justice. Tout a commencé par le débrayage du personnel de l'usine Kraft de Rhisnes, qui s'est rassemblé place de la gare, pour gagner l'hôtel de ville. Les manifestants ont été rejoints parle personnel des administrations communale et provinciale, par des étudiants, parle personnel d'un home pour personnes âgées...

A Charleroi, près de 300 ouvriers des ACEC ont débrayé pour se rendre devant le palais de justice.

A Mons, plus de 200 travailleurs représentant une vingtaine d'usines et services publics, ainsi que des étudiants et dés chômeurs, ont formé un cortège jusqu'à l'hôtel de ville, le palais de justice et le gouvernement provincial.

 

A Braine Ie Comte, plus de 800 étudiants de I'Ecole Normale sont descendus dans la rue et ont été rejoints par le personnel de plusieurs entreprises.

A Louvain-la-Neuve, plusieurs dizaines de professeurs et d'étudiants de la faculté des Sciences agronomiques et de la faculté des Sciences de I'UCL ont investi la place de la Croix du Sud.

A Huy, un millier d'étudiants et d'enseignants de toutes les écoles secondaires hutoises ont rallié la Grand Place et le palais de justice. Ils ont aussi bloqué pendant un court laps de temps la voie rapide Huy-Liège.

A Hannut, quelque 400 étudiants du secondaire ont été reçus par le bourgmestre. Les étudiants étaient accompagnés par les pompiers et par des membres du personnel communal.

Le centre de Verviers a lui aussi été le théâtre d'une manifestation d'environ 200 personnes.

A Virton, les employés et ouvriers de la ville ont arrêté le travail entre 10 et 12 h. Rejoints par des enseignants et des élèves, ainsi que par des commerçants, ils étaient finalement près de 200 personnes à manifester devant l'hôtel de ville.

A Lixhe, des ouvriers des cimenteries CBR ont arrêté le travail et se sont rendus à l'hôtel de ville de Visé pour y remettre une pétition.

Incidents à Gand

En région flamande, l'émotion reste toute aussi vive, et particulièrement dans le milieu scolaire.

A Louvain, près de 3.000 jeunes ont occupé le centre de la ville universitaire. A Gand, ce sont plus de 10.000 étudiants et écoliers qui ont défilé dans les rues, paralysant les transports publics. Au fil des heures, les manifestants, faisant le tour des principales écoles avant de rejoindre le palais de justice, étaient de plus en plus nombreux.

Des centaines d'éboueurs ont rejoint le cortège. Vers 11 h 30, les jeunes ont investi le parking du palais.

Les gendarmes qui en gardaient l'accès, constamment bombardés de jets de pierres, de bouteilles et de cannettes, se sont finalement repliés.

Des incidents ont également été signalés à Ostende où quelque 3.000 jeunes ont manifesté. Des pierres et des oeufs ont été lancés sur la façade du palais de justice dont plusieurs vitres ont volé en éclats.

D'autres actions émanant du monde scolaire ont été signalées à Anvers, Haecht, Keerbergen et Landen.

Dans plusieurs firmes, on a également collecté des fonds

A Bruxelles, les membres du personnel et de la direction e l'AMP (Agence et Messageries de la Presse) ont versé l'équivalent d'une heure de leur rémunération nette à une association nationale de lutte contre la maltraitance des enfants et la pédophilie.

Les ouvriers de Lemmerz Belgie et Metaalgieterij Giesen, à Hoboken, ont récolté 100.000 francs en faveur du Fonds d'aide aux Enfants disparus.

Les délégations FGTB des Forges de Clabecq-Volkswagen, Caterpillar, Diamant Board, Carcoke Tertre, Gazelco Hainaut et TwinDisc ont diffusé un communiqué pour exiger une justice accessible à tous et un débat démocratique sur le fonctionnement de l'État et spécialement de l'appareil judiciaire.

Même les évêques de Belgique ont appelé à des prières pour les enfants lors des messes de dimanche.

B. F.

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ENQUÊTE : Le juge après les fouilles

« La Dernière Heure » du samedi 19 octobre 1996 page 2

JUMET/ MARCINELLE - Hier matin, le site des étangs de Caluwart à Jumet, se préparait à sa dernière journée de désordre : au moment où les fouilles sont définitivement stoppées, l'annonce de l'arrivée sur les lieux du juge d'instruction Langlois, désormais en charge du dossier devait jeter un dernier coup d'éclairage sur cet endroit si champêtre.

Hier matin en effet, les membres de la Protection civile ainsi que les gendarmes se préparaient à évacuer définitivement les lieux, l'adjudant Soumoy, commandant de la brigade de Fumet, est donc venu faire un dernier rapport aux journalistes, les temps d'expliquer que les fouilles dans la galerie du Puits Saint Louis n'avait strictement rien donné. Les enquêteurs ne pouvaient négliger un endroit stratégiquement aussi important pour l'enquête: Marc Dutroux avait quand même déclaré que le site était intéressant. Or, le pédophile n'avait rien dit d'autre s'agissant de la maison de Bernard Weinstein, à Jumet également, où avaient été retrouvés les corps de Ann et Eefje.

Ce doute explique largement les efforts énormes qui ont été déployés, et les moyens importants déployés autour de la galerie de Jumet. Reste que Marc Dutroux semble cette fois avoir berné tout le monde: le conduit a été fouillé sur toute sa longueur exploitable pendant des jours et des nuits par des équipes qui se relayaient. On a pompé l'eau en continu, ratissé, raclé le sol, sondé et vérifié les parois: rien. Les fouilleurs ont juste mis la main, il y a quelques jours déjà sur une douille de munition. Cette dernière a-t-elle un rapport avec Marc Dutroux et ses agissements ?

Rien n'est moins sûr. Pas de corps en tout cas, pas de cache d'arme et rien n'a été laissé au hasard puisque hier matin encore, un chien détecteur de cadavre du BKA, la police criminelle allemande, ainsi qu'un autre chien, dressé lui à retrouver des explosifs, ont été emmenés dans la galerie nettoyée : sans résultat.

Briefing

Hier, le juge d'instruction Langlois a fait sa première incursion en terre carolorégienne. Escorté d'un service d'ordre particulièrement conséquent, le magistrat a d'abord assisté à un briefing au siège de la brigade de gendarmerie à Charleroi avant d'aller inspecter plusieurs des sites de l'enquête.

Le magistrat est arrivé vers 16 h 15 à la chaussée de Philippeville, à Marcinelle, la maison où était aménagée la cache secrète qui a défié tous les enquêteurs et où les jeunes victimes du pédophile ont été séquestrées.

Il s'est ensuite rendu à la rue Daubresse puis aux étangs Caluwart, à Jumet.

 De quoi rassurer l'opinion sur sa volonté de faire progresser une enquête qui a pris l'importance que l'on sait.

F.M.

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NIHOUL RECONNU? Un témoignage troublant !

« La Dernière Heure » du samedi 19 octobre 1996 page 2

HUY - Nihoul recrutait-il aussi des jeunes gens dans l'arrondissement judiciaire de Huy ? C'est en tout cas ce que prétend un jeune habitant de Comblain-au-Pont, Jean-Yves H., âgé aujourd'hui de 22 ans.

Et c'est ce que redoute le juge Pavanelo, à Neufchâteau, qui a demandé une information au parquet de Huy.

C'est que sur les rives de la Meuse, on connaît bien Jean-Yves H., un garçon faible de caractère, partie civile voici quelques mois dans une sombre affaire de pédophile. Il témoignait alors contre F., un sexagénaire qui sous prétexte de cours de pyrogravure donnés à son domicile y amenait de jeunes handicapés et se livrait avec eux à des activités qui n'avaient rien d'artistique.

D'autres personnes, des voisins ou des amis qui partageaient le même manque de scrupules, assistaient aussi à des leçons particulières.

Parmi ces invités, un mystérieux « homme à l'arrosoir » comme s'en souvient Jean-Yves. Un homme mystérieux qui n'a jamais été retrouvé.

Il y a quelques semaines pourtant, Jean-Yves a juré reconnaître dans le journal le portrait de celui qui fut un de ses tortionnaires, Michel Nihoul. «J'ai immédiatement prévenu les autorités et c'est la Brigade chargée de la répression et du grand banditisme qui m'a interrogé » avoue aujourd'hui' le jeune homme.

Un témoignage que les forces de l'ordre ont jugé suffisamment intéressant que pour le transmettre à Neufchâteau, la juridiction que l'on sait chargée du dossier Dutroux et des affaires annexes.

« Je suis sûr et certain que c'était Nihoul » poursuit le Comblinois en se souvenant avec difficulté des sévices qui lui furent infligés, à lui et deux amis, dans cette petite maison de Comblain-au Pont.

Prudence tout de même

Si ce témoignage est confirmé, il laisserait penser que Nihoul entretenait des relations avec d’autres réseaux de pédophile et qu’il a peut-être recrutés des victimes ailleurs que dans le centre du pays. Certains de ses complices seraient ainsi aujourd'hui sous les verrous.

La plus grande prudence est pourtant de rigueur, ce nouveau témoin étant desservi par un léger handicap. Une des autres victimes de F. (qui a été condamné à trois ans de prison ferme) a d'ailleurs dû être internée voici quelques semaines.

Et puis, comme le fait remarquer un magistrat du parquet de Huy, «F. et ses complices avaient peu de moyen, ils vivaient et agissaient dans un milieu modeste. Ce qui n'est visiblement pas le cas de Nihoul. Et puis les façons d'opérer sont totalement différentes, on ne voit pas ce qu'aurait fait Nihoul avec ces gens-là. »

Jo. M.

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CENTRE : Les USA font tache d'huile en Belgique

« La Dernière Heure » du samedi 19 octobre 1996 page 2

BRUXELLES - La Belgique aura-t elle bientôt un centre de recherche des enfants disparus comparable à celui qui existe aux États-Unis?

Vendredi après-midi, Jean-Luc Dehaene a indiqué que des contacts de haut niveau» allaient avoir lieu pour envisager cette possibilité. Ce centre pourrait être installé chez nous, mais servir à l'ensemble des pays européens. Les familles des enfants disparus seraient associées à cette création.

Dans l'intervalle, le Conseil des ministres a adopté un « message à la population, en prélude à la manifestation de ce dimanche.                                                                                                                                              Aux yeux du gouvernement, elle démontrera la solidarité que beaucoup veulent exprimer à l'égard des parents des victimes et leur volonté d'éviter que ce genre de drames puisse se reproduire ».

Et le team Dehaene assure: Comme la population, le gouvernement veut la collaboration de tous les services de police et judiciaire afin que toute la clarté soit faite et que la Justice soit rendue.                                                   Le gouvernement dégage tous les moyens matériels et humains pour atteindre cet objectif. Il est positif que les citoyens veuillent exprimer pacifiquement et en toute dignité leur engagement en faveur de la société et leur espoir en l'avenir

(...) Tous les responsables doivent se sentir interpellés. La marche de dimanche doit être un encouragement de plus, tant pour le gouvernement et le Parlement que pour le pouvoir judiciaire, pour traiter ces problèmes dans le respect des missions et des décisions de chacun. La marche sera alors le signal d'une volonté renouvelée pour une société plus juste et plus humaine ».

Le Premier ministre a encore précisé que le gouvernement « espérait dès la semaine prochaine disposer de tous les éléments pour conclure sur d'éventuelles sanctions disciplinaires » envers des enquêteurs mis en cause.

Ch. C

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 Marche pour l’enfance

 « La Dernière Heure » du samedi 19 octobre 1996 page 2

 Dimanche 20 octobre 1996 (14 h) à Bruxelles de la Gare du Nord à la Gare du Midi

Vous qui êtes nombreux à vouloir participer activement à la protection de tous les enfants, nous vous proposons de marcher ensemble afin de démontrer notre union et notre détermination.

La marche ne sera réussie que si elle se déroule dans la dignité et le calme.

Nous voulons que cette marche soit une démonstration populaire, pacifique et digne de notre solidarité envers tous les enfants.

Nous la voulons sans calicots et sans revendications politiques d'aucune sorte.

Le blanc sera notre symbole, celui de nos enfants abîmés et massacrés, celui de l'innocence trahie, mais aussi celui de la non-violence. Soyez des nôtres, avec une fleur blanche ou un ballon blanc en signe de reconnaissance...

UNE ORGANISATION DES PARENTS DES ENFANTS DISPARUS à l'initiative de Madame Bouzet, maman d'Élisabeth, de M. et Mme Lejeune et Russo, parents de Julie et Mélissa, de la famille Loubna Benaissa, et de Monsieur et Madame Marchal, parents d'An.

DÉPART : entre la Gare du Nord (CCN) et le WTC (Bd Simon Bolivar et Bd Émile Jacqmain) ITINÉRAIRE : Bd Émile Jacqmain, Bd Anspach, Bd Lemonnier FIN DE LA MARCHE : à la hauteur de la Gare du Midi

 

 

 

 

 

 

 

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