dimanche 25 janvier 2009

UN JOUR HISTORIQUE ( «Dernière Heure » lundi 21 octobre 1996 pg 2)


 UN JOUR HISTORIQUE,

UNE FOULE IMPRESSIONANTE DE DIGNITE

 La Belgique entière défilait hier à Bruxelles

 « La Dernière Heure »  du lundi 21 octobre 1996 page 2

BRUXELLES - « Quand j'étais toute petite, on me disait toujours que la foi déplaçait les montagnes et je ne comprenais pas ce que ça voulait dire. Aujourd'hui, je le comprends. A vous tous, je dis « merci », lance, la gorge serrée, la maman d'Élisabeth les yeux en larmes, Marie-Noëlle Bouzet est applaudie par des dizaines de milliers de personnes qui, à ce moment, voudraient l'embrasser et la serrer dans leurs bras.

Puis Gino Russo prend la parole et lance à sa petite fille qui, dit-il, « Elle nous regarde » : « Mélissa, je t'aime. »  Son épouse enchaîne. « Quand tu es née, petite princesse, c'était un grand jour pour ton papa et maman, tu étais un cadeau de la vie.»

Le ton est donné. La marche silencieuse, la marche des fleurs blanches, la marche des enfants, la marche des papas et des mamans, la marche blanche est tout simple ment devenue une marée blanche, sans précédent historique chez nous et sans doute au monde.

Marée de ballons et de fleurs blancs, roses, oeillets, lys, marguerites et muguets; marée de casquettes et de foulards blancs arborés par plus de 325.000 participants (selon les organisateurs), 275.000 (police de Bruxelles), entre 204 et 250.000 (ministère de l'Intérieur), entre 150 et 200.000 (source gendarmerie), massés sur les boulevards du centre, du Nord au Midi. Les familles voulaient un défilé silencieux. Mais, tout au long, la foule, restée digne, n'a pu s'empêcher d'acclamer les parents de Julie et Mélissa, Sabine, An et Eefje, Élisabeth et Loubna... qu'on a failli oublier.

Les prévisions de la police ont rapidement été dépassées. Le rassemblement prévu au bd Jacqmain a débordé sur Ie Botanique, le boulevard Max, la rue Neuve, la Monnaie, les boulevards du Centre et l'avenue de Stalingrad, forçant les parents à renoncer à leur projet de prendre la tête du cortège derrière une rangée d'enfants, à commencer par Maxime, le frère de Mélissa, et Laetitia et Sabine, les rescapées de la bande Dutroux & Co.

 

Magnifique

De Sabine, les manifestants n'ont aperçu que le visage baigné de larmes quand la frêle adolescente leur a lancé un bref « merci». François, 12 ans, qui avait chanté aux funérailles, entonne la chanson d'Yves Duteil: « Pour les enfants du monde entier. »

Les mouchoirs sortent des poches. Car c'est aussi la marche des mouchoirs blancs. Il est 13 h 35 quand le cortège s'ébranle dans une ambiance familiale de promenade du dimanche.

Les calicots, les cris, les sifflets sont rares. Les mots qui reviennent parlent plutôt de solidarité, de sympathie et d'espoir. Des rumeurs circulent sur la présence de la reine Fabiola. II n'y a plus de Flamands, de Wallons ni de Bruxellois, mais des Belges unis comme la promesse faite à la mort du Roi.                                                      Jacques Brel ne reconnaîtrait plus sa place de Brouckère, qui n'a jamais été aussi belle. Y défilent José et Eunice Arias, des Chiliens en Belgique depuis 22 ans et le putsch de Pinochet. Ils défilent « pour que ça n'arrive pas à Pablo, notre fils qui est né ici ».  Devant ce succès immense, parler des incidents devient dérisoire. Comme prévu, une vingtaine de manifestants non violents du PTB ont été arrêtés administrativement. Ajoutons que la foule avait pris le parti de les ignorer. Seules quelques pancartes ont dénoncé la « Cour de castration », référence à la Cour de cassation à l'origine du dessaisissement du juge Connerotte. Des banderoles critiquaient la justice-mafia, d'autres dénonçaient l'Opération Oubliettes de la gendarmerie. Rien de bien méchant. « Les politiciens nous ont oubliés. Les enfants, c'est l'avenir, mais il faudrait y travailler », s'exclamait Lix Einhaus, d'Hasselt.« Moi, j'ai été abusée sexuellement par mon grand-père quand j'avais 10 ans. Les juges, ils lui ont donné un non-lieu en 1982 », s'insurgeait Nathalie, une Bruxelloise de 24 ans.

 «Aujourd'hui, plus personne ne pourra nous arrêter », déclarait José Grévene, le grand-père maternel de Julie Lejeune, qui veut que « toute la lumière » soit faite sur le calvaire de sa petite-fille.                                          Jean-Denis, le père de la fillette, avait déclaré à la foule dès le départ de la marée blanche : "Je viens de recevoir un message de Julie et elle est très fière de vous. " La marche est si serrée et compacte que c'est en car que les parents, applaudis à tout rompre, arriveront à l'endroit où ils avaient prévu de déposer des fleurs.

Ils ne pourront s'y arrêter, mais fileront, par les tunnels, vers le 16, rue de la loi, où les ministres les attendent. Quatre heures après – il est alors 19 h - les derniers marcheurs, deux milliers, parviennent au Midi. La nuit est tombée.

Gilbert Dupont

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 BILAN STIB-SNCB : Train et métro pris d'assaut

« La Dernière Heure »  du lundi 21 octobre 1996 page 2

BRUXELLES - Les transports en commun bruxellois (gratuits entre 12 h et 20 h) ont été pris d'assaut dès la fin de matinée et la Stib a battu le rappel de tout son personnel pour répondre à la demande.

Même des agents de mezzanine (guichets), capables de prendre un volant, ont été réquisitionnés. Au total, 102 trams, 156 bus et 141 voitures de métro ont assuré les liaisons vers le point de départ de la manifestation.

Dès 12 h 45, les places Rogier et De Brouckère étaient blanches de monde et la Stib a demandé aux manifestants de descendre aux stations voisines (Yser, Sainte-Catherine, Botanique,..,). « Des trams ou des bus étaient remplis après deux ou trois arrêts. Mais cela s'est bien passé tout de même. Les gens étaient disciplinés », précise un responsable de la Stib.  La SNCB a elle aussi été débordée. La gare du Nord a été saturée à deux reprises, ce qui a notamment nécessité l'arrêt des trains à la gare de Schaerbeek , où des trams prenaient en charge les manifestants vers le centre. La SNCB a calculé qu'entre 120.000 et 140.000 personnes ont pris le train pour joindre la capitale. Quelque 86.000 billets spéciaux ont été vendus (une recette de près de 15 mitions), auxquels il faut ajouter les billets week-end et les abonnements.

 

Trente trains spéciaux avaient été prévus, mais la compagnie des chemins de fer a dû en ajouter 28 autres, tous ces convois étant, de plus, au maximum de leur capacité. Outre ces trains spéciaux, les navettes régulières circulent, ce qui représente une vingtaine de trains par heure, également allongés à leur -maximum. Pour les retours du Midi, les manifestants ont dû s'armer de beaucoup de patience.

 

B. F.

 

 

 

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