mardi 20 janvier 2009

Le pays en colère(« La Meuse » du samedi 19 et dimanche 20 octobre 1996 pg 11)


Le pays en colère !

« La Meuse » du samedi 19 et dimanche 20 octobre 1996 page 11

 Les esprits sont loin de s'apaiser à deux jours de la marche blanche

Ceux qui misaient quatre jours après l'arrêt de la Cour de cassation sur le dessaisissement du juge Connerotte, sur un quelconque apaisement des esprits se sont lourdement trompés.

Au contraire, l'émotion qui anime la population semble avoir pris une nouvelle dimension. A deux jours de la marche blanche, les manifestants ont à nouveau crié leur colère au travers d'actions qui ont proliféré aux quatre coins du pays

- A Bruxelles, vers midi, les pompiers, les éboueurs, et un bon millier d'étudiants se sont rendus devant le palais de Justice. Les manifestants ont jeté des neufs sur le bâtiment. En outre, le personnel de la société Fiat à Auderghem a décidé d'arrêter le travail entre 13 et 15 heures.

Les ouvriers ont défilé dans le quartier. Ils ont par ailleurs décidé de verser 2 heures de salaire à l'association « Marc et Corine ».

- A Gand, 10.000 étudiants et écoliers ont défilé en paralysant les transports publics. Au fil des heures, les manifestants faisant le tour des principales écoles étaient de plus en plus nombreux.

- A Namur, plus de 900 personnes ont manifesté devant le palais de Justice. La manifestation a commencé par le débrayage du personnel de l'usine Kraft de Rhisnes. Des étudiants, le personnel des administrations communales et provinciales et le personnel d'un home pour personnes âgées ont rejoint le mouvement.

Une délégation a été reçue par deux magistrats du palais de Justice.

- A Charleroi, près de 300 ouvriers de l'entreprise sidérurgique ACEC/Transports ont arrêté le travail pour se rendre devant le palais de Justice. Ils y sont restés un long moment et n'ont pas manqué de témoigner leur mécontentement.

- A Braine-le-Comte, plus de 800 étudiants de l'école normale sont descendus dans la rue. Ils ont été rejoints par le personnel de plusieurs entreprises du zoning de Tertre et de Ghlin. Le groupe a été reçupar le bourgmestre.

- A Huy, un petit millier d'étudiants de toutes les écoles hutoises ont rallié avec leurs enseignants la Grand'Place. Une délégation a été reçue par la sénatrice-bourgmestre Anne-Marie Lizin.

- A Hannut, quelque 400 étudiants du secondaire, des pompiers et des membres du personnel communal ont manifesté. Ils ont été reçus par le bourgmestre Hervé Jamar.

- A Verviers, le centre a été perturbé par une manifestation silencieuse d'environ 200 personnes.

- A Virton, les employés et les ouvriers de la ville ont arrêté le travail entre 10 et 12 heures. Ils ont été rejoints par des commerçants et par des élèves.

Profitant de l'affluence au marché hebdomadaire, les 200 manifestants ont expliqué leur action aux passants.

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Légende photos :

Des travailleurs étaient hier encore sur la Grand' Place de Mons pour manifester contre l'arrêt de la Cour de cassation

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Légende photo  Didier Reynders :

Le chef de groupe PRL de la Chambre, Didier Reynders, a été écarte de la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Dutroux car sa soeur, juge d'instruction à Liège, a eu a connaître durant une semaine du dossier disparition de Julie et Mélissa (lors des vacances de la juge Doutrèwe)

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 Au Parlement, l'enquête de la dernière chance

« La Meuse » du samedi 19 et dimanche 20 octobre 1996 page 11

Quinze députés ont trois mois pour réussir l'impensable: dire toute la vérité, rien que la vérité sur l'enquête Dutroux-Nihoul. Mission casse-cou...

Le Parlement se jette à l'eau. Hier, les élus de la Nation se sont donné trois mois pour faire toute la lumière sur les dessous, policiers et judiciaires, de l'enquête menée dans «l'affaire Dutroux-Nihoul et consorts».

Trois mois pour remporter l'épreuve de vérité que n'ont pu (ou voulu ?) réussir ni les plus hautes autorités judiciaires, ni le Comité P théoriquement chargé de contrôler les polices.           Il est vrai que cette vérité risque fort d'être peu reluisante. Et a de quoi déranger. Il appartient désormais à quinze députés (3 PS, 2 CVP, 2 P, 2 VLD (dont le président, Marc Verwilghen), 2 PRL FDF, 1 PSC, 1 VU, 1 Agalev Ecolo, 1 Vlaams Blok) réunis au sein d'une commission d'enquête parlementaire, de relever ce défi sulfureux.

Quinze représentants du peuple condamnés à réussir. Premier vice-président de la Commission, Patrick Moriau ne nie pas l'ampleur de la tâche: «C'est une mission casse-cou. Une responsabilité et une pression énormes pèsent sur nos épaules. »

Pression de la population avant tout, « qui nous demande l'impossible : de réformer toute la Justice en trois

mois ». Ce n'est pas là l'ambition de cette commission d'enquête. Mais sa tâche est tout aussi périlleuse: dresser l'inventaire des plaintes constatées dans l'enquête sur l'affaire Dutroux-Nihoul et les affaires connexes qui pourraient y être liées; reconstituer les fils de l'enquête; décrire la manière dont les proches des victimes ont été informés du fonction nement des enquêtes. Bref, passer au peigne fin, révéler tous les cafouillages.

Et en tirer les leçons pour l'avenir.

Autant d'objectifs qui valent leur pesant de dynamite. Dotée des pouvoirs d'investigation d'un juge d'instruction, la Commission d'enquête a théoriquement les moyens de les atteindre.

Elle aura sur sa table les rapports des procureurs généraux près la Cour de cassation Jacques Velu et Eliane Liekendael ; du procureur général de Liège Anne Thily; du procureur général de Gand Schins; du commandant de la gendarmerie De Ridder ; du Comité P. Elle compte aussi prendre connaissance des éléments de l'opération Othello, l'enquête parallèle de la gendarmerie.

Les moyens de les faire parler

Mais les députés ne se satisferont pas de ces seules lectures. Ils se déplaceront sur les lieux des crimes. Surtout, ils convieront tous les acteurs de cet épouvantable drame, petits et grands, à se mettre à table.

Et ils ont les moyens de les faire parler, sous serment : depuis l'enquêteur de terrain jusqu'aux responsables des services de police ; depuis les juges d'instruction jusqu'aux plus hauts magistrats.

Déjà, certains affûtent leurs questions à l'intention d'Eliane Liekendael, du général DeRidder, de la juge Doutrewe; déjà, certains brûlent d'impatience d'entendre les versions du juge Connerotte, du procureur Bourlet. Mais aussi des victimes elles-mêmes et de leurs proches, que les parlementaires se sont engagés à entendre dans les plus brefs délais.

Fameux déballage en perspective. Plus question en tout cas de s'abriter confortablement derrière la raison d'État ou le devoir de réserve pour refuser de parler. Si huis clos il y a, ce sera pour des questions de dignité, pour ne pas étaler certaines horreurs sur la place publique. Pas pour éluder les questions gênantes. « S'il y a des résistances, il faudra les dénoncer. On ne peut plus se permettre de vivre dans cette nébuleuse », assène Patrick Moriaux.  

Quitte à courir droit vers l'épreuve de force ? L'ombre des travaux de la Commission d'enquête sur le banditisme et de ses limites plane toujours : « Le contexte est différent. La Justice n'est plus cette forteresse que personne n'osait remettre en cause.

L'épreuve de force est possible. En tout cas, je ne serai pas là pour faire de la figuration.

Plus question non plus de traîner: «Notre première réunion est prévue lundi. Dès la semaine prochaine, nous devons entrer dans le vif du sujet. La population attend trop de nous. » Jamais sans doute les représentants du peuple n'auront si bien porté leurs noms.

Nous sommes le dernier rempart, l'ultime chance de découvrir les dysfonctionnements», estime Patrick Moriau   Plus dur sera l'échec.

P.Hx.

 

 

 

 

 

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