mardi 20 janvier 2009

Une tragédie nationale(« La Meuse » du samedi 19 et dimanche 20 octobre 1996 pg 12)


Une tragédie nationale !

« La Meuse » du samedi 19 et dimanche 20 octobre 1996 page 12

Le Souverain n'a pas mâché ses mots pour décrire les horreurs mises au jour ces derniers temps

Le Roi a tenu parole. Il y a plus d'un mois, le Souverain s'était engagé à poursuivre le dialogue avec les parents des enfants assassinés ou disparus.

Hier, au Palais royal de Bruxelles, Albert II et Paola se sont remis à l'écoute du désarroi de ces familles frappées par le malheur. Mais cette fois, ce n'était plus dans l'intimité d'une audience, mais dans le cadre d'une vaste table ronde consacrée à la lutte contre la pédophilie et l'aide aux victimes.

De nombreux experts et spécialistes avaient été conviés pour faire part de leurs expériences et de leurs réflexions. Côte à côte, on voyait le délégué général aux droits de l'enfant Claude Lelièvre, les responsables de l'ASBL Marc et Corine, des psychiatres, des représentants des services d'aide aux victimes.

Mais parmi la cinquantaine d'invités, ce sont les parents surtout qui retiennent l'attention.

Ils sont tous là: ceux de Julie et de Mélissa, d'An et Eefje, de Loubna, la maman d'Elisabeth, mais aussi les parents du petit Liam, de Laurence, de Ken.et Kim, de Nathalie Geysbregts, de Ines Breughelmans, de Marc et Corine, de Joris Vieille, rassemblés autour de la même table.

C'est à ces familles unies dans le malheur que le Roi veut avant tout donner la parole.

Tenez bon!

Mais c'est d'abord Albert II, après avoir salué chaque participant, qui ouvre la réunion par un discours. L'heure n'est plus aux propos de complaisance. Le Souverain ne mâche pas ses mots, va droit au but: il parle de

«Véritable tragédie nationale » pour décrire les horreurs mises au jour.

Une tragédie qui doit être l'occasion d'« un sursaut moral et d'un changement profond dans notre pays ».

Il va rappeler aussi, appuyant sur chaque terme, qu' « une clarté totale doit être faite sur ce drame, ses origines et toutes ses ramifications et cela dans un délai raisonnable ».

Le Souverain renvoie chacun à ses responsabilités. Les autorités tout d'abord, desquelles il attend « une attitude d'humilité et de remise en question ». Car le Roi ne le cache pas: l'état a failli à l'une de ses tâches essentielles, qui est « d'assurer la sécurité de tous les citoyens, et en particulier des plus vulnérables nos enfants. Il faut reconnaître que dans ce cas ce fut un échec, de nombreuses erreurs ont été commises, et dans les contacts avec les familles des victimes, il y a eu un manque d'humanité ».

Mais Albert II veut aussi interpeller chaque citoyen, invité à collaborer avec les services de sécurité pour éviter de tels drames. Et de citer l'exemple « des personnes qui ont donné le signalement du véhicule ayant servi à l'enlèvement de Bertrix », ou des « volontaires et associations qui assistent des citoyens et leurs familles dans leurs contacts avec la Justice ».

Le Roi sait que le changement sera une oeuvre de longue haleine : « il faudra persévérer, tenir bon, rester vigilant pour ne pas retomber dans l'ornière ». Il a compris le désarroi que la population compte massivement exprimer ce dimanche dans les rues de Bruxelles. Il tient à s'adresser à ceux et celles qui organisent la marche blanche, pour les encourager à accomplir cette démarche « dans un esprit constructif et de respect de nos institutions démocratiques ».

Une façon, aussi, d'en appeler au calme. Qui venait en quelque sorte relayer le message du gouvernement publié à l'occasion de la marche silencieuse, jugée positive. Pour autant qu'il s'agisse d'exprimer «pacifiquement et en toute dignité leur engagement en faveur de la société et leur espoir en l'avenir ».

Au Palais royal, le Souverain va clôturer son discours en invitant les participants à se mettre au travail. Et en laissant la parole au ministre de la Justice De Clerck pour qu'il expose les mesures prises et celles qu'il envisage de prendre ». Le Roi aussi attend des actes.

P.Hx.

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Pour les parents un premier pas

« La Meuse » du samedi 19 et dimanche 20 octobre 1996 page 12

II est près de 20 h lorsque la table ronde organisée à l'initiative du Roi a clôturé ses travaux. Soit après près de 4 h de discussions, nécessaires pour permettre aux participants de s'exprimer sur la lutte contre la pédophilie et la politique d'aide aux victimes. A l'issue de la réunion, l'attention se portait sur les premières réactions des parents des enfants assassines ou disparus.

Profondément déçus cette semaine par la perte de tout espoir de conserver le juge Connerotte, les parents paraissaient avoir retrouvé un timide réconfort dans la tenue de cette réunion exceptionnelle. Le papa d'An s'en réjouissait, tout en espérant que « cette première rencontre du genre ne serait pas la dernière.

Nous avons retrouvé un peu de confiance, mais cela ne signifie pas que cette confiance retrouvée est totale. » La maman d'Élisabeth Brichet, elle aussi, considère cette initiative royale comme « un premier pas positif».

 Mais bien vite, c'est un gros regret qui perce dans ses propos « Dommage qu'il ait fallu attendre la mort tragique de Julie et Mélissa,d'An et Eefje, pour que ce premier pas soit franchi. »

Un souhait, a présent : « Que les paroles se concrétisent en actes, que les vrais responsables soient punis ! » Gino Russo retire également une première impression de «positif» dans cette réunion. Un premier espoir que « les choses bougent enfin. »

Mais il constate, amer et lucide: «pour nous, rien ne change. On va donc continuer à casser la langue de bois, à se montrer vigilant. »

Ont-ils au moins trouve dans le Roi un allié de poids dans leur combat ?

« Je crois qu'il veut sincèrement nous aider», poursuit le papa de Mélissa. Qui a tenu aussi à dissiper l'impression de profond abattement laissée ces derniers jours: « Ne pensez pas que nous soyons abattus par l'arrêt de dessaisissement de - Connerotte. On se reconstruit psychologiquement assez vite»...

Mais l'immédiat, c'est aussi cette « marche blanche » qui devrait déferler sur les rues de Bruxelles, dimanche. Une fois de plus, tous les parents ont lancé un ultime appel au calme et à la sérénité. Parce que, a rappelé le papa d'An, «nous ne marcherons pas pour le juge Connerotte ou contre la Justice, mais pour nos enfants. » Gino Russo invite également les manifestants à faire preuve de dignité. «Parce que, d'en haut, nos enfants vous regarderont »...

P.Hx.

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POLÉMIQUE

L’avocat Georges Dehousse se dit victime d'une campagne diffamatoire

« La Meuse » du samedi 19 et dimanche 20 octobre 1996 page 12

MAÎTRE Georges M. Dehousse, avocat de la famille Cools, s'est élevé hier après-midi contre ce qu'il estime être une campagne de diffamation exercée à son égard et qui, accuse t-il, est notamment initiée et relayée par les familles Lejeune et Russo.

Me Dehousse admet qu'il occupe parmi les 25 membres de son personnel un ouvrier qui peut être soupçonné de pédophilie; mais l'intéressé n'a aucun antécédent connu et ne possède en outre aucun casier judiciaire.

Or, cet homme a fait l'objet d'une enquête très poussée par les familles Lejeune et Russo qui n'ont pas hésité, selon Me Dehousse, à pénétrer chez lui et, pour tenter de lui arracher des aveux, lui ont martelé la tête contre une table. (NDLR: cela s'est passé avant la découverte des corps).

A cette même occasion, des mallettes contenant des documents auraient été dérobées et auraient ensuite fourni matière à des articles de presse parus dans des journaux néerlandophones.

Ceux-ci, accuse Me Dehousse, font également des amalgames calomnieux avec !e rôle d'avocat que j'ai assumé voici une douzaine d'années avec mes confrères Marcel Cools et Thierry Giet (fils de l'ancien avocat général) dans l'affaire dite du « Centre médical de l'Est ».

Me Dehousse fait également état de filatures et de photos de sa propriété prises par deux détectives privés à la demande, affirme-t-il, de Mme Russo. « Les deux familles doivent absolument se calmer, estime Me Dehousse. Plutôt que de vouloir faire justice elles-mêmes, elles feraient mieux de s'entourer de sages conseillers et de renoncer à des méthodes terroristes de gangsters. Malgré l'immense sympathie que j'ai pour leur cause, je serais obligé, si rien ne change de leur part, de recourir à des mesures de justice radicales ».

Pour sa part, Me Marcel Cools a souligné, vendredi, que sa famille qui, dit-il, est aussi une famille éplorée depuis le drame qui l'a frappé, ne se laisse pas aller à de tels errements. "Ce n'est pas parce que l'on a tué notre père en 1991 que nous allons tenter de mettre le pays a feu et à sang. Nous, nous continuons à faire confiance à la Justice, qui n'est pas complètement pourrie dans ce pays, et aux policiers, qui ne sont pas tous des imbéciles.

Il ne faut pas que l'on s'imagine que le monde entier est à vos pieds parce que subitement vous vous trouver sous le feu des caméras de la TV et devant tes micros des radios ».

Ce sont là de graves accusations, prononcées en des termes très durs, qu'a donc lancé Me Dehousse, lors d'une conférence de presse. Et qui appelaient, bien entendu, une réaction des familles Lejeune et Russo.

Se trouvant au Palais royal pour la Table ronde organisée sur la lutte contre la pédophilie et l'aide aux victimes, les parents de Julie et Mélissa ne pouvaient répondre de manière circonstanciée. C'est après la conférence de presse improvisée sur les marches du Palais, à l'issue de la réunion, que Gino Russo a rapidement pris connaissance de ce que Maître Dehousse leur reproche.

Manifestant une surprise un rien amusée, le papa de Mélissa s'est contenté de constater que

« Quand on n'a rien à se reprocher et qu'on a la conscience en paix, on ne réagit pas comme cela ». Bizarre, bizarre...

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Incident entre un jeune homme et l'avocat de Dutroux, à Liège

« La Meuse » du samedi 19 et dimanche 20 octobre 1996 page 12

Un incident a eu pour théâtre le quartier du Cadran, â Liège, vendredi, à 17 h 30. Unjeune homme a eu une altercation verbale avec l'avocat de Dutroux. Me Julien Pierre au café La Butte, au pied du Mont Saint-Martin.

L'avocat de Dutroux a fait irruption dans le café, accompagné d'un homme. A deux, ils auraient, selon des témoins, tenté d'embarquer de force le jeune homme dans leur voiture. Le jeune homme venait du cabinet de l'avocat. Selon plusieurs témoins, la scène s'est déroulée très rapidement. « Un Jeune homme a demandé  à se rendre aux- toilettes. Quelques instants plus tard, deux hommes l'ont suivi.                                                       

Un consommateur a dit: « C'est l'avocat de Dutroux! » Le jeune homme est remonté. Il était tenu par les deux hommes qui ont ensuite essayé de le faire entrer dans une voiture. La police a été prévenue et est arrivée». Le jeune homme a été conduit à la permanence de police.

 

 

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