lundi 20 octobre 2008

LES TÉLÉS AIDERONT LA JUSTICE (« Soir illustré »18 septembre 1996)


LES TÉLÉS AIDERONT LA JUSTICE

« Soir illustré » du mercredi 18  septembre 1996 page 44 et 45

 En 97, la Belgique aura son émission de télé sur "les affaires criminelles non élucidées". Le ministre de la justice, Stefaan De Clerck, prend connaissance cette semaine des propositions des chaînes. Il faudra harmoniser indépendance journalistique, audience, respect de l'enquête, mais surtout efficacité. L'on pense d'abord à d'autres affaires Julie et Mélissa.

Flamands et francophones ont répondu ce 15 septembre au cahier des charges remis en juin par le ministère de la justice. Cet "acte de candidature" survient en pleine crise, sous la lumière crue des récents événements.

Aucune chaîne n'a envie de passer à côté d'une émission souhaitée de longue date, rendue plus nécessaire encore par les développements de l'affaire Dutroux. Elles ont donc toutes répondu positivement en fonction des expériences étrangères et de leur propre sensibilité.

GARDER SA LIBERTÉ D'ACTION

A la R.T.B.F., un caucus a réuni Jean-Louis Stalport et son directeur, Michel Konen, Gérard Loverius, Jean-Pierre Gallet, plus trois directeurs régionaux, Claude Delacroix pour Bruxelles, Christian Druitte pour Charleroi, et Mamine Pirotte pour Liège. C'est finalement à ce centre, en particulier à André Leruth, qu'est confiée l'étude de faisabilité pour trois mois. Les grandes lignes sont d'ores et déjà connues: ce sera une émission de service, diffusée si possible en parallèle avec la BRTN pour couvrir tout le pays (avec des extensions à l'étranger si nécessaire dans des émissions-sueurs), on s'inspirera de Crime Watch à la B.B.C., on évitera tout sensationnalisme, il y aura 6 à 10 numéros mensuels par an, durée: 50 minutes, en lère ou 2ème partie de soirée, sur la Une, démarrage prévu en mars ou septembre 97, le tout visant à "renforcer la confiance du citoyen dans nos institutions".

La notion de service est primordiale, insiste Mamine Pirotte. C'est à dire aider la Justice. Il ne s'agit pas d'une émission d'information au sens strict du terme. Pour cela, nous avons Faits Divers ou Au Nom de la Loi à Charleroi auquel nous ne renonçons nullement, cela va sans dire.

Collaborer sans renoncer à ses principes déontologiques, là réside la principale difficulté de cette nouvelle relation justice-télés. La R.T.B.F. réagit en service public, mais ne veut pas pour autant "combler les déficiences de l'appareil judiciaire". Ou mener l'enquête à sa place. L'éthique professionnelle sous-tend la réflexion. A cet égard, le choix des affaires à traiter à l'antenne est fondamental. La justice voudrait décider seule de ce point important. Le risque de manipulation est réel, certains cas pourraient être mis en avant, ou a contrario écartés sans recours possible. Celle-ci souhaite que "le représentant de la chaîne dispose a tout le moins d'une voix délibérative dans la sélection des sujets et qu'il puisse éventuellement s'opposer à un sujet... (dans le but) d'accorder les intérêts de l'enquête avec ceux d'un programme de télévision de qualité". Autre point délicat: qui interviendra directement?

Pour la Justice, pas d'ambiguïté: "Ni la victime, ni sa famille, ni les témoins ne seront montrés. Leur nom ne sera pas cité". Ils sont pourtant souvent connus, objecte la R.T.B.F. qui demande "un examen au cas par cas".

D'autres éléments interviennent. La R.T.B.F. souhaite un coordinateur "sorte d'interface au quotidien entre la Justice, les services de police, et la chaîne". Elle a songé à la présentation: un décor sobre, un exposé rigoureux de l'affaire sur les lieux du délit, deux à trois séquences de service (prévention, assistance aux victimes) en fonction de l'actualité. Trois ou quatre dossiers seront évoqués par numéro avec intervention du responsable de l'enquête. La R.T.B.F. insiste sur un dernier point: une commission évaluera les résultats et un bilan sera dressé sur antenne, le public sera ainsi tenu au courant des progrès (ou pas), lui qui sera l'objet d'appels à témoins.

Nous ne voulons pas être un simple haut-parleur, précise Christian Druitte. Les journalistes maison ne sont bien sûr pas chauds d'intervenir dans une émission dont le scénario et les commentaires leur échapperaient, sans oublier les intérêts parfois contradictoires avec Au Nom de la Loi. Mais en terme de citoyenneté, on ne peut pas refuser,on se dit toujours que si on avait pu activer les choses grâce à la télé, on aurait peut être retrouvé nos petites filles vivantes.

Et puis la criminalité organisée se développant, il faut tout faire pour sauver gens.

 Précisons encore que l'émission ne se limitera pas aux disparitions d'enfants. Les attaques contre les biens et les personnes, et d'autres délits sont également visés. Si l'on suspecte un rapt, la R.T.B.F préconise enfin une réaction rapide, en concertation avec les enquêteurs. On ne peut plus se contenter des rebutants "avis de recherche" lus sur un ton monocorde. La cruelle actualité de ces dernières semaines l'a prouvé: il faut intervenir sans tarder.

UNE EFFICACITÉ MITIGÉE

Force est de constater que ce type d'émissions ne donne pas toujours des résultats. Jacques Pradel a plusieurs fois abordé la disparition de Julie et Mélissa sur TF 1, sans succès. Si aucun indice n'aide les enquêteurs, la télé peut rarement débloquer un dossier de façon décisive. Mais elle apporte une derniers indices recueillis par le Parquet de Liège à propos de l'assassinat d'André Cools se confirment, il est permis de penser qu'en Belgique, même le meurtre est devenu une partie de la lutte politique...

Contribution bienvenue dans le climat actuel. Il existe des milliers de Julie et Mélissa et des milliers de "profanateurs d'enfants". Médiatiser une affaire aide à briser le mur du silence. A l'heure où les ravages de la pédophilie éclatent au grand jour, la télé peut fournir un début de réponse sensée et démocratique face à cette forme de toxicité sociale que sont le doute ou la méfiance face à la justice (même si c'est amplement justifié). A R.T.L., on prend également position, selon sa culture d'entreprise.                                                                                                                                                                                      O.K. pour une mise en commun dans le respect des compétences respectives, avance Eddy De WiIde. Ça ne me dérange Pas que la justice fixe les affaires à traiter, c'est dans ses attributions. Rien ne m'empêchera de traiter certaines autres affaires ailleurs. Je pense en revanche que tous les protagonistes doivent pouvoir intervenir. La télé est un vecteur possible pour faire avancer l'enquête, mais pas question pour nous de nous substituer aux magisirats. Nous pensons surtout télé, et donc utilité. Pour cela, il faut une émission très regardée, sinon elle ne sert a rien. On bannira bien sûr tout voyeurisme et dramatisation excessive.

La chaîne privée songe éventuellement à une collaboration avec V.T.M. Elle noue des contacts avec différents partenaires et semble moins réticente à se plier aux conditions du ministre. Eddy De Wilde regrette néanmoins «ne pas avoir été entendu en amont, pour faire part de ses remarques préalablement». Mais il croit en la formule et rappelle que T.V.I. songe depuis plusieurs saisons à une émission de ce genre. Pour lui, l'énoncé est clair: il faut penser aux victimes et tenter par ce biais «d'humaniser le justice» tant critiquée aujourd'hui.

Bernard Meeus.

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CE QU’ON DIT DE NOUS

« Soir illustré » du mercredi 18  septembre 1996 page 44

Au travers des affaires Dutroux et Cools, la presse européenne tire à boulets rouges sur la Belgique.

Le désarroi des Belges – Le Monde - France : "Les Belges ont mal à leur Belgique. D'Anvers à Mons et d'Ostende à Arlon, les citoyens d'un pays si longtemps dit de Cocagne se demandent dans quel État ils vivent et quelle est la nature du pouvoir qui les dirige...

Toutes deux (les affaires) ont toutefois un point commun, celui d'avoir mis en lumière les fonctionnements erratiques d'une justice et d'une police minées par la corruption, le clientélisme et l'incompétence...

Obsédés par les querelles entre francophones et néerlandophones, les hommes politiques du royaume, de toute tendance et de toute appartenance linguistique ou régionale, ont négligé ce qui est aussi le rôle de l'État, garantir le fonctionnement d'une puissance publique chargée de protéger les citoyens...

La Belgique n'est pas l'ex Yougoslavie mais les Européens devraient comprendre que se crée au coeur même du Vieux Continent une zone de vide".

La mafia dans l'assassinat de Cools - Il Giornale - Italie

"L'affaire Cools ressemble à une histoire italienne. Le système politique belge ressemble de plus en plus au système politique italien du début des années 90..."

L’ascention et la chute d'un ministre-tueur - La Republica -Italie: "Richard Taxquet semble avoir des amitiés dans le milieu mafieux de Liège... Et si Van der Biest était un pion sacrifié dans une partie d'échecs dans laquelle les joueurs sont encore au-dessus de tout soupçon?"

Les mystères du Pays Honnête - La Stampa - Italie: "Plus personne n'est prêt à parier le moindre centime sur l'honnêteté des socialistes... La Belgique, comme état unitaire, est au bord du gouffre.

Un pays humilié par l'horreur - The Independent - Grande-Bretagne: "Malgré les démissions et les éclats publics périodiques de protestation, les autorités judiciaires l'ont jamais réellement pris à bras le corps la corruption endémique sans le système politique belge".

Pourriture en Belgique - DieWelt - Allemagne: "Les crimes imputés à Marc Dutroux semblent être la pointe d'un iceberg qui commence à fondre et qui libère de plus en plus d'exemples de turpitude morale. Il semble que l'argent, l'avidité et la corruption aient pris le pouvoir dans la société. Si les derniers indices recueillis par le parquet de Liège à propos de  l'assassinat d'André Cools se confirment, il est permis de penser qu'en Belgique, même le meurtre est devenu une partie de la lutte politique...

 Les Belges au supplice de la conscience - Financial Times -Grande-Bretagne: "Quelle que soit la vérité, les crimes de Dutroux posent un terrifiant défi à la justice criminelle belge qui souffre d'un manque de moyens, d'une piètre organisation et d'une influence politique, par l'intermédiaire de la nomination des juges".

 

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