lundi 20 octobre 2008

Ceux qui ne se tairont jamais ( « Soir illustré » du mercredi 18 septembre 1996)


Ceux qui ne se tairont jamais

A Liège, tous solidaires de l’association des parents de Julie et Mélissa

 « Soir illustré » du mercredi 18  septembre 1996 page 38 et 39

Pareils aux membres d'un jury face à une société qui perd ses références, ces parents, désormais compagnons dans la douleur, uniront leurs forces pour tenter de rendre le monde plus juste.

Face aux journalistes, les parents de Julie et Mélisse, entourés des autres parents qui ont perdu un enfant, ou désespèrent de le retrouver vivant, étaient pareils à un jury devant juger en âme et conscience la société telle que nous tous, nous l'avons construite. Avec cette dignité forçant le respect, eux qui pourraient se refermer sur leur peine que nous savons infinie, incarnaient le Droit, d'un seul bloc de souffrance partagée. Ils étaient ceux d'entre nous qui ont le droit de dénoncer les dérives, sans être susceptibles de dérives extrémistes, de plaider pour l'humanisation de la Justice, mais aussi de l'Etat. Pour exercer ce droit, ils ont donné leur chair. Et ce voyage au bout du désespoir leur procure une liberté qui donne le vertige. Auront-ils la force, eux qui sont des parents blessés à mort, des gens comme les autres, auront-ils la force d'aller jusqu'au terme de leur volonté de Justice? Gino Russo mortelle que oui: "Pour trouver cette force, il me suffit de fermer les yeux et de penser à Julie et Mélissa".

 « ET JULIE ET MELISSA SERONT TOUJOURS VIVANTES »

Un lien sacré les unit. Ils ne craignent pas de briser les tabous, ne respecteront jamais la loi du silence, même si l'État doit être mis en cause. Ils savent qu'il faut être attentif à la démocratie pour la protéger. Autour des parents de Julie et Mélisse, un comité de soutien s'est constitué depuis de longs mois. Ils sont 150, venus de tous les horizons, dont une bonne vingtaine disponibles au jour le jour. Tous les dimanches matin, ils se rencontrent pour renforcer leur cohésion en réfléchissant, en prenant du recul. Ensemble, autour des parents de Julie et Mélisse, ils aideront les Lejeune et les Russo à mener le combat qui permet à leurs filles de rester vivantes dans les mémoires, et d'empêcher que d'autres enfants, aujourd'hui, demain, un jour lointain peut-être, ne soient sacrifiés, dans le silence d'une société qui préfèrerait ne pas voir en face une réalité qui inspire de la répulsion.

 Tour à tour, ils ont pris la parole. Chacun de leurs mots allait au cœur et à la raison. Ces gens-là représentent la dignité des Belges. Eux qui refusent de crier vengeance sentent qu'ils portent les espoirs de ceux qui voudraient crier leur angoisse face à un avenir sombre. Une lame de fond porte ces parents. Quarante mille lettres sont arrivées à Grâce-Hollogne, 510.000 photos de Julie et Mélissa déposées dans les bureaux de poste sont parties en trois jours. On en imprimera 500.000 autres, pour répondre â l'émotion manifestée depuis des semaines.

SOUTENIR LA VIGILANCE

L'association des Parents de Julie et Mélissa naîtra bientôt officiellement. Les noms des petites seront protégés. Pas question de les laisser tomber aux mains de ceux qui chercheraient à en tirer du pouvoir, ou du fric. l'objectif des parents de Julie et Mélisse est de réunir autour de tous les parents dont les enfants sont des victimes, un comité de soutien brisant cette solitude dont ils peuvent témoigner. Plus tard, il faudra penser à une fédération des comités. Mais les Lejeune et les Russo ont besoin de se battre au nom de leurs filles, de prendre la parole pour leur rendre Justice.

Leur priorité est de combattre la pédophilie, de quelque façon qu'elle soit organisée, et de préserver et délibérer tout enfant victime. Ils oeuvreront pour changer les mentalités de l'institution judiciaire et policière: priorité à l'enfant en donnant priorité au dialogue et à la collaboration avec les parents des victimes.

"Nous sommes convaincus que le système actuel ne changera pas sans pression continue de tous ceux qui nous ont apporté leur solidarité" constatent les parents, qui insistent sur leur totale indépendance. Ils lutteront pour que les lois soient appliquées, pour que les promesses politiques soient tenues, pour que les discours ne couvrent plus l'absence d'action.

Ils évoquent la dictature et la fausse démocratie. Entre ces deux types de société, l'hypocrisie se déploie.

Démocrates, les parents de Julie et Mélissa prennent leurs responsabilités, en vrais citoyens.

Quand le fracas des affaires qui secouent le pays sera oublié, il faudra bien que des voix rappellent que tout reste à faire, pour sauver d'autres Julie et Mélissa, An et Eefje. Voici quelques jours, le procureur du Roi Poncelet,à Tournai, qui pleure son fils Simon, n'a pas dit autre chose. Lui non plu n'a pas d'informations sur l'enquête concernant la mort de son fils, inspecteur à le PJ de Mons assassiné alors qu'il était de permanence.

Marcel Leroy

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COURAGE ET DIGNITÉ

La maman de Métissa, d'une voix émue mais empreinte de force, a rappelé que sauver d'autres enfants était leur manière de garder Julie et Mélissa en vie,dans leurs coeurs.

L'ACCÈS AU DOSSIER: PLAIDOYER POUR LES VICTIMES

Les parents de Julie et Mélissa réclament l'accès au dossier d'instruction. Dutroux pourra en explorer tous les détails, alors que les parents n'auront droit de le consulter qu'un mois avant le procès. Ils veulent toute la lumière, sur une question qui les ronge: aurait-on pu sauver leurs enfants?

Pourquoi l'enquête sur l'enquête a-t-elle été confiée au procureur général de Liège, alors qu'il s'agit peut-être de porter le fer dans une plaie liégeoise? Cela dépasse la personne de Mme Anne Thily.

Question de principe. Au-delà de ces questions urgentes, les parents de Julie et Métissa veulent faire progresser le droit des victimes. Ils auraient voulu pouvoir identifier eux-mêmes le corps de leurs enfants.

Ils estiment que les victimes ne sont pas considérées en adultes. Ils attirent l'attention des parlementaires sur le projet de loidit Projet Franchimont.

Pourquoi une chambre de recours à la décision du juge d'instruction d'accorder l'accès au dossier, par les victimes, sans appel, n'est-elle pas prévue? Sans ce contrôle, le projet Franchimont serait un leurre de plus. Ils se souviennent des promesses du ministre Wathelet.

En 1992, quand sortit le livre « Vivre avec une Ombre », préfacé par le ministre de la Justice, il promit d'organiser une table ronde avec les parents des victimes. Promesse non tenue.

 

M.L.

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