jeudi 10 juillet 2008

Un miroir pour la justice('DH'jeudi 22 août 1996 p7)



L’éditorial de Paul Masson

Un miroir pour la justice

« DH » du jeudi 22 août 1996 page 7

En décembre dernier, lors d'un colloque Presse et Justice organisé au Sénat, l'implacable procureur général Velu et le prétentieux juge Panier s'étaient sévèrement attaqués à la presse.

Cette irritation qui était accompagnée de propositions visant à encadrer la liberté de la presse montrait à l'évidence que celle-ci dérangeait le pouvoir judiciaire et lui tendait un miroir dans lequel il n'aimait pas trop se regarder.

Avec la tragédie Julie et Melissa, c'est l'opinion qui, à son tour, tend ce miroir à la justice et lui demande avec impatience et colère de se réformer, de changer d'état d'esprit, de sortir de son insolente suffisance, bref d'améliorer les services qu'elle est censée rendre au pays et à ses citoyens.

Cette épouvantable affaire d'enlèvements de jeunes filles et peut-être de réseau de prostitution de mineurs, dans laquelle la justice se prend les pieds depuis plus d'une année, vient s'ajouter à son incapacité à résoudre l'assassinat d'André Cools ou à faire la lumière sur les tueurs du Brabant wallon.

Cela fait beaucoup en quelques années...Les critiques s'adressent à tous les niveaux de notre système judiciaire : depuis le ministre qui passa outre aux mises en garde des magistrats jusqu'aux assistants sociaux en charge du suivi des libérés conditionnels, en passant par les enquêteurs qui ne font pas confiance aux parents et aux juges d'instruction assis sur leurs dossiers. Critiques aussi à l'égard de tous ceux qui ont la responsabilité de protéger la société et surtout les jeunes contre les prédateurs.

Comment est-il possible qu'un Dutroux, repris de justice notoire, sans revenus fixes sauf le chômage, puisse posséder une demi-douzaine de maisons, des voitures, des engins de terrassement et que ce train de vie n'attire pas l'attention de l'administration communale ou de services fiscaux pourtant bien tatillons à l'égard des honnêtes citoyens
Que l'on choisisse la solution des peines incompressibles, d'un tribunal d'application des peines, d'un suivi médical et social plus sévère ou d'une nouvelle commission, comme le préconise le ministre De Clerck, suffira peut-être à régler le problème de la conditionnelle dont il est presque exclusivement question aujourd'hui.

Cela ne suffira pas à réhabiliter l'ensemble de la justice, ni à corriger ses erreurs. Il faut pour cela qu'elle fasse son autocritique et que le législateur procède sans retard mais sans précipitation à une réforme de son fonctionnement.

Cela demandera beaucoup de courage et de volonté politiques. La pression de l'opinion sera encore bien nécessaire.
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Colère et impuissance

« DH » du jeudi 22 août 1996 page 7


BRUXELLES - Les réactions et les mots de soutien destinés aux parents de Julie et Melissa continuent d'affluer. Ces réactions sont toutes imprégnées d'un sentiment de colère, de haine, d'impuissance mais surtout de tristesse. Tristesse face à la dérive de la société, face à l'indifférence des gens. Tristesse, mais également indignation, face au manque de réaction de l'ex-ministre de la Justice, Melchior Wathelet.

Malgré cela, les Belges restent fidèles à eux-mêmes, solidaires face à l'adversité. Beaucoup d'entre vous ont réagi : nous ne pouvons malheureusement pas citer tout le monde mais nous avons retenus différents témoignages que nous vous livrons ci-dessous.

Serge Meurisse, de Kain se demande qui sont ceux qui ont libéré Dutroux : « Selon les psychiatres,les pédophiles sont des malades et nous, gens normalement constitués, ne serions pas à même de les comprendre. Si nous ne sommes pas à même de les comprendre, qui sont ceux qui les ont libérés ? Sont ils atteints de la même maladie ou ne sont-ils que des pistonnés incompétents ?

Paul Pierret, de libramont, médecin de son état, ne partage pas l'avis de M. Meurisse. Pour lui,
« de tels individus ne sont pas des malades, mais des pervers incurables et irrécupérables dont la société devrait définitivement se débarrasser au lieu de vouloir exorciser le mal en le mettant sur le dos des médecins.

Jean-Claude Dupré, de Tournai propose, quant à lui, la construction de prisons spéciales pour pédophiles où on les regrouperait entre eux. Il veut également que des gens condamnés à perpétuité ne ressortent pas après quelques années pour bonne conduite.
D'après lui, si ces individus passent le restant de leurs jours en prison, peut-être auront-ils le temps de prendre conscience de la monstruosité de leur acte.

Et les prisonniers eux-mêmes réagissent. Ainsi, Ernest de Logie prend la parole au nom des détenus de la prison de Jamioulx. Il voudrait qu'on ne fasse pas d'amalgame entre les actes pervers des pédophiles et les autres détenus. Ils ont également peur d'un ralentissement des mesures de libération conditionnelle, ainsi que du manque de grâce royale pour des prisonniers de droit commun.

Lucien de Deyn, de Woluwe Saint-Lambert, psychologue de formation, voudrait créer un groupe de travail chargé d'étudier, de fond en comble, le système éducatif dans notre pays. Selon lui, s'il y a tant de déviances en Belgique, c'est qu'il y a une faille quelque part dans notre système d'éducation. Pour lui, il faudrait essayer de réparer les erreurs qui existent dans ce système.

Frédéric Hagon, d'Ecaussinnes n'est sans doute pas psychologue mais il s'interroge néanmoins sur la consciente. Pour lui, nous sommes tous nés avec une conscience nous permettant de distinguer le bien du mal, afin de nous guider dans le droit chemin. «Nous avons tous une conscience et c'est pour cela que je ne pense pas que la pédophilie soit incurable. D'ailleurs, dans le dictionnaire, on ne parle pas de maladie mais bien d'attirance sexuelle vers des enfants. Je pense que si l'on enfermait ces gens en prison à vie, ils auraient le temps de se rendre compte de ce qu'ils ont fait. »

Eddy Van lanckere, d'Ucde se pose des questions : « J'espère que la mort de leurs petites victimes ne sera pas inutile, que ces actes ignobles pourront éclairer nos responsables de la justice, nos députés, nos sénateurs et leur apporter le courage et la détermination de changer, dans les délais les plus brefs, la loi Lejeune. »

Différentes idées

Jean-Philippe, de geauvechain espère que ces deux anges ne sont pas morts pour rien. A cette fin, il donne deux conseils. « lors des perquisitions, les policiers devraient toujours emmener des chiens, ceux-ci sont capables de détecter ce qui passe parfois à côté des hommes. Ensuite, et je m'adresse à l'ensemble de la population; soyez vigilants. Sans ce gamin qui a noté !a plaque d'immatriculation de !a camionnette de Dutroux, ce dernier courrait toujours. Ayez toujours un bic et un bloc-notes dans votre voiture, il se passe tellement de choses sur les routes

Isabelle Moret, d'Anderlecht voudrait que l'on imprime les visages des enfants disparus sur les emballages d'aliments de consommation courante comme cela se fait dans de nombreux pays. Elle nous explique, d'autre part, qu'elle avait oublié les visages des autres enfants disparus en Belgique.

Pascal Murtin, de Liège va encore plus loin. Il se demande pourquoi une asbl comme Marc et Corine ne fonderait pas un parti politique. Il est sûr que celui-ci drainerait une partie importante de la population. « En Belgique, on fait beaucoup d'efforts pour faire partie du gratin européen alors que les gens, dans le pays, ne sont plus heureux; ils ont peur pour leurs enfants. Ce qui se passe, c'est qu'une fois élus, les hommes politiques ne pensent plus qu'à leur propre profit ».

Baudouin Raymond, de Bastogne exige également la démission de l'ex-ministre de la Justice.
Pour lui, M. Wathelet ne mérite plus d'occuper une fonction représentative à quelque niveau que ce soit. Selon M. Raymond, Melchior Wathelet ne représente plus que lui-même !

Poème
Terminons par quelques lignes extraites d'un poème envoyé par
Pierre Decubber, de Bruxelles.
Combien de fois n'ont-elles pas pensé à leurs parents?
-Quels sévices ont-elles subi en pleurant tout doucement?-
-Elles ont dû voir cette femme complice, cette maman
-Que le législateur a libéré également
-Là-haut, dans le ciel, il y a deux nouveaux anges
-Qui expliquent à Saint-Pierre que la justice est bien lente
-Qu'il y a sur cette terre des hommes mechants
-C'est certainement ce qu'elles racontent dans leur langage d'enfant. ».

Ni. Ke.

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Scepticisme en Slovénie

« DH » du jeudi 22 août 1996 page 7

LJUBLJANA - Contrairement à des pays comme l'Allemagne ou l'Autriche, où la sinistre affaire Dutroux faisait, mardi encore, la une de la plupart des quotidiens, en Slovénie la presse a été relativement discrète ces derniers jours.

Croire que la chose ne suscitait pas une émotion certaine serait pourtant une erreur. Si, dans la rue, tout le monde n'était visiblement pas au courant, les personnes pouvant être concernées par le dossier savaient très bien, hier matin, de quoi il s'agissait. Ainsi, alors que nous étions très courtoisement reçu par Janez Muzic, le responsable de la communication du ministère slovène de l'Intérieur, une demi-douzaine de copies de dépêches et d'articles évoquant les tristes disparitions s'empilaient sur le bureau de celui-ci.

« En fait, nous explique M. Muzic dans un français impeccable, en ce qui concerne An Marchal et Eefje Lambrecks, nous avons été prévenus par Interpol, il y a un an déjà, à l'époque de la disparition.

A ce moment, nous avons déployé toutes les procédures de routine habituelles, mais cela n'a rien donné. »
Mais aujourd'hui ? « Nous n'avons pas été avertis d'un quelconque indice de la présence des deux filles sur notre territoire.
Mais, de vous à moi, je les imagine assez peu se livrer à la prostitution chez nous. Vous savez, ce ne sont plus de petites filles... Et il me paraît bien difficile de les cacher dans le type d'établissement que l'on trouve chez nous. Dans certains pays arabes, peut-être, mais ici non!»

Réseaux de l'Est
Pour fanez Muzic, la prostitution est néanmoins un problème de plus en lus important en Slovénie : « Il faut distinguer deux formes de prostitution chez nous: Il y a d'abord celle qui est le fait de femmes slovènes mêmes et qui est surtout une prostitution occasionnelle, liée aux difficultés économiques. Beaucoup de femmes ont perdu leur travail, ces dernières années, alors elles font ça de temps en temps »...

Plus préoccupante est la prostitution organisée en provenance des ex-pays du bloc de l'Est.

Comme nous l'explique notre responsable : « Beaucoup de filles arrivent en Slovénie comme de soi-disant artistes. Seulement, voilà, elles n'exercent pas bien longtemps le métier d'artiste. Leur patron saisit leur passeport et, après cela, il les tient Ces filles viennent principalement de Roumanie, de
Hongrie, d'Ukraine et de Bulgarie.
Mais je n'ai jamais entendu parler de filles en provenance d'Europe de l'Ouest.
« Paradoxalement, poursuit M. Muzic, si elles se font exploiter par des proxénètes, ces filles préfèrent travailler ici plutôt qu'en Allemagne, en France ou en Italie. Il faut dire qu'ici les règles du milieu sont beaucoup plus souples. Leur vie est plus Facile: elles gardent plus d'argent et elles ne se font pas battre ou menacer pour un oui ou un non. Ce qui ne nous empêche pas de retrouver toujours autour de ces réseaux les mêmes types de délinquance que partout : la drogue, la fausse monnaie et les armes.

D'où viennent les clients ? « Un Slovène gagne en moyenne 80.000 tolarji (20.000 FB) par mois, ce qui rend la prostitution très chère pour mes concitoyens, une passe moyenne ne se négociant jamais en dessous de 12.000 tolarji.

Pratiquement, la plupart des clients viennent d'Italie. C'est ainsi qu'il y a pas mal de clubs installés dans les stations balnéaires proches de la frontière. Si les trois grandes villes du pays, Ljubljana, Celje et Maribor, sont également touchées, c'est sans doute plus par la prostitution occasionnelle.

On cite le nombre de quelque 3.000 prostituées en Slovénie. « Cela me semble énorme, s'étonne M. Muzic. Pratiquement, nous en coinçons une bonne centaine par an. Car, même si nous en voulons principalement aux proxénètes, il faut savoir que la prostitution est illégale en Slovénie. Certains pensent qu'en légalisant les bordels, on pourrait canaliser la chose, mais, en tout cas pour ce qui concerne les occasionnelles, elles resteront de toute manière rétives à toute organisation.

Ph. B

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Gros succès pour la pétition

« DH » du jeudi 22 août 1996 page 7

BRUXELLES - Le dossier Dutroux ne laisse manifestement aucun Belge insensible: pour preuve, les manifestations spontanées de soutien aux parents des petites Julie et Melissa, mais aussi ces signatures, qui, par dizaines de milliers, déjà, affluent au siège de l'asbl Marc et Corine.
« Les formulaires nous arrivent de tout le pays, commente-t-on à l'asbl. Tandis que des centaines de fax nous en réclament davantage. Nos lignes sont constamment surchargées... »

Une seule doléance, au passage : celle de voir des signataires modifier le texte original de la pétition, en y laissant le logo de l'asbl.
Celle-ci espère d'ores et déjà un meilleur suivi que voici quatre ans, quand elle avait, au lendemain de la mort de Marc et Corine par des truands en liberté conditionnelle, remis des dizaines de milliers de signatures au parlement...

Autre pétition : celle organisée par l'opération Marie-France Botte (11, avenue de la Jonction, 1060
Bruxelles), qui exige, par le biais de sa mascotte Mimi fleur de cactus, une politique cohérente en matière de pédophilie. 300.000 formulaires ont été imprimes et retournent déjà à l'association par centaines.

Enfin, à Amay, deux dames, directement concernées par le problème de la pédophilie, ont, appuyées par les parents Lejeune, Russo et la chanteuse Muriel Dacq (Mme Werpin, 8, clos des Wallons, 4540 Amay et Mme Naveau, 11, rue de la Sablière 4540 Amay), initié une opération cartes postales toutes les cartes recueillies à leur adresse, portant la mention « Pour nos enfants », seront remises aux parents des fillettes, qui devraient eux-mêmes les apporter au ministre de la Justice.

Ici encore, il s'agit de considérer la sécurité des enfants comme prioritaire et d'exiger des peines plus lourdes, incompressibles, pour les assassins...

N.F.




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