jeudi 24 juillet 2008

fouilles pénibles sous la pluie ('Nvl Gazette'29 août 1996 p5)


Aux yeux du monde

Edito de Benoît DEGARDIN

«La Nouvelle Gazette» du jeudi 29 août 1996 page 5

On parle toutes les langues aux abords de la rue Daubresse à Jumet. Les GSM grésillent, les flashes crépitent, les pieds pataugent, et au milieu de ce ballet bruyant autant que boueux, les journalistes de télévision tentent de se concentrer pour réciter leur texte face caméra. Ne parlons même pas des premières pages de la presse du monde entier.

Le dossier Dutroux est incontestablement l'événement médiatique numéro un de ce mois d'août.- Et ce n'est pas seulement parce qu'il a pour personnage central un désaxé, pour décor des bicoques sordides et pour précédent l'affaire de Gloucester.
Des confrères de la BBC venus prendre le pouls chez nous ont résumé tout l'intérêt de l'opinion publique en deux mots: les enfants.

Le sang, la mort, la perversité entrent moins en compte ici que la nature des victimes : on a touché à l'innocence. Et c'est une fois de trop.
Inlassablement et avec de plus en plus d'audience, les campagnes contre la pédophilie s'intensifient. Le congrès de Stockholm qui s'est ouvert mardi en est en quelque sorte un premier aboutissement.

Mais il manquait une histoire concrète, quelque chose qui confirmerait aux yeux de tous de quoi la pédophilie est capable et quel est le martyre de ceux qu'elle utilise comme «matière première».
Eh bien, tout cela, on l'a trouvé à Marcinelle, à Sars la Buissière et peut-être demain à Jumet, ou ailleurs.
Les trafics d'enfants et les abus sexuels en tous genres qu'ils alimentent sont enfin sortis des rapports de commissions, des notes de synthèse et des revues médicales spécialisées.

D'un seul coup de projecteur, on peut imaginer aujourd'hui ce qu'est la souffrance d'une Miette de dix ans -qu'elle soit livrée à un Dutroux dans la cave d'un taudis ou à un touriste allemand sur une plage des Philippines et quelle ingéniosité un pédophile peut déployer pour arriver à ses fins

Il a fallu des drames et des visages pour que cette évolution abominable des moeurs devienne une réalité, quelque chose que l'on voit et qui devient insupportable.
Cette découverte à donc au moins le mérite de nous ouvrir les yeux.

Benoît DEGARDIN
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On ira jusqu’au bout...

«La Nouvelle Gazette» du jeudi 29 août 1996 page 5

On ira jusqu'au bout pour retrouver des corps s'il y en a» a déclaré hier le commandant Johan Dewinne, responsable de la DVI, en parlant des fouilles à Jumet.
Le chalet, le terrain et les annexes de Jumet seront systématiquement fouillés, grâce à tous les moyens humains et techniques dont disposent les enquêteurs. Le commandant Johan Dewinne estime que ce sera fait d'ici vendredi soir.
Pour l'instant, a-t-il confirmé, aucun corps n'a été trouvé. Il a précisé que les 5 endroits creusés dans le hangar n'ont pas donné de résultat.

Quant au terrain, il faut d'abord le débarrasser de la couche de remblai, épaisse de 3 à 4 mètres: «Au dessous, quand on arrive à la terre ferme, on peut presque voir à l'oeil nu si la terre a été remuée. Si c'est le cas, on creuse ra plus profond.»

Dans les caves, le radar n'a rien repéré, mais elles ne sont pas encore entièrement déblayées.
L'équipement technique utilisé permet de déceler les cavités.
Ainsi, mercredi après-midi, il a permis de repérer une «cavité»: il s'agissait en fait d'une bouteille enterrée!
Après Jumet, les enquêteurs fouilleront les autres propriétés, «selon les demandes du procureur du Roi de Neufchâteau».

A Sars-la-Buissière et à Keumiée, la protection civile prépare déjà le terrain.

Enfin, les enquêteurs sur place disposent des dossiers concernant les disparitions inquiétantes des dix dernières années qui pourraient être liées à l'affaire Dutroux, ils sont au nombre de 13: «Ces dossiers nous aideront à identifier les corps si nous en trouvons», dit encore M. Dewinne qui commande la DVI
(Disaster Victim Identification), spécialisée dans les identifications des victimes lors des catastrophes.

An.D.
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Jumet : une gadoue à 5 mètres de profondeur

Des fouilles pénibles sous la pluie


«La Nouvelle Gazette» du jeudi 29 août 1996 page 5

Mercredi, les fouilles se sont poursuivies toute la journée à Jumet, tout autour du chalet de
Weinstein. Dans des conditions très difficiles à cause de la pluie. Et apparemment sans résultats pour l'instant.

Le périmètre de la rue Daubresse à Jumet est resté bloqué toute la nuit et toute la journée de mercredi.
Et la pluie est tombée, à verse, à seau, inondant tout le site des recherches, tant à l'intérieur du hangar qu'à l'extérieur, dans le terrain vague, où les enquêteurs travaillent toujours sur base des indications de Marc Dutroux.
La nuit précédente, celui-ci leur avait plus ou moins montré quatre endroits où chercher, apparemment en leur citant des
noms...

La propriété est trouée comme un gruyère
Vers 10 heures du matin, les enquêteurs se sont donc remis à l'ouvrage. Simultanément à l'intérieur du hangar et sur le terrain vague. Pendant ce temps, les opérations de déblayage ont continué à Sars-la-Buissière.
A l'intérieur du hangar de Jumet, les fouilles se font à la pelle, en quatre endroits différents: par précaution, afin de ne pas endommager ce que l'on pourrait dégager, mais aussi parce qu'il n'est pas possible d'y amener une grue. Les trous sont profonds d'environ 1,5 mètre à 2 mètres, et, selon le porte-parole de la gendarmerie, ils n'ont encore rien «donné».
A l'extérieur, une partie du terrain a été creusée sur 5 à 6 mètres de profondeur: «A partir de maintenant, on ne creuse pas plus profondément, mais on élargit l'excavation».
On le croit sans peine: toute la journée, des camions de la protection civile ont emporté des bennes entières de terres. Visiblement, les fouilles extérieures n'ont pas encore permis de dégager quoi que ce soit d'intéressant non plus.

Le major Boudin fait désormais ses communications en quatre langues (français, néerlandais, anglais et allemand) sans se départir de son flegme face aux nombreuses questions qui l'assaillent:
«Je n'ai pas d'informations là-dessus» est la réponse qui revient le plus souvent dès que l'on essaie d'aborder un autre sujet que l'état d'avancement des travaux. Ce que l'on sait, c'est que ni le superintendant britannique John Bennett ni le procureur du Roi de Neufchâteau ne se trouvent à Jumet. Ce qu'il dit aussi, c'est que, contrairement à une rumeur persistante, on n'a pas trouvé de tunnel ou de souterrain.

Au même moment, un responsable de la protection civile parlait pourtant d'une «cavité retrouvée en dessous d'une dalle de béton»...
Au tour des caves

Tout au long de la journée, la pluie a redoublé d'intensité. A tel point que la ville a fait installer deux marquises à l'entrée de la rue pour protéger les journalistes qui attendent patiemment. Les badauds, eux, sont nettement plus clairsemés que la veille...

A 17 heures, le porte-parole, le major Jean-Marie Boudin, annonce que l'on a déblayé une partie des sous-sols du chalet de Bernard Weinstein: les chiens hollandais (spécialisés dans la recherche de cadavres) y sont passés. On doit aussi les examiner à l'aide du matériel anglais de détection. Mais même si le «ground-radar» indique quelque chose, il n'est pas prévu de creuser dans les caves ce mercredi: «On doit d'abord déblayer toute la maison avant de commencer à y creuser».

Il explique également que la pluie et la gadoue rendent très difficiles les recherches du «nez hollandais», Harry Jongen.
Cet officier hollandais est spécialisé dans la recherche de corps datant de la deuxième guerre mondiale et a acquis une expérience unique au monde. Il travaille avec des tiges enfoncées dans le sol.
Mais même les Hollandais peuvent ne pas apprécier la drache...

Les enquêteurs commencent-ils à douter des informations, des indications que leur a fournies Marc Dutroux?
Ne pensent-ils pas que Dutroux se moque d'eux?
«Je ne suis pas plus sceptique qu'hier» déclare M. Boudin. Ce que l'on peut interpréter de diverses façons... mais il confirme: «Les recherches se pour suivront jeudi et peut-être vendredi. »

Anne DAUCHOT ; Ph. Denis GAUVAIN et Bernard DELENTREE
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Dutroux soupçonné du meurtre d’une jeune Slovaque

« La Nouvelle Gazette » du jeudi 29 août 1996 page 5

Marc Dutroux est soupçonné du meurtre d'une jeune Slovaque, a annoncé le chef du bureau slovaque d'Interpol, Rudolf Gajdos.
Celui-ci a déclaré que Dutroux était aussi soupçonné d'avoir préparé l'enlèvement d'au moins une autre Slovaque.
Mais il s'est empresse d'ajouter qu'en l'état actuel des choses, des preuves manquent encore pour accuser formellement Dutroux d'agissements criminels en Slovaquie. Seules existent de fortes présomptions.
Ainsi, « une des hypothèses de la police dans l'affaire du meurtre d'une jeune tzigane, en juillet de cette année à Topolcany, dans l'ouest de la Slovaquie, est que Marc Dutroux pourrait y être impliqué », a dit Gaj dos sans préciser l'âge de la victime.

Une des raisons qui étayent cette hypothèse est la ressemblance de Dutroux avec un portrait-robot du coupable présumé.
Le chef d'Interpol-Slovaquie a expliqué que le portrait-robot du meurtrier de la jeune Tzigane correspondait « à 60 % » à celui de Dutroux et que ce dernier s'était rendu à Topolcany à l'époque du meurtre.
Par ailleurs, un témoignage d'une personne qui aurait été complice de Dutroux laisse supposer que le Belge aurait violé une femme à Trencin, une autre localité de l'ouest du pays.

Selon Rudolf Gajdos, Dutroux a effectué plusieurs visites en Slovaquie, en particulier dans les environs de Trencin et Topolcany, où il croyait, selon certaines informations, pouvoir facilement approcher des jeunes filles.
Une dizaine de jeunes Slovaques se sont rendues en Belgique à son invitation. Deux d'entre elles, âgées de 17 et 21 ans, ont notamment été reconduites en Slovaquie le 2 août dernier. Mais peut-être sous l'influence de somnifères que leur aurait fait absorber Dutroux, elles se souviennent mal de ce qui s'est passé lors de leur séjour en Belgique. L'une d'elles a déclaré qu'elle avait dormi pendant trois jours. Toutes deux auraient par ailleurs suivi librement Dutroux en Belgique, le considérant comme un « homme normal et affable », selon M.
Gajdos.

« La police belge nous a aussi informés que Dutroux et un autre homme avaient aussi envisagé l'enlèvement d'au moins une Slovaque », a dit encore dit le représentant d'Interpol.
Il apparaît certain que Dutroux et ses complices ont eu de multiples contacts avec des jeunes nés filles en Slovaquie, mais apparemment, il ne s'agissait pas de mineures d'âge, ce qui rend l'enquête d'autant plus malaisee.

Par ailleurs, à Vienne, un porte-parole du ministère autrichien de l'intérieur, Rudolf Gollia, a démenti les informations de presse selon lesquelles il était établi que Dutroux aurait tourné en Autriche des films vidéo pornographiques avec de jeunes Slovaques. Il n'y a pas de preuve à ce sujet non plus, bien qu'il existe effectivement une bande spécialisée dans les films pornographiques avec des enfants qui opère à Vienne et recrute ses victimes en Slovaquie.

Un reporter de la revue autrichienne News, se faisant passer pour un client potentiel, a ainsi pu prendre rendez-vous dans une maison privée de Bratislava avec trois fillettes de 12 ans par l'intermédiaire d'un certain Jiri K., qui fait des affaires dans le domaine de la pornographie à Vienne. Le journaliste, dont le reportage doit paraître jeudi, s'est vu proposer un choix de 70 jeunes adolescentes, avec lesquelles des vidéos pornographiques avaient été tournées. Sur base des découvertes du reporter, Jiri K. a été interpellé par la police viennoise et placé sous mandat d'arrêt mardi
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ANTHEE

Les enquêteurs sont revenus à Anthée


«La Nouvelle Gazette» du jeudi 29 août 1996 page 5

Dimanche, les enquêteurs de la PJ sont venus perquisitionner une maison à Anthée (Onhaye). La vieille bâtisse en pierre, située au 27 de la rue Delcourt, à proximité de l'église, avait été occupée par Casper Flier et Michel Lelièvre. Il paraît même, selon le voisinage, qu'ils y étaient venus accompagnés d'enfants.
Mardi après-midi, les enquêteurs sont revenus à Anthée. Et ils ont entrepris des fouilles, à l'aide du matériel communal, dans un terrain proche de l'habitation.

En début de soirée, on restait discret à propos de ces fouilles. Certains prétendaient même « qu'on ne faisait que nettoyer le terrain ». Mais la présence de policiers en uniforme et l'ampleur « du nettoyage » laissaient supposer que l'on cherchait bien quelque chose.
Apparemment, aucun indice n'a été retrouve à cet endroit. Et mercredi, en début de matinée, l'endroit était de nouveau calme.

Annie Delfosse
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Des fouilles également à Merlemont (Philippeville)

«La Nouvelle Gazette» du jeudi 29 août 1996 page 5


Mercredi en fin d'après-midi, une équipe de la brigade de gendarmerie de Philippeville et une équipe de la B.S.R. sont descendues rue Tienne Wérichet à Merlémont, un lotissement situé dans ce village de l'entité de Philippeville non loin de la route de Givet.

Dans le cadre de l'affaire Dutroux et de son comparse Michel Lelièvre, il semble qu'un contrôle a été nécessaire dans un immeuble sis 13a à l'extrémité dans cette petite zone résidentielle. En effet, si cet immeuble est occupé par un couple qui ne semble n'avoir jamais été cité dans l'affaire», on remarque dans l'annuaire téléphonique que pour le même immeuble, un numéro d'appel est alloué à un certain M. Lelièvre.

Est-ce pour contrôler l'identité de ce M. Lelièvre ou alors pour perquisitionner plus en profondeur ce chalet que les forces de l'ordre sont descendues à Merlemont. Toutefois, alors qu'elle avait débuté vers 18 heures, l'intervention des forces de l'ordre à l'intérieur de l'immeuble n'était toujours pas terminée à 21 heures.
Peut-être en saura-t-on plus dans les heures qui viennent.
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Fouilles chez un démolisseur à Keumiée

Diakostavrianos s'y rendait souvent


«La Nouvelle Gazette» du jeudi 29 août 1996 page 5

Mardi après-midi, les gendarmes et la protection civile ont fouillé le terrain d'un démolisseur à Keumiée. Ils y sont restés jusque tard dans la nuit.

Des recherches ont été entreprises mardi en début d'après-midi, à Keumiée, rue de la Brasserie, dans un terrain clôturé.
D'abord avec de petits moyens. Puis, vu l'ampleur de la tâche, à l'aide des excavatrices de la protection civile. Les fouilles se sont poursuivies ici jusque vers minuit et demi environ et elles n'ont pas repris mercredi.
On n e sait pas trop ce qu'ont trouvé les gendarmes, mais ils démentent avoir découvert des vêtements d'enfants qui seraient suspects.
Sur place, il y a bien des vêtements d'enfants dans un sac, mais ils n'ont pas été emporté par les enquêteurs, sans doute parce qu'ils ont la certitude que ces vêtements appartenaient aux gosses de Bruno Tagliafero, l'ancien occupant des lieux, qui vivait là avec son épouse et ses deux enfants.

Bruno Tagliafero était démolisseur, comme son père avant lui. Il était connu pour vendre des pneus neufs à très bas prix ainsi que pour faire commerce de pneus de récupération avec le Portugal.
Il a habité au 32 de la rue de la Brasserie avec sa famille, dans une caravane installée sur le terrain. Il est décédé brutalement, le 5 novembre 1995, d'une crise cardiaque dit-on, ( ??? NTB ) le lendemain de son retour d'un voyage au Portugal où il avait passé un mois. Il avait 33 ans.

Pendant son voyage au Portugal, il semble que deux hommes aient plus ou moins «gardé» le site. Dans le quartier, on dit aussi que, pendant son absence, l'une des caravanes qui se trouvaient sur le terrain avait été déplacée et remontée sûr une dalle en béton, coulée à ce moment-là.

On sait également que le démolisseur Bruno était une connaissance de Michel le Grec, Michel Diakostavrianos, qui tenait commerce de pneus d'occasion importés d'Allemagne, dans un hangar de Ransart, qui a également été fouillé. Diakostavrianso, actuellement sous mandat d'arrêt, rendait souvent visite à Bruno Tagliafero à Keumiée.
C'est peut-être la raison qui a motivé les recherches sur son terrain, qui est clôturé et cadenassé depuis son décès.

An.D.

Ph. Denis Gauvain




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