lundi 20 octobre 2008

La vie secrète de MICHEL NIHOUL(«Télé Moustique»19 septembre 1996 page 33 à 35)


La vie secrète de MICHEL NIHOUL

 PARTOUZES AU CHÂTEAU

« Télé Moustique » du jeudi 19 septembre 1996 page 33 à 35

 Désormais inculpé du rapt de Julie et Mélissa, ainsi que de celui de Laetitia Delhez, Michel Nihoul est de toute évidence l'interface du réseau Dutroux avec ses clients. Selon nos informations, cet aspect de l'enquête ferait d'ores et déjà apparaître l'un ou l'autre nom connu. On n'en dira pas plus pour ne pas handicaper le travail de la justice. Nous vous proposons ici le début d'une enquête exclusive sur la personnalité du « commercial » de cet odieux réseau de pédophilie:La vie secrète de Michel Nihoul.

Son premier métier? Peintre en bâtiment! La personne qui nous parle a bien connu Michel Nihoul alors qu'il vivait encore à Verviers au début des années soixante. L'homme au double visage dont tout le monde parle, celui qui est désormais suspecte d'avoir été l'une des têtes pensantes de l'infect réseau pédophile que l'on sait, a passe sa jeunesse dans le quartier de la rue des Coteaux sur les hauteurs de la cité lainière. De ses parents aujourd'hui décédés, on sait que son père était employé dans une usine textile à Verviers et que sa mère était ménagère.

Chez les Nihoul, on ne rigolait pas avec les principes. « A 18 ans il était obligé d'aller au lit à dix heures. Si un film passait à la télé et qu'il se terminait à dix heures dix, il n'avait pas le droit de regarder la fin. C'était une éducation un peu étouffante », nous raconte quelqu'un qui préfère garder l'anonymat « pour ne plus être mêlé aux histoires de Nihoul ». Une précaution récurrente et somme toute bien compréhensible, chez les gens que nous avons rencontrés lors de nos recherches. Aux dires de ceux qui l'ont fréquenté adolescent, Michel Nihoul était un « jeune homme séduisant et intelligent. Très poli, il inspirait confiance ». D'ailleurs, lorsqu'il se marie à l'âge de 21 ans, son beau-père dit de lui qu'il aurait voulu que Nihoul soit son fils, confie un ami de l'époque... L'homme doit aujourd'hui se retourner dans sa tombe!

Entre 1962 et 1964, le petit gars sympa est donc peintre en bâtiment. Mais son patron de l'époque est un peu déçu de lui. C'est que Michel, qui pourtant affiche le désir de gagner beaucoup d'argent, a un grand poil dans la main. Bref, cela se termine mal. Renvoyé, le jeune Nihoul entame déjà sa longue descente vers l'enter.

Vendeur au Grand Bazar à Liège, puis routier

Certes, bénéficiant de sa bonne présentation, il retrouve facilement du travail mais cela ne dure jamais longtemps. Nihoul était fasciné par le monde de la nuit. Et il multipliait les virées. 11 buvait beaucoup. Ce n'était pas très conciliable avec une activité professionnelle stable. Très influençable, il tentait de s'imposer en dépensant sans compter. En tout cas, quand il était en fonds. Parce qu'à l'époque, c'était un pauvre type, le plus souvent fauché... Je me souviens aussi qu'il était un peu mythomane. Il lui arrivait de raconter des histoires incroyables sur des relations importantes qu'il s'inventait de toutes pièces, témoigne quelqu'un qui le fréquentait alors.

Fin des années soixante, Michel Nihoul travaille quelques mois au Grand Bazar à Liège. On lui connaît aussi un boulot de chauffeur-routier dans une société de transport de voitures. Mais tout cela ne l'intéresse décidément pas. Attiré par le monde du spectacle, il tente de s'approcher vers 1967 1968 du Comité organisateur du Festival de la chanson de Spa. C'est aussi l'époque où il ouvre Le Truc: une discothèque installée dans la ville d'eau qui connaîtra un certain succès.

A l'époque, ses affaires marchaient bien. Plusieurs chanteurs belges et étrangers se sont produits au « Truc ». Quelqu'un de raisonnable aurait pu vivre peinard de cette activité. Mais il ne gérait pas du tout ses rentrées", nous raconte-t-on. Bref, Le Truc se termine par une première faillite frauduleuse et une condamnation en correctionnel dès 1974. Nihoul va en appel et émigre vers Bruxelles où il se reconvertit pendant quelque temps dans un boulot de vendeur dans un magasin de confection du boulevard Adolphe Max. C'est aussi l'époque où il rencontre la jeune avocate bruxelloise Annie Bouty qui lui fait découvrir les milieux interlopes de la nuit bruxelloise.

En 1976, la première condamnation de Michel Nihoul est confirmée par la Cour d'appel de Bruxelles. Il écope d'un an d'emprisonnement pour banqueroute simple et frauduleuse, abus de confiance répétés, escroquerie et émission de chèques sans provision. On retrouve sa trace quelque temps plus tard à la tête de deux sociétés installées au n°41 de la rue Brogniez à Anderlecht. Il s'agit de Bio-Plantal et de Bio Clinic Corporation International. Ces deux sociétés sur lesquelles on sait peu de chose tombent en faillite dès avril et juin 1982.

Par l'une de ses relations de l'époque, un certain Didier G. qui était alors le beau-fils de feu le bourgmestre d'Etterbeek Léon Defosse, Nihoul se lance dans la radio libre. Une activité idéale pour cet homme qui veut rencontrer beaucoup de monde. Souvenir d'un ancien animateur de la radio en question: "Il a débarqué à Radio-Activité, la radio libre d'Etterbeek, près de la Chasse, en se présentant comme un ancien animateur de

RTL (un mensonge évidemment (NDLR).

C'était un pote à Didier G., le patron de la station. La plupart des animateurs étaient assez jeunes et je dois avouer que Nihoul nous en imposait un peu. Il se présentait déjà comme quelqu'un qui avait le bras long, mais sans vraiment écraser les autres. C'est terrible à dire quand on sait ce que l'on sait aujourd'hui, mais il était plutôt sympathique!"

Un animateur de radio bien sympathique...

A « Radio-Activité », Nihoul anime deux émissions. L'une s'appelle Le Pot de terre contre le pot de fer, elle a une vocation plutôt sociale. "Les auditeurs pouvaient appeler Nihoul qui se mettait alors dans la peau d'une sorte d'ombudsman. Un jour, il a d'ailleurs organisé une collecte de charbon pour les pauvres de la commune. Il y avait des sacs de charbon partout dans le studio. On ne savait plus quoi en faire", explique un ancien de « Radio-Activité ». L'autre émission animée par Nihoul rejoint plus ses préoccupations de toujours: elle est consacrée au "Brussels by night" et elle conduit notamment des prostituées à témoigner de leurs expériences aux petites heures de la nuit.

Des contacts dans la prostitution, Michel Nihoul en a beaucoup à cette époque. Un témoin direct qui l'a fréquenté jusqu'en 1988 dévoile: « 'il m'a emmené à l'une ou l'autre occasion dans un bar qui se situe le long de la Meuse à Namur. Nous nous sommes amusés avec les filles. Cet établissement était géré par une femme. J'ai appris que certaines « employées » avaient été utilisées pour des soirées très particulières organisées à cette époque par Nihoul ».

« Partouze générale »

Selon nos informations, certaines de ces « soirées particulières », soit des parties fines, se sont notamment déroulées au château de Faulx-les-Tombes en région namuroise. Nous disposons de trois témoignages directs sur le sujet. Bien sûr, ces témoins comme ceux cités précédemment préfèrent garder l'anonymat. Il ne fait pas bon, ces temps-ci, avoir été une connaissance de Nihoul quand on est actif dans le secteur financier ou dans le showbiz! En tout cas, les trois témoignages que nous résumons ici en un seul pour préserver nos sources se recoupent parfaitement.

A l'époque où Nihoul était encore actif à Radio-Activité, le château de Faulx-les-Tombes appartenait à la commune d'Etterbeek. La gestion de lieu était alors entre les mains d'un conseiller communal FDF, un certain Michel T. qui s'est retiré depuis lors de la vie communale etterbeekoise. On nous dit que celui-ci fermait les yeux sur les activités de Nihoul quand il "réquisitionnait" le château pour ses fêtes un peu spéciales.

Description de l'une d'entre elles sur base des récits concordants de nos trois témoins: "Il y avait des gardes à l'entrée pour empêcher les importuns de participer à la fête. Deux chanteurs belges connus, mais de toutes évidences pas prévenues de ce qu'ils allaient voir, avaient été conviés pour animer la soirée. Au départ, cela avait l'allure d'un banquet plus ou moins normal: saumon, caviar, champagne à gogo et alternance entre sono et chanteurs.

Et puis les choses se corsaient et cela tournait à la « partouze » générale. Les organisateurs de la soirée, Nihoul et une certaine Marleen De Cokere ne participaient pas aux ébats. Ils restaient au bar et observaient. Les partouzeurs? Une cinquantaine de personnes. Principalement des couples. Les hommes étaient habillés en smoking. D'après l'apparence des participants et les grosses voitures qui les avaient amenés là, il s'agissait de personnes appartenant à un milieu aisé. Il n y avait semble t’il pas de participants connus sur le plan médiatique".

Apparemment, il n'y a pas non plus de mineurs d'âge, lors de ces soirées, bien que cela demande à être approfondi. Un des témoins évoque en effet un "dérapage" qui eut lieu pendant une des soirées. A savoir une altercation entre Nihoul et une jeune fille de 17 ans qui se serait finalement retrouvée enfermée dans les toilettes du château...

En ce temps-là, Jean-Michel Nihoul est domicilié à Etterbeek au n° 124 de l'avenue des Atré botes. On a écrit dans certains quotidiens que cette adresse était à l'époque celle d'une « boîte à partouzes ». Avec la personnalité du locataire, on peut en effet imaginer que des toits de moeurs se soient déroulés là. Néanmoins, selon nos informations, c'est-à-dire selon un autre témoignage, l'organisation des « partouzes » avait lieu à une vingtaine de mètres du 124, dans une maison située sur le trottoir d'en face, occupée par une certaine D.B.

Un ancien de « Radio-Activité » qui s'est rendu dans cette maison apporte ce témoignage: « Les gens qui venaient là n'étaient de toute évidence pas n'importe qui. En tout cas, à en juger par leur allure et les voitures qu'ils conduisaient ».

Il se fait que D.B. est aussi le gérant d'un établissement à la réputation assez sulfureuse: The Dolo, près du pont du Germoir, à Etterbeek et que cet endroit est, de longue date, le point de chute favori de Michel Nihoul. Encore dernièrement, dans le cadre de sa dernière activité professionnelle connue, il y livrait des huîtres. Par ailleurs, Madeen De Cokere, la femme présente aux côtés de Nihoul au château de Faulx-les-Tombes, a été serveuse dans cet établissement et a également fait partie du conseil d'administration de la société qui le gère.

Ces faits de moeurs pourront choquer certains. D'autres diront qu'il n'y a pas de quoi fouetté un chat. Dans la mesure où des adultes consentants font ce qu'ils veulent entre eux. Quoi qu'il en soit, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre les moyens de pression qu'a pu tirer Nihoul de certaines choses qu'il a pu voir lors de ces soirées très spéciales. Peut-être est-ce là l'une des clés d'explication de la vantardise de Nihoul qui prétendait à qui voulait l'entendre, et surtout aux policiers qui lui cherchaient des noises:

« J'ai le bras long comme le Danube ».

En tout cas, comme nous le verrons la semaine prochaine, cette période du début des années quatre-vingt était aussi celle où Nihoul prétendait être en mesure de faire chanter certaines personnalités. A suivre...

Michel Bouffioux

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II est partout!

Arrêté le 16 août dernier dans le cadre du dossier Dutroux, Michel Nihoul était d'emblée inculpé d'association de malfaiteurs par le juge Connerotte de Neufchâteau. Le 12 septembre, l'homme « d'affaire bruxellois » qui apparaît de plus en plus comme l'élément clé de cette affaire était aussi inculpé comme auteur ou co-auteur de l'enlèvement de Julie et Mélissa,le 24 juin 1995 à Grâce-Hollogne, ainsi que du rapt de Laetitia Delhez, enlevée le 9 août dernier et séquestrée dans la cave de Dutroux jusqu'à sa libération, le 15 août. Nihoul a été vu à plusieurs reprises à Sars la Buissière. Des témoins l'ont aussi aperçu dans la maison où Julie et Mélissa étaient séquestrées. Et c'était encore lui qui, le 9 août était vu à Bertrix, non loin de l'endroit où était enlevée Laetitia.

Certes, Nihoul dispose d'un alibi: ce jour-là, il se serait trouvé en compagnie de trois personnes... dont l'ex-avocat Michel Van der Elst dont on sait qu'il fut le complice de la bande Haemers dans l'enlèvement de l'ex-Premier ministre Paul Vanden Boeynants. Mais c'est une autre histoire, sur laquelle nous reviendrons prochainement...

 

 

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