dimanche 6 juillet 2008

Après leur long cauchemar, Sabine et Laetitia libérée,mais(«Soir Illustré»mercredi 21août1996(P4-P5-P6)


Après leur long cauchemar, Sabine et Laetitia libérée,mais……


« Soir Illustré » du mercredi 21 août 1996 (P4-P5-P6)

Deux corbillards chargés de deux petits cercueils s'en vont, escortés par la tristesse de la foule qui veille depuis des heures à Sars-la-Buissière. Le crépuscule descend sur la campagne thudinienne, les foins sont presque terminés, sur la Haute-Sambre les péniches labourent une paix d'un autre temps. Il fait chaud, ce samedi 17 août, et pourtant, chacun a froid. Les regards se cherchent, on fait silence. Chacun, au fond de soi, pense à Julie et Mélissa. A leurs parents, là-bas, à Grâce-Hollogne, à 130 kilomètres de ce village de l'entité de Lobbes, à leurs parents qui savent, maintenant.


Mme Anne Thily, procureur général de Liège, les a informés de la découverte des corps de leurs enfants. Deux médecins légistes, les docteurs Bauthier et Prignon, les ont identifiés, en présence de Marc Dutroux. L'homme - on a peine à le qualifier ainsi - nie avoir tué les enfants. Il a généré ce drame atroce qui blesse la Belgique.

Marchant lourdement, le bourgmestre dé Lobbes, André Levacq, est perdu dans ses pensées. Il habite une maison voisine. Il avait signalé, comme d'autres gens, les étranges agissements de Dutroux, mais personne n'avait imaginé un tel cauchemar. Rien n'avait été fait pour vérifier les faits et gestes du violeur libéré anticipativement.
C'est, paraît-il, le droit à la vie privée. Ce matin, quand on ne savait pas encore ce que révélerait la maison enclavée, la patronne de « L'Embuscade », le café attenant au garage familial des Baudson, décrivait son voisin comme sec, irascible, fuyant les contacts. Son épouse adoptait le même comportement...

Pour gagner sa maison, il devait passer par notre cour. Si une voiture le gênait, on le sentait prêt à foncer. L'autre jour, il avait encore été méchant avec son gamin de 12 ans. Il le traitait de moins que rien et de bon à rien.

IL CREUSAIT LA NUIT


La nuit, Dutroux travaillait avec une pelle mécanique, dans un grand vacarme. Dans son garage, il avait aussi un bobcat. Dans la cour s'accumulaient des voitures sans plaques. On parlait de trafic avec les pays de l'Est. Une puissante moto, une Kawasaki ZZR rouge est restée posée contre un mur.

La mère de Michèle Martin a été hospitalisée. Les enfants du couple maudit, Frédéric, 12 ans, issu d'un premier mariage; Andy, 2 ans, et Céline, 9 mois, ont été placés en lieu sûr. Dutroux prétendait apprendre à manier le lourd engin.

Il coulait aussi du béton. Beaucoup de béton.

Cet ancien électricien, né en novembre 1956 à Ixelles, avait noué son destin à celui de Michèle Martin, 36 ans, en 1988. La jeune femme blonde avait été institutrice à l'école communale du Centre, à Marcinelle. Institutrice...
Indifférents aux autres, ils empoisonnaient la vie du quartier de Rumignies. On supportait, avec un sentiment confus, crainte et méfiance mêlés.

C'est Dutroux qui a indiqué aux enquêteurs du parquet de Neufchâteau où ils devaient creuser. Les hommes de la Protection civile ont utilisé sa pelleteuse pour arracher la terre, tout au bout du jardin, sous une rangée d'arbres. Les petites étaient là depuis plusieurs mois. Enchaînées, emballées dans des sacs en plastique.
Le cadavre d'un nommé Bernard Weinstein s'y trouvait également. «C'est Weinstein et Lelièvre», a accusé Dutroux, comme si cela l'éloignait du drame, froidement.
Alors que nous écrivons ces lignes, on creuse toujours, à Sars la Buissière, et dans les autres maisons que Dutroux possédait dans la banlieue de Charleroi: à Marcinelle, à Jumet, à Marchienne-Docherie.

Comme, à Gloucester, les enquêteurs ont exploré la maison de Frederick West, qui y avait enterré plus de dix jeunes femmes. C'est au 128, route de Philippeville, à Marcinelle, qu'ont été retrouvées deux des autres proies de Dutroux, vivantes. Laetitia et Sabine ont vu la mort en face. Le procureur du Roi de Neufchâteau, Michel Bourlet, ne désespérait pas, dimanche, en faisant le point, de retrouver vivantes encore, peut être, An et Efje, deux autres jeunes filles disparues.

SUR LA PISTE DE LA CAMIONNETTE BLANCHE

Le voyage conduisant à l'enfer de Julie et Mélissa a démarré à Bertrix, le vendredi 9 août. Vers 21 heures, Laetitia Delhez, 14 ans, étudiante à l'institut Notre-Dame, bonne élève, jeune fille calme aimant les enfants, quittait le complexe sportif pour remonter chez elle, près de la gendarmerie, en passant par la Grand-Place.
Cent personnes y préparaient les 24 heures de mobylette. Personne ne vit repasser Laetitia. Ses parents s'inquiétèrent, alertèrent les autorités, puis l' asbl Marc et Corine. Personne ne croyait vraiment à une fugue. Tout le monde pensait aux disparitions de Julie et Mélissa, en juin 1995, et de
Sabine Dardenne, à Kain, dans le Tournaisis, fin mai.

A Bertrix s'enclencha alors un mécanisme qui fonctionna rondement. La permanence de Bertrix-Initiatives, sur la Grand-Place, abritait depuis trois mois le relais local de Marc et Corine.
Cent mille affiches furent imprimées au total, en deux jours, diffusant le portrait de Laetitia en Belgique et partout en Europe.
Au même moment, le procureur du Roi de Neufchâteau, Michel Bourlet, entamait avec le juge d'instruction Connerotte, la BSR, la PJ et la police, une enquête qui devrait faire école.

Pas une minute ne fut gaspillée. Les témoignages affluant de toutes parts étaient disséqués, soumis à une analyse critique, les informations triées, recoupées, en collaboration avec la cellule de recherche des personnes disparues, à Bruxelles, et ensuite d'autres brigades de BSR. Au palais de justice de Neufchâteau, une équipe multidisciplinaire dirigée par le procureur Bourlet cherchait fébrilement l'amorce d'une piste.


Deux témoignages émergèrent de la masse de faits recueillis.

Une religieuse du Home Saint Charles avait été intriguée par une camionnette en mauvais état, au pot d'échappement bruyant. Et, à force de tâtonner, un enquêteur avait abouti à un jeune étudiant passionné de voitures qui avait gardé le souvenir de la même camionnette.
Remarquablement, ce garçon avait mémorisé une partie de l'immatriculation du véhicule: les lettres correspondaient aux initiales du prénom et du nom de sa soeur et amorçaient sa date de naissance!

LAETlTlA ET SABINE. LE BONHEUR


Durant tout le week-end, et encore le lundi, un formidable mouvement de solidarité s'était déployé autour de Bertrix. Les touristes en majorité flamands de l'Info-camping renforçaient les rangs composés de centaines de gens de la localité. Des heures durant, des équipes conjuguant les volontaires et les gens de la police, de la Croix-Rouge, des pompiers, de la Protection civile, de la gendarmerie, des gendarmes à cheval et des cavaliers, des randonneurs en VTT, des chiens pisteurs et des enquêteurs, arpentèrent les bois, les massifs de digitales, de fougères et d'épilobes, ces plantes rouge sombre qui marquent le paysage de leur sceau, descendirent dans les ardoisières, les fossés et les vallées oubliées. Harassés, ils finirent par suspendre leur longue marche, l'image de Laetitia gravée dans la tête. Le portrait était obsédant, affiché partout, dans Bertrix. Les médias, après la diffusion de la Funeste nouvelle, s'étaient tus, à la demande de M. Bourlet.

L'information concernant la camionnette blanche mena les enquêteurs à Marc Dutroux, cinq pois violeur, qui chloroformait ses victimes dans son mobile home, condamné en 1988 à 13 ans de prison, libéré pour bonne conduite au tiers de sa peine, en 1992, libre comme l'air et vivant au 128, route de Philippeville, à Marcinelle.

Une maison aux volets éternellement clos, tapie comme une araignée dans une poussière noirâtre sous le pont qui descend du ring.
La perquisition ordonnée dans cette demeure ne révéla rien. Accablé par les éléments matériels résultant des informations lancées tout azimuts, Dutroux fut amené à révéler le secret de la maison où il passait de longues heures, mais où il ne vivait pas.

Une nouvelle perquisition permit de retrouver la jeune Laetitia Delhez, mais aussi Sabine Dardenne. Nous étions le jeudi 15 août à 18h40.

Des flashes marquèrent les écrans de télé, pour annoncer la formidable, l'extraordinaire nouvelle. Emus, nous avons vu Laetitia tomber dans les bras de sa maman, Patricia; et Sabine retrouver ses parents, à Kain.

Des larmes et des sourires commençant à effacer les appels poignants lancés sur les chaînes de télé. Chacun partageait à sa manière cette bouffée de bonheur. Cette merveilleuse nouvelle irrigua le pays en quelques minutes, ce fut comme un immense soupir de soulagement, quasi un exorcisme.

L'espoir renaissait, pour les autres enfants disparus, la malédiction semblait s'écarter......Mais …..

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