samedi 24 mai 2008

Des réponses vite !


Des réponses vite !

LA MEUSE 24 juin 1996

Les parents des petites disparues ont dressé une liste de 58 questions qui interpellent»

Il y avait du monde ce dimanche au palais des Congrès de Liège.
C'est là que sympathisants, membres du comité de soutien Julie et Mélissa, spécialistes des disparitions d'enfants. membres d'Interpol, du Service général d'appui policier et parents d'enfants disparus s'étaient donné rendez-vous pour assister à une conférence de presse-débat, un an après la disparition des deux fillettes de GrâceHollogne: Julie Lejeune et Mélissa Russo.

C'est la maman de Mélissa qui a ouvert le débat en lisant une déclaration d'intention des parents des deux petites disparues. Celle-ci s'articule autour de 58 questions que les parents se posent depuis douze longs mois.

Certaines portent sur des points de détail mais recèlent encore des interrogations angoissantes. D'autres portent sur l'institution judiciaire et manifestent notre volonté de contribuer fortement à modifier les mentalités pour que soient prises en compte l'urgence et la spécificité des situations d'enlèvements et de disparition d'enfants. D'autres encore portent sur les relations entre les parents et les autorités judiciaires. Là aussi notre combat est de faire reconnaître le droit des parents de ne pas être mis à l'écart des recherches.

Notre intention, continue Mme Russo, n'est pas d'accuser les autorités judiciaires mais bien de montrer le manque de moyens accordés aux enquêteurs de première ligne et In nécessité de créer une unité d'intervention qui puisse agir sur le plan local, national et international en vertu d'un plan d'urgence coordonné. Notre expérience, comme d'autres expériences antérieures (Élisabeth Brichet), comme des expériences postérieures (An et Eefje) ont montré que la police de première ligne devant intervenir dans les premières heures n'émit pas formée à envisager le pire. Il faut donc changer les mentalités.

« En ce qui, concerne les relations familles-enquêteurs, termine la maman de Métissa. les parents restent des parents, les enfants disparus restent leurs enfants.


Ce que réclament les parents est une plus grande efficacité dans l'intervention des autorités publiques et la possibilité d'être associés à la recherche de leurs enfants. Les parents, en plus de la disparition brutale de leurs enfants, ne doivent pas être dépossédés de toute information et de toute collaboration avec les enquêteurs.

Les parents se sont ensuite relayés pour poser la liste de 58 questions. Toutes ont trait au fonctionnement de la Justice et à ce que les parents qualifient sans aucun doute de manquements.


- Le seul regret que nous puissions avoir, c'est que la quasi-totalité de ces questions sont restées sans réponses puisque, hormis quelques personnes il n'y avait pas de représentant du monde judiciaire belge et encore moins liégeois.

Les questions
Voici donc une partie de ces questions restées sans réponse.


--Pourquoi le maître-chien n'a-t-il pas entamé son action au départ de la maison de Mélissa?


--Pourquoi a-til été conduit au pont de la rue de Fexhe, alors qu'un témoin affirme qu’elles ne sont jamais arrivées à cet endroit ?

--Pourquoi les battues ont-elles dû être organisées par les parents eux-mêmes?

--Pourquoi n'a-t-on pas immédiatement interrogé tous les riverains du chemin de Fexhe et de la rue Dierain Patar? (Le témoignage de la personne disant avoir vu Julie et Mélissa monter dans une voiture n'a été recueilli que quatre jours après les faits et un appel à témoins n'a été diffusé qu'au mois d'avril 1996.)

--Pourquoi les effets personnels des petites n'ont-ils pas été saisis immédiatement dans les bancs de l'école? (C'est en effet dans un carnet rendu aux parents 15 jours après les faits que se trouvait la phrase «Julie, à 17 h, on nira au manaige ».)

--Pourquoi la dictée qui avait pour objectif d'identifier l'auteur du petit mot n'a-t-elle été soumise qu'à une partie des élèves de l'école et seulement plusieurs mois après l'enlèvement?

--Combien de temps faut-il aux enquêteurs pour évacuer la suspicion qui pèse sur l'entourage proche des victimes, notamment leurs parents ?

--Enfin, pourquoi parler de disparition alors que selon un témoignage précis, il s'agit d'un enlèvement ?

Le procureur du Roi de Tournai. M. Poncelet, a alors tenu des propos très sévères à l'encontre de Mm' Doutrewe, la juge d'instruction liégeoise qui a en charge le dossier Julie et Mélissa.

«Je suis abasourdi d'entendre ces 58 questions. Je crois que tout est une question de relation humaine. Si le magistrat traite le dossier comme un numéro, on n'arrivera jamais à rien. Il est, pour moi, inadmissible qu'aucune réponse ne vous ait été donnée. »

M. Poncelet ne sera pas le seul à prendre Mm, Doutrewe à partie. II sera bientôt suivi par M. Mercier, d'Interpol. Ce dernier, comme vous le lirez ci-contre, a accusé MI, Doutrewe d'avoir commis une faute que l'on peut qualifier de grave.

Jean-Michel Crespin

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La disparition n'a pas été signalée à Interpol

LA MEUSE 24 juin 1996

S’il était venu passer un après-midi de tout repos à Liège. M. Jacques Mercier, du bureau central d'Interpol, à Lyon a raté son coup!

En effet lors de la conférence de presse-débat organisée par les parents de Julie et Mélissa. le policier international » a eu des mots sévères à l'encontre des enquêteurs liégeois et plus particulièrement pour Mme Martine Doutrewe. qui dirige l'enquête sur l'enlèvement des deux fillettes.

En fait, explique M. Mercier. Interpol a été averti de la disparition de Julie et Mélissa, le lundi 26 juin par la presse.


Comme nous n'avons pas de compétences supra-nationales, nous avons demandé à la justice liégeoise s'il fallait diffuser un avis de recherche avec photos, description, lieu et moment de disparition ainsi que les circonstances de cette disparition.

Il nous fut répondu que non, puisqu'il y avait de fortes chances pour que les fillettes se trouvent toujours en Belgique.
Incroyable!

Les deux gamines ont été enlevées à un endroit qui se trouve. en voiture, à moins d'une demi-heure des Pays-Bas et de l'Allemagne et à moins de deux heures du Luxembourg et de la France et les enquêteurs estiment qu'il n'y a pas lieu de diffuser un avis de recherche international.

Reste évidemment à savoir qui a pris cette décision de non-communication. Pour M. Mercier, extérieur à l'enquête, la chose semble claire: « En fin de course, je pense que c'est le juge d'instruction qui a pris cette décision. Je considère d'ailleurs cela comme une faute. On ne peut en tout cas pas dire que c'est par souci d'économie puisque cette diffusion est totalement gratuite. »

Pourtant le 6 juillet 1995, 12 jours après la disparition de Julie et Mélissa, un avis est quand même diffusé par Interpol. Il ne s'agit pourtant que d'un avis «parlant». C'est-à-dire sans aucune photo et contenant. à peine, la description des deux benjamines. Mm° Doutrewe aurait-elle subitement changé d'avis?

Pas du tout! C'est que, le 6 juillet, le magistrat liégeois est en vacances. C'est donc un des deux juges de garde de ce début juillet 95. M. Lievens ou M. Coumanne, qui a pris cette initiative.
Désolé, mais...

Pis, les choses prennent alors une tournure que l'on pourrait qualifier de cocasses, si ce dossier n'était pas éminemment tragique.

En octobre dernier. M. Léon Giet, le procureur général de Liège accompagné de tous les procureurs généraux du royaume se rend à Lyon pour visiter les locaux d'Interpol. En cours de visite. il demande aux policiers de lui montrer les photos et l'avis de recherche concernant les deux petites fillettes disparues. Il reçoit alors une fin de non-recevoir puisque aucun avis avec photo n'avait jamais été diffusé... la justice liégeoise l'ayant toujours refusé !

De retour à Liège. M. Giet a. en tout cas, certainement dû piquer une grosse colère. On en eut pour preuve que quelques jours plus tard. Interpol diffusait dans le monde entier un avis de recherche, avec photo, de Julie et Mélissa.

En attendant, que de temps perdu


On s'en doute en apprenant la chose les parents des deux fillettes n'ont pas hurlé de joie. Ils se posent dès lois une question bien légitime: Est-ce pour cacher des manquements pareils que l'on nous refuse l'accès au dossier judiciaire?

Jean Michel Crespin


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L’enlèvement ne fait pas peur aux enfants

LA MEUSE 24 juin 1996

Après la disparition de Julie et de Mélissa, les parents des deux gamines ont reçu des centaines de dessins d'enfants qui voulaient ainsi montrer leur solidarité avec les deux fillettes de Grâce-Hollogne.

On peut donc se demander légitimement si, pour des enfants, une disparition ou un enlèvement médiatisé est traumatisant.

A cette question, André Dubois, psychologue-psychanalyste spécialiste de la psychologie infantile, répond non. Mais avec des nuances.

« L'enlèvement fait partie de l'imaginaire de tous les enfants, explique André Dubois. Cela n'a absolument rien de préoccupant. Tous rêvent un jour qu'ils sont enlevés et ils imaginent les réactions de leurs parents, de leur instituteur ou de leur institutrice, etc.»

Mais toujours, dans leurs rêves, l'enlèvement se termine bien. Comme dans l'histoire de saint Nicolas et des enfants dans le saloir. »

Certains enfants toutefois peuvent connaître un léger traumatisme: ceux qui ont connu Julie et Métissa, bien sûr, mais c'est moins la disparition ou l'enlèvement qui les marquent que le fait de ne pas savoir ce que sont devenues leurs amies.

« Toutefois, estime André Dubois, ce traumatisme disparaît en principe très vite, sauf pour des enfants particulièrement fragiles. »

Autre catégorie de très jeunes plus marqués par un enlèvement médiatisé:
Ceux qui, dans un temps assez rapproché, ont vécu un drame familial tel que l'arrachage du sac de la grand mère, une menace proférée contre la mère, une rencontre avec quelqu'un de louche en rue, etc. «Mais eux aussi surmonteront très vite leur traumatisme. »

En fait, pour le psychologue. Ce sont surtout les parents qui sont frappés par un enlèvement.

Ce qui est dangereux, dit-il, C'est qu'ils ne communiquent leur angoisse à leurs enfants.

Quand un événement tel que l'enlèvement de Julie et de Mélissa se produit, ce n'est vraiment pas le moment de mettre les enfants en garde. Il ne faut le faire que s'ils posent des questions. Sinon les parents risquent de leur communiquer leur propre anxiété.

C'est d'ailleurs valable pour tous les conseils de prévention que les parents doivent donner à leurs enfants : il ne faut les prodiguer que lorsque le jeune s'interroge. Ainsi les réponses seront mieux adaptées à l'âge et à la personnalité de l'enfant. Inutile de mettre en garde une fillette d e cinq ans contre les agressions sexuelles: elle ignore ce que c'est. »

Si les enfants ne sont pas traumatisés par un enlèvement, comment expliquer alors les centaines de dessins qu'ont reçus les parents de Julie et Mélissa ?

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